Le Produit intérieur brut a progressé de 0,3% au troisième trimestre (juillet, août, septembre) par rapport au deuxième, selon la première estimation livrée vendredi par l’Insee. L’Institut national de la statistique et des études économiques ne prévoyait que 0,1%, la Banque de France attendait 0,2% et la plupart des économistes étaient encore plus pessimistes que la banque centrale.

La France a également fait mieux que ses voisins, l’Allemagne (+0,1%) et l’Italie (-0,1%), tout en dépassant la performance de la zone euro dans son ensemble (+0,2%).

Mais le ministre des Finances Michel Sapin s’est gardé de tout triomphalisme, affirmant que la prévision gouvernementale d’une croissance française de 0,4% en 2014 se trouvait « confortée », mais avertissant que l’activité restait « trop faible » pour créer des emplois.

– Emplois détruits –

L’économie française a même détruit des emplois au troisième trimestre, avec 34.100 suppressions nettes de postes (-0,2%) dans le secteur marchand.

L’Insee a par ailleurs revu en baisse le PIB français au deuxième trimestre, qui a baissé de 0,1% et non stagné comme initialement annoncé. Cette correction a mécaniquement amplifié le rebond du troisième trimestre.

« La lecture du détail des statistiques appelle à l’humilité », estime Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode, institut de recherche financé notamment par la Chambre de commerce et d’industrie de Paris.

La contribution du commerce extérieur à l’évolution du PIB a été négative (-0,2 point), comme toujours depuis le début de l’année, malgré un rebond de 0,5% des exportations au troisième trimestre. « Merci à la Banque centrale européenne qui a fait baisser l’euro », souligne Christopher Dembik, économiste chez Saxo Banque.

« L’euro baisse et n’a jamais été aussi bas depuis quatre ans, le pétrole baisse, les taux d’intérêt sont à un niveau historiquement bas (…) cet alignement de planètes, ça va payer tôt ou tard », a voulu croire pour sa part le secrétaire d’Etat à la simplification Thierry Mandon, interrogé sur i-Télé.

L’économie française a par ailleurs été soutenue cet été par les dépenses de consommation des ménages, qui ont toutefois progressé moins vite qu’au deuxième trimestre (+0,2% contre +0,3%).

Les dépenses de consommation des administrations publiques ont elles grimpé franchement, de 0,8%, ce qui contraste avec le recul plus accentué des investissements publics: -1,2% au troisième trimestre, après déjà -0,7% au deuxième trimestre.

Pour M. Ferrand, cette divergence pourrait montrer que « l’on coupe dans ce qui est le plus facile, les investissements, au lieu de réduire les dépenses, ce qui est plus difficile politiquement ».

Du côté de l’investissement privé: celui des ménages, c’est-à-dire l’achat de logements, reste déprimé (-1,7% au troisième trimestre), et celui des entreprises continue à baisser, mais plus lentement: -0,1% après -0,5% au printemps et -0,6% au premier trimestre.

Xavier Timbeau, économiste à l’OFCE, institut de recherche classé à gauche, appelle à manier avec précaution les chiffres de l’investissement et des dépenses publiques: « Les comptes de l’Insee ne permettent pas de faire une analyse du budget de l’Etat » ou de discerner l’effort d’économies en cours.

– Les investissements publics en baisse –

M. Timbeau reconnaît toutefois que « les chiffres deviennent très négatifs pour ce qui concerne l’investissement public ». Cela peut selon lui montrer que les collectivités territoriales, face à la baisse des financements de l’Etat, commencent à geler voire annuler de grands projets.

« Ce n’est pas le moindre des paradoxes quand la France demande constamment à l’Allemagne et à l’Europe d’investir davantage », souligne-t-il, tout en relevant que le voisin allemand dispose d’une confortable marge de manoeuvre budgétaire.

« La solution serait un grand programme d’investissement européen, pas que chaque pays investisse dans son coin, ou fasse des reproches à son voisin », juge M. Dembik.

Le nouveau patron de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a promis un plan d’investissements de 300 milliards d’euros sur trois ans. L’Allemagne elle veut débloquer 10 milliards d’euros d’investissements publics supplémentaires dans les années à venir, un chiffre jugé insuffisant par ses propres industriels.

AFP

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