Gaza et LFI : la primaire de la gauche à l’épreuve de ses divisions.

C’est logique : à gauche, les pro-LFI sont les plus hostiles à Israël. Il existe donc une ligne de fracture — le terme est peut-être un peu fort — ou, à tout le moins, une différence de degré.

Il y a ceux qui affichent une hostilité profonde envers Israël, comme Ségolène Royal et Olivier Faure, et ceux qui se gardent de parler de « génocide » lorsqu’il s’agit,  essentiellement de l’élimination de terroristes, mais qui souhaiteraient néanmoins que les Juifs de France se désolidarisent d’Israël au moment même où ce pays affronte ses ennemis qui depuis cent ans ne rêvent que de la destruction des Juifs.

Une partie de cette gauche apporte parallèlement son soutien à des mouvements qui entretiennent une hostilité radicale envers Israël et, pour certains d’entre eux, revendiquent sa disparition. Une obsession qui rappelle celle qui, il y a un siècle déjà, visait à empêcher durablement l’existence d’un foyer national juif dans cette région.

Il est vrai que, dans les années 1940, l’Europe a connu l’entreprise d’extermination des Juifs avant de se découvrir une conscience morale après la guerre — conscience dont on peut se demander, au regard de certaines réactions depuis le 7 octobre 2023, ce qu’il en reste aujourd’hui.

Voilà où en est le parti de Mitterrand, qui défendait lui aussi la création d’un État palestinien aux côtés d’Israël, présentée comme conforme aux intérêts d’Israël, tandis que son passé et ses relations avec René Bousquet ont longtemps alimenté la controverse.

Décidément, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

Si les candidats ont affiché au cours du premier débat des convergences sur les questions économiques, les échanges se sont rapidement crispés autour de l’international et du rapport à Jean-Luc Mélenchon.

En amont du premier débat de cette primaire de la gauche social-démocrate, sur LCI, certains, en interne, craignaient qu’il ne vire au pugilat. Qu’il soit pollué par les répercussions de l’éviction de Philippe Brun et des divisions étalées sur la place publique. Les tensions sont finalement montées crescendo tout au long de la soirée.

Au début, chaque candidat a joué sa propre partition et égrené ses fondamentaux politiques. Olivier Faure, l’outsider, a soigné sa gauche, reprenant une proposition des écologistes sur la « sécurité sociale de l’alimentation », méditant sur les « nouveaux ogres capitalistes » et « la loi du plus juste ». Le favori, Raphaël Glucksmann, a souligné son combat pour « la démocratie » et appelé de ses vœux une « République des travailleurs », « l’ADN de la gauche », attentif à ne pas prêter le flanc aux critiques de ceux qui en font un nouveau Macron libéral. Jérôme Guedj s’est présenté comme le candidat de « la laïcité et de l’universalisme » ; Ségolène Royal a réactivé son « ordre juste ». Quant au député Emmanuel Maurel, fondateur du parti Gauche républicaine et socialiste (GRS), il a partagé son souhait de « redresser la France », tout en reconnaissant son manque de notoriété.

Chacun dans son couloir de nage, donc. Interrogés sur le prix des carburants et les enjeux économiques, les candidats ont débattu de la hausse des salaires, du soutien aux classes moyennes et populaires, et de la « justice sociale ». Indexation des salaires sur l’inflation pour Emmanuel Maurel, smic à 1 700 euros proposée par Olivier Faure, ISF climatique défendu par Jérôme Guedj… Les questions sociales et économiques ont donné lieu à des convergences idéologiques entre les cinq prétendants.

« Génocide », un qualificatif qui divise

C’est finalement sur le terrain géopolitique que les échanges ont commencé à se durcir. Ségolène Royal, qui avait dénoncé en 2022 « une propagande de guerre par la peur » de la part du président ukrainien Volodymyr Zelensky, s’est défendue de toute complaisance avec le Kremlin. Tout en plaidant pour des négociations avec Vladimir Poutine…

« Il n’a aucune intention de négocier avec nous, il nous considère comme ses adversaires », a ajouté Raphaël Glucksmann. « Vous avez dit un jour : il faut aller jusqu’à Moscou ! » a lancé Ségolène Royal au député européen. Réponse de l’intéressé, le sourire en coin : « Vous confondez avec Napoléon, je crois. Un autre stagiaire ! » Une qualification dont l’avait affublé l’ancienne candidate de 2007 pour souligner son inexpérience du pouvoir, elle qui se targue d’avoir été ministre de François Mitterrand.

« Il faut avoir la même force pour l’Ukraine que pour la Palestine », a ajouté Olivier Faure, déplaçant le débat sur le conflit israélo-palestinien. Pour le patron des roses, il faut, à la façon de Pedro Sanchez en Espagne, suspendre l’accord commercial entre l’Europe et Israël et qualifier la guerre de « génocide », un terme que n’emploient pas Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj.

« Il faudrait plus de voix israéliennes et juives pour dire que ce qui se passe est intolérable, parce que c’est ça qui freinera l’antisémitisme », a glissé Ségolène Royal. Des propos qui ont fait réagir. « Un Français juif n’a rien à voir avec Netanyahou. Il faut le dire, le répéter et l’intégrer. Avec ce type de discours, on se retrouve avec un père qui marche dans la rue avec ses enfants, et qui se fait traiter de “génocidaire” juste parce qu’il porte une kippa. Ce n’est pas aux juifs de dénoncer Netanyahou », a répliqué Raphaël Glucksmann. « On n’a pas demandé aux Français musulmans de hausser la voix pour se désolidariser des crimes commis par Daech, parce que ce sont des Français avant d’être des musulmans », a renchéri Jérôme Guedj, l’accusant en outre de bafouer « l’universalisme républicain ». Mais Ségolène Royal insiste : « Si les mots sont importants, il faut reconnaître le “génocide”. »

L’« obsession » Mélenchon

Après l’international, les relations avec LFI sont venues encore plus envenimer la discussion. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, pourfendeurs d’une alliance aux législatives avec LFI, accusent Olivier Faure de maintenir une ambiguïté sur la question et de préparer un nouveau NFP. « Nous aurons besoin, dans l’hémicycle, de retrouver les forces de gauche. Nous votons à 80 % avec les insoumis […], nous aurons besoin de ces convergences. […] Arrêtons de cracher sur le reste de la gauche. Si vous leur dites qu’ils sont mauvais, ils ne viendront jamais […]. Il n’y a pas deux gauches irréconciliables », a expliqué Olivier Faure.

Et Jérôme Guedj de rappeler que le PS avait dénoncé les propos « aux relents antisémites » de Jean-Luc Mélenchon avant de s’allier avec LFI dans certaines villes lors des dernières municipales… « La godille, c’est bien pour le ski, Olivier. Peut-être que tu es très bon au ski », a tancé Jérôme Guedj. « Tu as été l’aile gauche du PS, tu es devenu l’aile droite. Ce n’est pas chez toi que je trouve de la cohérence », lui a répondu Olivier Faure. Ambiance…

Les passes d’armes sur LFI se succèdent – Royal et Faure dénoncent une « obsession » –, sous les yeux quelque peu désabusés d’Emmanuel Maurel. Le député du Val-d’Oise craint l’auto-affaiblissement des candidats qui sont « en train de tomber dans un piège absurde qui est de se définir nous-mêmes par rapport à une autre force politique du camp de la gauche ».

Face à la machine Insoumise, cette primaire peut-elle réveiller la gauche social-démocrate ? Il y a quelques jours, un socialiste restait songeur : « Ce n’est pas une primaire, mais un congrès ! Et qui va payer 15 euros pour voter ? Si on continue comme ça, Mélenchon sera à 22 % dans les sondages à la fin de l’année. »

Ce débat est à l’image du Parti socialiste : sans boussole, désuni, et dont les électeurs qui lui restent se partageront entre le centre et l’extrême gauche. Il n’y aura pas de véritable discipline, faute d’un chef incontesté et incontestable.

Il ne reste que des candidats sans grandes illusions, incapables d’imprimer une direction claire à leur parti et de proposer une voie cohérente pour leur patrie dont il refutent le terme.

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