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Moti Kfir, l’ancien directeur de l’Ecole des opérations spéciales du Mossad, raconte qu’il a eu une intuition, la première fois qu’il a rencontré Sylvia Rafael, pensant qu’elle était exceptionnelle et qu’elle disposait de tous les atouts personnels qui ferait d’elle un agent hors du commun.

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Sylvia Rafael et sa signature en hébreu en bas de photo.

Ce que Kfir ignorait, lors de cette première rencontre, c’est que Rafael, qui a passé un certain temps dans les prisons norvégiennes, après son arrestation et son procès, à la suite de l’affaire de Lillehammer, lors d’une tentative bâclée d’élimination, qui devait prendre pour cible le chef terroriste palestinien Ali Hassan Salameh, deviendrait une véritable légende du Mossad.

Et il était encore moins évident, depuis le début de l’histoire, qu’un demi-siècle plus tard, il rendrait hommage à son élève et agent (e), en écrivant sa biographie.

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“[Sylvia Rafael: La vie et La Mort d’une Espionne du MossadArticle original” , corédigé par Kfir et l’écrivain israélien populaire Ram Oren, a été, dernièrement, publié en anglais. C’est un romanenquête d’espionnage passionnant et c’est aussi un portrait révélateur d’une femme qui a fait des sacrifices douloureux dans le seul but de servir le Sionisme et son pays d’adoption : Israël.

En bousculant la propre mémoire de Kfir, en interviewant le veuf survivant de Rafael, Annæus Schjødt, Jr. (qui a été son avocat au cours de toute l’affaire de Lillehammer, et qui est décédé ce mois-ci), et en fouillant dans les archives personnelles et militaires, les auteurs ont réussi à bâtir un récit très convaincant et bourré de scènes d’action, qui permet aux lecteurs de mieux comprendre ce qui a pu motiver cette femme extraordinaire.

Rafael est morte d’un cancer en 2005, à l’âge de 67 ans et ses cendres sont enterrées au Kibbutz Ramat Hakovesh. Elle est née et a grandi dans une zone rurale d’Afrique du Sud, dans une famille établie par un père Juif et une mère chrétienne. Elle a été profondément affectée, étant enfant, par l’arrivée du seul parent de son père qui ait survécu à la Shoah.

Durant ses années d’adolescence, elle s’est de plus en plus identifiée au Judaïsme et au Sionisme. En tant que jeune femme, elle a fait l’Aliyah en Israël et a travaillé comme enseignante d’anglais à Tel Aviv, après un passage initial au Kibboutz.

Kfir a pu connaître Rafael, lorsqu’un agent de valeur, dont la petite amie s’est avérée être la colocataire de Rafael, lui a suggéré qu’elle pourrait tout-à-fait convenir pour le job au sein du Mossad.

« Je ne tire jamais de conclusions à partir d’une première rencontre, qu’il s’agisse d’affaires commerciales, d’espionnage et surtout d’amour », a déclaré Kfir, qui a quitté le Mossad en 1975, dans une interview au [Times of IsraelArticle original, à son domicile de Tel Aviv.

« Mais, dès ma première rencontre avec Sylvia, j’ai clairement décelé qu’il avait le potentiel pour. J’étais impressionné », concède t-il, à propos de cette femme qui allait devenir un membre à part entière de « La Colère de D. », une opération secrète du Mossad, visant à liquider tous les membres du groupe terroriste palestinien Septembre Noir, soupçonnés d’avoir mis au point le massacre des 11 Athlètes israéliens, durant les Jeux Olympiques de Munich, en 1972.

« D’une certaine façon, c’était un phénomène. Elle était différente de tout ce que j’avais connu jusqu’à ce moment-là ».

Kfir a donc recruté et entraîné Rafael pour qu’elle devienne une combattante clandestine, une Israélienne qui opère sous couverture dans d’autres pays, en faisant usage de passeports étrangers (à la différence d’un espion, qui est un agent étranger recruté pour des opérations d’espionnage).

Certains ont stigmatisé Rafael comme étant une tueuse, une criminelle, mais de ce que Kfir a écrit, et de ce qui a pu passer le comité de censure de Tsahal et du Ministère, il ne semble pas que Rafael elle-même ait jamais appuyé sur la gâchette d’une arme à feu ni poussé le bouton du détonateur d’une bombe ayant tué la moindre cible.

« Elle n’a jamais dû vraiment assassiner quiconque, et je ne spéculerai pas sur le fait de savoir si elle a dû ou pas tuer pour se défendre », dit Kfir en clôturant la discussion.

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Selon Kfir, cela faisait partie des contradictions internes de Rafael et sa capacité à maintenir l’équilibre entre elles est, précisément, ce qui a fait de cette femme un très bon agent opérationnel dans la clandestinité.

Lors d’une conférence de présentation qu’il a donnée, en octobre dernier, lors de la réunion annuelle de [l’Association de l’Armée des Etats-UnisArticle original, il a salué Rafael pour son courage et son caractère inflexible, à la fois ouverte et réservée, extrovertie et secrète, persistante et souple.

Aussi expansif que Kfir puisse être, à propos de Rafael, il refuse de dire qu’elle était un meilleur agent que les autres. Il reconnaît que si l’affaire Lillehammer n’avait pas éclaté, elle aurait pu, tout simplement, prendre sa retraite du Mossad, sans que jamais personne n’ait jamais entendu parler d’elle, qui elle était et ce qu’elle avait fait.

« C’est ça, le le grand paradoxe », admet Kfir. « C’est la conséquence d’une erreur et de ce qui a été révélé au grand public, qui a fait qu’elle est devenue une légende, qu’elle a rencontré l’amour de sa vie et qu’elle a pu se bâtir une vie pour elle-même ».

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Lors de son procès.

Yiftach Reicher-Atir,, qui a travaillé dans les renseignements militaires de Tsahal et écrit un roman intitulé : « La Prof d’anglais », concernant les agents féminins du Mossad, est d’accord sur le fait que Rafael était un agent bourrée de talent et que ce sont les circonstances de son arrestation qui lui a apporté la notoriété.

« Être prise lors d’une action opérationnelle, être jugée et emprisonnée… et je suis très heureux que ce soit un évènement extrêmement rare en ce qui concerne les agents du Mossad, mais en même temps, en pareilles circonstances, on ne peut pas démentir l’histoire qui s’est déroulée », dit-il.

« Elle s’est mariée avec son avocat. Cela a été une véritable histoire d’amour. Si vous réalisez un film là-dessus, personne ne vous croira ».

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Bien qu’elle ait fait le plus heureux des mariages, Rafael n’a jamais eu d’enfant. Ses inquiétudes concernant son mouvement d’horloge biologique transparaissent dans le livre de Kfir et celui-ci confirme qu’elle lui avait personnellement confié son désir de tout arrêter et d’avoir des enfants.

« J’ai travaillé en étroite relation avec elle pendant dix ans, d’abord en tant que chef de l’Ecole des Opérations spéciales, et ensuite, comme responsable de l’unité des opérations en Europe », dit Kfir. « Nous avions une confiance totale l’un envers l’autre et elle a pu me parler de son envie d’être amoureuse ».

Exceptée la notoriété que s’est, bien involontairement, attirée Rafael, le fait qu’il s’agissait d’un agent féminin du Mossad va probablement intriguer et générer de l’intérêt pour son histoire. Et Kfir pense qu’elle fait la démonstration que ce qu’un homme peut faire, une femme peut aussi le faire – et certaines fois, bien mieux.

Il souligne que ce sont souvent ce qu’il appelle « les choses triviales », comme d’obtenir un visa, qui font qu’une femme attire moins les soupçons et qu’elle les réalise mieux qu’un homme.

Reicher-Atir est aussi d’accord sur le fait que Rafael sert d’exemple sur la façon dont une femme agit au sein du Mossad, mais il met en garde sur le fait que le travail peut s’avérer plus dangereux pour une femme, parce qu’elle est plus exposée au harcèlement et à l’agression sexuelle.

Il pense aussi que les inquiétudes qu’exprimait Rafael sur les inconvénients de son travail quant à sa capacité de trouver un partenaire pour la vie et avoir des enfants ne doivent pas être prises à la légère.

« Aucune femme avec des enfants en bas-âge n’opérera comme combattante sous couverture dans un pays étranger ».

Kfir perçoit la rédaction de la biographie de Rafael comme l’accomplissement de la volonté de son mari que l’on raconte, un jour, son histoire.

« Lors de ses funérailles, il m’a murmuré qu’il espérait qu’un jour, quelqu’un écrit à son sujet », confie Kfir.

L’histoire de Rafael a aussi inspiré le roman de Reicher-Atir à propos des femmes du Mossad en action. Elle peut bien ne pas être nominalement désignée dans ce récit de fiction, mais tout son esprit sioniste et son sens du dévouement pour Israël transpire bien à chaque page.

« Il est bon que les gens sachent que ce que d’autres font ou ont fait pour eux », remarque l’auteur.

A partir d’une interview réalisée par [Renée Ghert-ZandArticle original

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michel boissonneault

c’est bien d’avoir écrit un livre en Anglais mais j’aurais préférer un film en français