Élections au Maroc, nette montée des islamistes

Les élections législatives marocaines ont livré leurs premiers résultats, avec la victoire de la Parti de l’authenticité et de la modernité (PAMS), qui remporte 97 sièges sur 395, en progression par rapport aux 87 sièges obtenus il y a cinq ans. Le Rassemblement National des indépendants (RNI), qui dirigeait le gouvernement sortant, recule à la deuxième place avec 66 mandats, suivi de près par le parti conservateur Istiqlal avec 65 sièges. Ces trois formations faisaient partie de la coalition précédente. La participation a atteint environ 38 %, un chiffre historiquement bas depuis 2007, avec seulement 15,8 millions d’inscrits sur 27 millions d’électeurs potentiels. Le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, a confirmé ces résultats provisoires, en précisant que les chiffres définitifs seront publiés ultérieurement.

Le principal fait marquant est la forte progression du Parti de la justice et du développement (PJD), un parti islamiste qui passe de 13 à 54 sièges. Son leader, l’ancien Premier ministre Abdelilah Benkirane, a affirmé que son parti dominait dans la majorité des circonscriptions déjà dépouillées, tout en dénonçant des irrégularités sur certains bureaux de vote, sans réaction officielle pour l’instant. Cette montée en puissance intervient alors que le PJD critique ouvertement la normalisation des relations avec Israël, conclue en 2020 sous son gouvernement, et appelle à la rupture de ces liens. Cette position contraste avec les accords récents visant à renforcer la coopération diplomatique, notamment la transformation du bureau de liaison israélien en ambassade.

La majorité absolue au Parlement requiert 198 sièges, ce qui oblige la PAMS à former une coalition. Cependant, la formation a exclu toute alliance avec le RNI, en raison des accusations mutuelles portées durant la campagne concernant la gestion économique et la hausse des prix. Certains analystes anticipaient une alliance possible entre la PAMS et le PJD, compte tenu de la progression de ce dernier, mais la situation reste incertaine. Le roi Mohammed VI, qui conserve le pouvoir de nommer le chef du gouvernement, pourrait choisir parmi plusieurs candidats, dont Fauzi Lekjaa, récemment intégré à la PAMS, ou Fatima-Zahra Mansouri, maire de Marrakech et dirigeante du parti, qui deviendrait la deuxième femme à diriger un gouvernement arabe si elle était choisie.

Malgré ces changements parlementaires, la politique étrangère et la défense restent sous le contrôle direct du roi, limitant l’impact des élections sur ces domaines. Néanmoins, la montée des islamistes, qui soutiennent une politique hostile à Israël, représente un défi pour la stabilité régionale et la coopération bilatérale. La présence au Parlement d’activistes opposés à la normalisation, tels qu’Aziz Hannawi, connu pour ses actions anti-israéliennes, souligne cette tension. Ce contexte politique complexe reflète les divisions internes marocaines sur des questions clés, notamment la relation avec Israël, et annonce une période de négociations délicates pour former un gouvernement efficace et stable.

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