Depuis le 7 octobre et le pogrom perpétré par le Hamas en Israël, l’antisémitisme se désinhibe en France (et en Occident). Que nous est-il arrivé ?

Comment ne pas rougir de honte, de rage. Le pire massacre antisémite depuis 1945 a eu lieu en Israël, et Jean-Luc Mélenchon tient ces propos sur X (anciennement Twitter), depuis la place de la République, à Paris, où manifeste une foule propalestinienne, enfin, plutôt anti-israélienne : « Voici la France. Pendant ce temps Madame Braun-Pivet campe à Tel-Aviv pour encourager le massacre. Pas au nom du peuple français ! » Tout y est : l’ellipse des pogroms perpétrés par le Hamas et l’accusation contre la présidente de l’Assemblée nationale, déjà ciblée par des menaces antisémites, de ne pas être la France parce qu’elle se rend en Israël… Les poncifs de la haine antijuive, sans gêne.

C’est de ce même lieu, le 11 janvier 2015, que démarrait un immense cortège (bien plus massif, il est vrai), en réaction aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, avec, entre autres, des pancartes proclamant « Je suis Charlie » et « Je suis Juif ». Comme ce pays va mal…

« Barre-toi, sale sioniste de merde ». La flambée des actes antisémites depuis le 7 octobre est glaçante. Que nous est-il arrivé ? On trouve une partie de la réponse dans l’extraordinaire troisième tome d’Histoire intime de la Ve République, de Franz-Olivier Giesbert. Le genre de livre si passionnant et intelligent qu’il a de quoi décourager tous ceux qui voudraient s’attaquer au sujet après lui. Le troisième opus, donc, intitulé Tragédie française (Gallimard), s’étale de 1981 à nos jours. On y voit se déployer les étapes d’un certain avachissement des esprits. Et, parmi elles, l’accoutumance à l’antisémitisme. Qui se souvient qu’en 1990 la profanation du cimetière juif de Carpentras, datant du Moyen Âge, avait provoqué une manifestation rassemblant plus de 200 000 personnes ? Alors qu’en 2014, soit à peine deux ans après la tuerie de Mohammed Merah dans l’école Ozar Hatorah, à Toulouse, une synagogue de Sarcelles fut attaquée aux cris de « Mort aux Juifs » sans que cela crée un très grand émoi… En 2019, c’est Alain Finkielkraut qui fut poursuivi boulevard du Montparnasse, à Paris, avec cette injonction : « Barre-toi, sale sioniste de merde, rentre à Tel-Aviv ! »

« Que sommes-nous en train de devenir ? » se demande FOG. Ces derniers jours, l’auteur de ces lignes a entendu d’un homme qui raconte se faire discret en amenant ses enfants dans leur école, juive, cette phrase : « On baisse la tête »… Insupportable mais vrai.

En trente-trois ans, depuis Carpentras, les verrous ont sauté un à un. Entre-temps s’est perfectionné le nouveau véhicule « furtif » du phénomène. Il s’appelle « antisionisme ». Un concept porté comme un étendard par divers militants islamistes, ou « décoloniaux », comme Houria Bouteldja, qui affirmait « on ne peut pas être israélien innocemment » dans son blog hébergé par Mediapart, lequel justifiait par ailleurs à longueur d’articles ce mot d’ordre. Une antienne reprise en chœur par des élus LFI, écharpe tricolore en bandoulière…

Certes, nous ne sommes pas les seuls dans ce cas : de la dérive des universités américaines aux ignobles slogans antisémites lancés à Londres il y a quelques jours, l’Occident ne sait plus qui il est. Pourtant, nous avions, nous, en France l’un des meilleurs antidotes : Vladimir Jankélévitch. Dans L’Imprescriptible (Seuil), le philosophe expliquait ceci : « L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux. Il ne serait plus nécessaire de les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. »

La traduction implicite actuelle, chez LFI, mais aussi dans une partie du monde médiatique, est évidente : Israël l’a mérité. Et comptez sur le fait que d’autres poursuivront le raisonnement : les Juifs aussi.

Les « escrocs de l’islamophobie », comme les appelait Charb, ne versent pas autant de larmes sur les souffrances des musulmans quand ils sont ouïgours. Ils ne pleuraient pas non plus, cet été, les courageux habitants de Gaza manifestant contre le Hamas, qui sont aujourd’hui morts ou en prison. Mais dès qu’Israël est en jeu, là, cela les intéresse.

Par Etienne Gernelle

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

2 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Schlemihl

La haine anti juive, attestée depuis plus de vingt siècles, ne s’est appelé anti sémitisme que pendant une brève période historique, de 1879 à 1949. On ne le sait plus, mais antisémite était un mot codé, permettant de haïr les juifs sans remords. Tout le monde savait ( enfin tous les gens instruits savaient ) que la population de l’ Europe était divisée en deux groupes, les Aryas et les Sémites. Le reste de l’ humanité ( hors les Européens d’ outre mer ) ne comptait pas. L’ Arya était noble, généreux, un peu naïf, le Sémite était sans honneur fourbe calculateur etc.

Ces mots étaient empruntés à des sciences sérieuses ( linguistique et anthropologie ) et étaient tombés dans le domaine public au service d’ une pseudo science qui imitait la science, comme de nos jours les Verts prennent le nom d’ une science véritable. Arya signifiait Blanc Européen Chrétien, Sémite signifiait Juif, anti sémite voulait dire ennemi des juifs et ça ne voulait rien dire d’autre. Basques Hongrois Finlandais étaient aryens, les seuls vrais Aryens de l’ Europe, les Roms, ne l’étaient pas et les nazis les ont assassinés. Se dire antisémite, c’était détester les juifs pour une raison honnête : on détestait des hommes par instinct racial, des hommes d’ une autre espèce, qui pensaient et vivaient différemment, qui ne comprenaient pas les sentiments des Aryens, qui avaient même des maladies différentes et une physiologie différente.

Ces mots pseudo scientifiques, comme beaucoup d’autres choses, étaient d’ origine religieuse. Il s’agissait d’ une rivalité entre le Nouvel Israël, Israël selon l’esprit, les Chrétiens, les frères cadets et les fils pratiquant la religion du Fils, et l’ Ancien Israël, Israël selon la chair, les Juifs, le frère aîné et le père, pratiquant la religion du Père. Une belle haine de famille bien recuite, et il les antijuifs s’identifiaient souvent aux juifs. C’est évident en Allemagne.

Les Aryas sont démodés, les Sémites n’existent pas ( la science ne connait que des langues sémitiques ), Antisémite la marque mal depuis 1945. On a trouvé presque tout de suite un nouveau mot et rien n’est changé. La presse communiste se déchainait contre le sionisme dès 1949, et le premier complot sioniste qui cherchait à assassiner les chefs bien aimés de l’ Etat socialiste apparait en 1952. Les ressemblances sont frappantes avec la persécution des Bacchanales à Rome ( – 186 ), la persécution des chrétiens à Rome ( 64 ), la destruction des Templiers au quatorzième siècle, la terreur de la sorcellerie qui dure jusque au dix septième siècle, et du reste les procès de Moscou sous Staline. L’esprit humain ne change pas.

Samy kadoch

LES SAUVAGES ON NE PARLE PAS AVEC,EXPULSER TOUS CE QUI SUPPORTENT LE TERRORISM,QUE LES PAYIS ARABE S’EN OCCUPENT,ET QUE LE MONDE ENTIER LE FASSE,ILS NE CAUSENT QUE LA MISERE,ET ILS NE SONT JAMAIS RECONNAISSANT!!