Ces taupes prorusses qui ont permis la chute de Tchernobyl et de Kherson en Ukraine.

L’arrestation récente d’officiers de haut rang du SBU, les services spéciaux ukrainiens, suspectés de haute trahison, jette une nouvelle lumière sur la prise, pratiquement sans coup férir, de plusieurs sites stratégiques par l’armée russe au début de la guerre.

Dimanche 17 juillet au soir, alors que son pays se battait depuis bientôt six mois contre l’invasion russe, le président Volodymyr Zelensky annonçait, à la surprise générale, le renvoi de deux personnages clés de l’appareil de la sécurité de l’État, la procureure générale, Iryna Venediktova, et le directeur du SBU, les puissants services secrets ukrainiens, Ivan Bakanov.

La première s’était notamment donné pour mission d’instruire rapidement les procès pour crimes de guerre intentés contre des militaires russes ; le second, présenté comme un “ami d’enfance” du président, avait jusqu’à présent la pleine confiance de ce dernier. Dans la foulée, Volodymyr Zelensky a annoncé que quelque 650 enquêtes criminelles ont été ouvertes contre des officiers et des magistrats de haut rang pour “haute trahison” et “collaboration avec l’ennemi”, dans le cadre de la guerre avec la Russie.

“Chasse aux traîtres”, “paranoïa”, “purge” : les qualificatifs n’ont pas manqué pour décrire cet épisode inattendu sur la scène politique ukrainienne. Interrogé par la chaîne de télévision Current Time, établie à Prague, un général de réserve du SBU, Igor Gouskov, s’est, lui, félicité de ces “mesures nécessaires et justes”, qui n’ont que trop tardé selon lui :

“Tout cela aurait dû être fait avant la guerre. Six mois de conflit à grande échelle ont démontré que certains officiers de haut rang dans les services n’étaient absolument pas à leur place.”

Selon plusieurs observateurs, ces enquêtes jettent du coup une nouvelle lumière sur au moins deux événements marquants du début de la guerre. À savoir la conquête éclair par l’armée russe de la ville de Kherson et de sa région, dans le sud du pays, et la prise sans coup férir, dès le 24 février, de la centrale nucléaire de Tchernobyl, site stratégique qui ouvre de surcroît la route vers la capitale, Kiev, rappelle le site russe Meduza, situé en Lettonie.

Selon de nombreux témoignages, alors que le reste du pays livrait une bataille aussi meurtrière que désespérée pour repousser les envahisseurs, Kherson, où policiers et militaires s’étaient volatilisés du jour au lendemain, tombait sans pratiquement aucune résistance. Or deux hauts responsables du SBU de cette ville, le chef de poste, Sergueï Krivoroutchko, et le responsable de son département de lutte antiterroriste, Igor Sadokhine, étaient de fait, à en croire les autorités de Kiev, des agents russes sous couverture.

Le premier, pourtant promu général en 2021 par Zelensky lui-même, est accusé d’avoir collaboré depuis plusieurs années avec le FSB russe, alors que le second est suspecté d’avoir transmis à l’armée russe des cartes comportant les champs de mines et les postes de défense antiaérienne de la région, selon la section en langue ukrainienne de Radio Free Europe/Radio Liberty. Selon le site de la radio, il s’est également révélé qu’Oleg Koulinitch, le responsable du SBU pour la péninsule de Crimée, annexée par la Russie en 2014, est également suspecté d’avoir collaboré avec Moscou. Un poste stratégique, qui a valu à Oleg Koulinitch de devenir l’un des adjoints du directeur du SBU. “Pouvez-vous imaginer la quantité d’informations qu’un tel homme aurait pu transmettre aux Russes sur nos agents en Crimée ? Il disposait de leur vie, en réalité”, commente encore le général de réserve Igor Gousko.

600 000 euros en liquide

L’histoire de la chute de la centrale nucléaire de Tchernobyl est également édifiante, poursuit le site Meduza. Selon la justice ukrainienne, au moins deux officiers du SBU au service de la Russie auraient joué un rôle décisif dans sa prise par l’armée dès le 24 février. Le premier, le colonel Valentin Veter, y occupait le poste de vice-directeur chargé de la sécurité de la centrale. Ce dernier s’était mis en congé dès le 18 février et, le jour J, aurait passé un coup de fil au commandant de l’unité de la garde nationale ukrainienne chargée de défendre la centrale, lui enjoignant d’“épargner ses hommes”.

Valentin Veter, vraisemblablement en cavale, a été arrêté dans l’ouest de l’Ukraine. Le second n’est autre qu’Andreï Naoumov, le numéro deux du SBU, chargé de la “sécurité interne” du service et, à ce jour, le plus gros poisson accusé d’avoir travaillé pour les Russes. Dans ses attributions, il était aussi chargé de la “zone d’exclusion” autour de la centrale de Tchernobyl.

Selon une longue enquête de l’agence Reuters, citée par Meduza, il en aurait profité pour transformer cette zone en “point de contact” entre les agents doubles du SBU et leurs officiers traitants russes. Andreï Naoumov, qui a disparu des radars peu avant l’invasion russe, a été arrêté début juin par la police serbe alors qu’il tentait d’entrer en Macédoine du Nord. Dans sa BMW avec chauffeur, on a découvert 600 000 euros en liquide, 125 000 dollars, et deux pierres précieuses de grande valeur. Kiev a demandé son extradition.

Alexandre Lévy

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