Ils ont voulu le prendre de haut. Ce jeune Bardella ne devait être qu’un amuse-gueule, mais ils sont tombés de haut et se sont cassé la gueule. Bardella s’exprime sans difficulté ; ce qui se conçoit clairement s’énonce clairement. Ils ont cherché à lui tendre des questions pièges, mais il n’est tombé dans aucun de leurs pièges. Pourtant, ils avaient fait appel à des spécialistes pour chaque sujet, comme Alain Bauer pour la politique étrangère. Celui-ci a même été contraint de reconnaître qu’il avait réalisé un sans-faute. Il ne s’exprime pas comme certains voyous de gauche ; il maîtrise le français et la rhétorique. Il sera un candidat plus coriace qu’on ne le croit.

Bardella a réussi son examen chez Darius Rochebin. Avec mention !

Les jugements des commentateurs sur la prestation de Jordan Bardella sont globalement bons, voire très bons.

C’est la période des examens et, jeudi soir, Jordan Bardella vient de réussir le sien. Le Grand Entretien de Darius Rochebin, sur LCI, est devenu L’Heure de vérité des années 80 : un crash-test à réussir impérativement pour tout présidentiable, soumis aux questions successives de deux journalistes et un invité. Jeudi soir, Bardella était donc sous le feu de Ruth Elkrief, d’Éric Brunet et d’Alain Bauer. Non seulement il ne s’est pas crashé, mais il a marqué des points, notamment sur des sujets sensibles où il était attendu au tournant.

« Je n’ai pas fait l’ENA, je n’ai pas fait les grandes écoles »

Sommé de répondre au procès en incompétence et en inexpérience que lui vaudrait son manque de diplôme, il renverse l’accusation, dénonce le « mépris social » et met de son côté les classes populaires qui n’auraient pas voix au chapitre, vantant l’ascension d’un jeune issu du peuple, « pur produit de la méritocratie républicaine ». Classique mais efficace.

En économie, il assume un programme libéral de droite

Interrogé sur la ligne économique du RN pour la présidentielle, il assume un libéralisme de droite pro-entreprises pour relancer l’économie française.

Un engagement qui l’oblige à bouger par rapport à la position du RN sur les retraites, insistant sur « la durée de cotisation et non seulement l’âge de départ théorique », et à dénoncer un système social beaucoup trop généreux, notamment avec le fardeau de l’immigration. Une petite musique cohérente qu’il a su instiller dans le débat public depuis plusieurs mois et qui, visiblement, séduit et lui assure une popularité record.

Si, sur l’immigration, le leader du RN n’a pas de preuve à faire, il avance toutefois des propositions intéressantes sur les naturalisations : le grand référendum annoncé proposera la suppression du droit du sol et des naturalisations fondées sur une demande, sous condition, même pour un enfant dont l’un des parents est né en France qui pourrait, par exemple, nécessiter « l’absence de casier judiciaire ».

Une présidentialisation en bonne voie.

Pour entrer dans le cercle fermé des présidentiables sérieux, Jordan Bardella devait passer l’épreuve de la politique étrangère. Sur l’Iran, l’Ukraine, il avance des propositions consensuelles, n’hésitant pas à railler les gesticulations de ses adversaires, comme Édouard Philippe débarquant à Kiev en mocassins.

Les jugements des commentateurs sur la prestation de Jordan Bardella sont globalement bons, voire très bons. Certains l’ont même trouvé en pleine maîtrise des dossiers, parfois brillant. Même Christophe Barbier, rarement tendre avec le RN et ses chefs, verse dans l’éloge : « Très bon mais insuffisant. Très bon parce qu’il maîtrise ses dossiers, il maîtrise les codes, il a progressé sur ses dossiers, c’est le bon élève qui maîtrise la technicité des problèmes, il a le bac de candidat avec mention. Et en même temps, j’ai une frustration, je pensais qu’hier, on verrait percer le présidentiable, le Président sous le candidat. J’espérais voir de la gravité sous le brillant. Et de ce côté-là, je n’ai rien vu. »

Appréciation intéressante mais injuste, selon nous. Pour deux raisons. D’une part, Bardella a eu la finesse d’adopter une certaine modestie pour ne pas se laisser enfermer dans la case dangereuse du premier, si ce n’est de la classe, du moins des sondages : « Il ne faut pas anticiper trop tôt que le RN sera au second tour », a-t-il déclaré. Humilité, encore – ou respect pour la patronne dont le sort sera scellé le 7 juillet -, quand il dit se projeter dans le poste de Premier ministre de Marine Le Pen. D’autre part, il a su montrer qu’il abordait l’élection de 2027 avec une certaine gravité : ce sera, pour lui, « un choix de civilisation », après lequel les choses ne seront plus forcément possibles si les Français ne choisissent pas l’alternance et le redressement. Une gravité perceptible, aussi, dans cette analyse : « Il y a deux types d’hommes politiques : ceux qui sont angoissés profondément en pensant à ce que devient la France, et ceux qui somnolent, grenouillent dans les couloirs du pouvoir et considèrent que tout va bien. » La gravité était bien là. La mention très bien aussi. Pour les félicitations du jury, c’est le destin et les Français qui en décideront.

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