Le nouveau chef du Mossad, Roman Gofman

Le Mossad secoué après l’échec iranien

Une importante réorganisation serait en cours au sommet du Mossad. Roman Gofman, qui dirige les services de renseignement extérieur israéliens depuis juin 2026, aurait écarté de leurs fonctions deux hauts responsables directement impliqués dans l’élaboration d’un ambitieux projet visant à provoquer la chute du régime iranien. Les deux hommes ne quitteraient toutefois pas l’agence et devraient être affectés à d’autres fonctions, signe que cette décision relève autant de divergences stratégiques que d’une sanction personnelle.

Les deux responsables occupaient des postes particulièrement sensibles : l’un dirigeait le Directorat des renseignements, tandis que l’autre était chargé du dossier iranien. Tous deux auraient participé à la conception d’un scénario qui allait bien au-delà d’une campagne militaire classique contre Téhéran. L’objectif aurait été d’exploiter les fragilités internes de la République islamique, notamment les tensions avec les minorités ethniques, afin de favoriser un soulèvement suffisamment puissant pour menacer directement le régime.

Le plan prévoyait notamment des frappes contre des positions des Gardiens de la révolution dans le Kurdistan iranien. Ces attaques devaient faciliter l’entrée en Iran de combattants kurdes venus d’Irak, qui auraient ensuite progressé dans les régions du nord-ouest. Les stratèges israéliens espéraient que plusieurs milliers de jeunes Kurdes les rejoindraient et que cette dynamique provoquerait, par effet d’entraînement, des manifestations massives dans le reste du pays. L’hypothèse la plus spectaculaire évoquée dans ce projet concernait Mahmoud Ahmadinejad : l’ancien président iranien, pourtant longtemps connu pour ses positions extrêmement hostiles à Israël, aurait été envisagé comme une possible figure de transition. Son entourage a toutefois démenti les informations faisant état de contacts avec le Mossad.

Une partie de ce scénario aurait commencé à prendre forme au début de la guerre de février. Israël et les États-Unis ont alors frappé de nombreuses infrastructures militaires et sécuritaires iraniennes, notamment dans le nord-ouest du pays. Mais la dimension terrestre de l’opération n’a jamais véritablement abouti. Les réticences des groupes kurdes, l’opposition de la Turquie et des fuites concernant le projet auraient finalement conduit Washington à renoncer à cette option.

L’échec de ce plan aurait également révélé des désaccords profonds au sein des appareils sécuritaires israélien et américain. Certains responsables auraient considéré dès le départ que l’idée d’un effondrement rapide de la République islamique reposait sur des hypothèses excessivement optimistes. Les relations entre Roman Gofman et les deux responsables aujourd’hui écartés auraient d’ailleurs été difficiles dès son arrivée à la tête du Mossad.

Cette réorganisation intervient donc dans un contexte où Israël doit tirer les enseignements de plusieurs mois de confrontation directe avec l’Iran. Le régime de Téhéran a été durement frappé militairement, mais les scénarios de soulèvement populaire et de changement rapide de pouvoir ne se sont pas matérialisés comme certains responsables l’espéraient. Le départ de deux architectes de cette stratégie illustre désormais un débat plus large au sein du renseignement israélien : jusqu’où peut-on transformer une supériorité militaire en changement politique durable chez l’adversaire ?

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