Caricatures françaises : les dirigeants islamiques développent la négation de la Shoah comme leur réplique à Charlie-Hebdo

Dans un discours, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a nié la Shoah et soutenu ce déni, en affirmant que la nier était moins offensant que de dessiner des caricatures se moquant de la religion.

Le chef du Hezbollah libanais Sayyed Hassan Nasrallah, escorté par ses gardes du corps, salue ses partisans lors d'une manifestation anti-américaine dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 17 septembre 2012 (crédit photo: REUTERS / SHARIF KARIM / FILE PHOTO)
Le chef du Hezbollah libanais Sayyed Hassan Nasrallah, escorté par ses gardes du corps, salue ses partisans lors d’une manifestation anti-américaine dans la banlieue sud de Beyrouth, au Liban, le 17 septembre 2012 (crédit photo: REUTERS / SHARIF KARIM / FILE PHOTO)
Dans un discours prononcé vendredi, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah s’est enragé contre les caricatures qui avaient offensées le «prophète de plus d’un milliard de personnes».
Puis dans un commentaire apparemment sans rapport, dit-il dans une affaire «moins sensible» que d’offenser les musulmans, la  France  avait poursuivi «le philosophe Roger Garaudy, qui a écrit un livre remettant en question les mythes de la soi-disant Shoah».
Dans son discours, Nasrallah a nié la Shoah et soutenu la généralisation de cette posture de déni de la Shoah, au motif que la nier serait moins offensant que dessiner des caricatures se moquant de la religion.
Sa tirade contre la Shoah a commencé par faire référence à une controverse avec la France, dans laquelle la Turquie et d’autres pays dirigés par des gouvernants qui s’identifient à l’islam politique ont affirmé que la France insultait les musulmans.
La polémique est en grande partie inventée car elle découle de caricatures publiés il y a des années (2006) dans un magazine français. Elle a été relancée principalement par la Turquie pour encourager les attaques contre la France.
Pourquoi Nasrallah a-t-il cherché à nier la Shoah pour dénoncer la France et les caricatures de Charlie-Hebdo? La controverse sur les caricatures a conduit à une série de déclarations hypocrites de dirigeants prétendant être offensés. Mahathir Mohamad, l’ancien dirigeant malaisien, a affirmé que «les musulmans ont le droit d’être en colère et de tuer des millions de Français».
Mohamad est un dirigeant d’extrême droite ouvertement antisémite depuis des décennies, mais il a été invité à l’Université d’Oxford, à l’Université de Cambridge et à l’Université de Colombie pour promouvoir son antisémitisme ces dernières années. L’année dernière en Colombie, il a déclaré qu’il «exerçait mon droit à la liberté d’expression» en niant la Shoah.
Il dit, cependant, qu’il ne devrait pas y avoir la même liberté d’expression pour les caricatures qui seraient offensantes envers les (ou certains) musulmans. Comme d’autres dirigeants islamiques, il utilise la négation de la Shoah comme un refrain chaque fois qu’il discute de la liberté d’expression, exigeant le droit de nier la Shoah.
L’ayatollah iranien Khamenei a également nié la génocide juif lors d’une série de tweets se plaignant de la France. Il a commencé par demander à la France pourquoi son président soutient «l’insulte au messager de Dieu au nom de la liberté d’expression».
Puis il a demandé: «Pourquoi est-ce un crime de soulever des doutes sur la Shoah?» Une fois de plus, le refrain immédiat était de nier le génocide juif, qui s’est produit en Europe, comme un moyen d’en revenir à la France et à l’Europe pour des caricatures jugées insultantes.
On ne comprend pas pourquoi la minorité juive, assassinée et victime du génocide par les Européens, devrait payer le prix des caricatures se moquant de l’islam.
Dans le passé, l’Iran a organisé un concours de caricatures se moquant et niant la Shoah en tant que «réponse» aux caricatures dans un journal danois en 2006. Il a organisé au moins trois concours de caricatures de type «négationniste».
La Turquie a également exploité la Shoah dans le cadre de sa confrontation avec la France. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que le traitement moderne des musulmans en Europe était similaire aux «crimes contre l’humanité commis contre les Juifs il y a 80 ans».
La référence constante à la Shoah et les tentatives de rendre la négation de la Shoah légitime et normalisée – au Liban, en Iran et en Malaisie – n’est pas une coïncidence.
Chaque fois qu’il y a un différend avec l’Europe sur la liberté d’expression, les dirigeants musulmans qui sont liés à des tendances politiques islamiques – que ce soit les Frères musulmans ou le régime iranien – pousseront à la négation de la Shoah et «remettront en question le nombre» de tués par extermination dans les camps allemands.
Il y a très peu d’explication ou de condamnation de ces dénégations. En fait, les invitations et les tapis rouges du dirigeant malaisien montrent que l’antisémitisme n’est pas un problème pour la plupart des universités occidentales. Twitter a supprimé l’appel de Mahathir à tuer des Français, mais il ne supprime pas la négation de la Shoah.
LA perception GÉNÉRALE parmi ces dirigeants islamistes d’extrême droite, tels que Nasrallah, est que la négation de la Shoah doit être récompensée et présentée comme une vertu et que la négation de la Shoah revient en Europe pour des caricatures se moquant des musulmans. On ne sait pas comment cela punit l’Europe (au contraire?), puisque les Juifs étaient traditionnellement victimes de l’antisémitisme européen.
Nier l’histoire de l’antisémitisme de l’Europe ne semble pas lui faire autant de mal que les victimes du racisme européen. Curieusement, les mêmes régimes ont également tendance à comparer l’Europe aux nazis, mais uniquement en référence au traitement des musulmans, laissant encore à se demander comment les gens peuvent à la fois condamner les nazis mais aussi nier les crimes des nazis.
Le déni de la Shoah est presque une politique étatique dans des pans du monde islamique. Il n’y a aucune raison claire (NDLR : excepté en rapport à la naissance d’Israël et à l’aboutissement du Sionisme) pour laquelle nier le génocide est si important pour ces régimes, car ils n’ont rien à voir avec a Shoah (NDLR : excepté le Grand Mufti de Jérusalem et tous les alliés arabes des Nazis qui les ont accueillis à la fin de la Seconde Guerre).
Cependant, il n’y a presque pas d’événements annuels marquant le jour du souvenir de la Shoah de l’Afrique du Nord à la Malaisie. Nasrallah et d’autres considèrent que la reconnaissance de la Shoah aide d’une manière ou d’une autre Israël et le sionisme. Le Hamas et d’autres groupes ont la même vision du monde, utilisant des préjugés antisémites traditionnels pour critiquer les Juifs et Israël.
Pourtant, dans le même temps, certains de ces groupes comparent la politique d’Israël aux nazis, ce qui laisse encore une fois un manque de clarté sur les raisons pour lesquelles ils reconnaissent que le nazisme a tort mais ne reconnaissent pas les crimes des nazis. En apparence, la critique de la France est qu’elle serait hypocrite d’adopter la liberté d’expression pour offenser la religion mais pas pour nier le génocide.
Mais les dirigeants qui revendiquent cela indiquent qu’ils ont tendance à soutenir la négation de la Shoah. Ils ne disent pas que la Shoah s’est produite et que les caricatures insultantes devraient être interdites; ils affirment que la Shoah n’a pas eu lieu et que les caricatures devraient toujours être interdites [Sauf celles sur les Juifs et la Shoah].

5 Commentaires

  1. la liberté d’expression s’arrête là où commence le mensonge.
    nier l’extermination des juifs est un mensonge. c’est un délit ! l’argument de mettre en balance la shoah et les caricatures n’a aucun rapport. pourquoi prendre les juifs et pas les ouistitis ? ça ne vole vraiment pas haut, les arguments sont faibles, aussi faibles que leurs esprits.

  2. Comment voulez-vous que le peuple arabe, dans son ensemble, comprenne ce que vous dites, alors qu’il a quatorze siècles de retard sur la civilisation occidentale?
    Il faudrait pour celà faire l’effort pour le peuple évolué, de redescendre de ces quatorze siècles, mais à l’époque, seule la guerre était le juge de paix.
    Nous sommes malgré nous confrontés à ce dilemme permanent.

  3. Nier des faits patents est à la mode, et dans le cas de la Shoah en plus de la mauvaise foi c’est faire preuve d’une stupidité abyssale. Mais qu’attendre d’autre d’un criminel comme Nasrallah?

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