Preuves de vie, corps retrouvés, incertitudes : que sait-on du sort des otages toujours à Gaza ?

Seuls 110 des quelque 250 otages du Hamas ont été libérés lors de la trêve négociée fin novembre entre Israël et le Hamas. Le sort actuel de la majorité des 140 personnes encore captives est flou.

« Le cœur brisé. » C’est ce qu’a ressenti, selon ses termes, le président américain Joe Biden vendredi après avoir appris le décès de Gadi Haggaï, otage israélo-américain de 73 ans. Il avait été kidnappé le 7 octobre dans le kibboutz Nir Oz alors qu’il se promenait avec sa femme. Sa dépouille se trouve toujours dans la bande de Gaza.

Gadi Haggaï faisait partie des quelque 250 personnes enlevées lors de l’attaque terroriste du Hamas en Israël le 7 octobre. À ce jour, 110 de ces otages ont été libérés, lors de la première trêve des combats à Gaza fin novembre. Parmi eux, quatre Français : Eitan Yahalomi, Erez et Sahar Kalderon, ainsi que Mia Schem.

Onze dépouilles ont pu être rapatriées

Concernant le sort des 140 personnes restantes, c’est l’incertitude qui prédomine. Selon un décompte de la Chaine Kan, la société de radiodiffusion publique israélienne qui recense le nombre de victimes ainsi que leurs identités, 34 otages auraient perdu la vie depuis leur enlèvement. Les corps de onze d’entre eux ont pu être rapatriés en Israël, dont celui du Franco-israélien Eliya Toledano.

Entre les dépouilles des personnes tuées depuis le début de leur captivité, que ce soit par le Hamas ou par des tirs de Tsahal, celles dont le mouvement islamiste a donné une preuve de vie ou celles dont on ne sait rien, les autorités israéliennes estiment que 129 otages, morts ou vivantssont toujours dans l’enclave palestinienne.

Et ce n’est pas par hasard si le mouvement islamiste entretient le flou autour du sort de certains. « Les terroristes du Hamas, chaotiques dans leur organisation, n’arrivent pas à communiquer avec toutes les factions dans lesquelles ils ont dispersé les otages. Ils ne sont même pas sûrs et certains de qui est en vie ou non », nous confiait l’ancien officier Guillaume Ancel, à la veille de la première trêve.

Lundi, la branche armée du mouvement islamiste palestinien a diffusé des images montrant trois hommes israéliens âgés, en vie, qu’il retient dans la bande de Gaza.

Dans cette vidéo d’environ une minute intitulée « Ne nous laissez pas vieillir ici », les trois hommes, barbus, sont assis sur des chaises. L’un d’eux adresse un message aux autorités israéliennes leur demandant de faire le nécessaire pour obtenir leur libération. Les otages filmés sont Chaïm Peri (79 ans), Yoram Metzger (80 ans) et Amiram Cooper (84 ans).

L’incertitude est totale sur la famille Bibas, dont le sort tient en haleine tout l’État hébreu. Kfir Bibas, ses deux parents Yarden et Shiri ainsi que son grand frère Ariel ont été kidnappés le 7 octobre, à Nir Oz. Le 29 novembre, les brigades Ezzedine al-Qassam ont annoncé la mort des deux jeunes enfants et de leur mère, âgée de 32 ans, dans un bombardement de l’armée israélienne. Tsahal dit, encore aujourd’hui, « vérifier cette information ».

De nombreuses familles laissées sans la moindre nouvelle

Yarden Bibas, lui, était encore en vie le 30 novembre dernier. Après avoir annoncé la mort de sa femme et de ses deux enfants, le Hamas a diffusé une vidéo de l’homme de 32 ans. Assis sur une chaise, en larmes après avoir été informé du décès de ses proches, l’homme implore le gouvernement israélien de venir libérer les otages encore présents dans la bande de Gaza.

De très nombreuses familles d’otages sont sans la moindre nouvelle de leurs proches depuis le 7 octobre. Alors que certaines associations mettent la pression sur Benyamin Netanyahou pour obtenir une deuxième trêve et des combats, et donc de nouvelles libérations, un accord avec le Hamas n’est pas encore d’actualité.

Les négociations sur les otages détenus dans la bande de Gaza dépendent plus que jamais du chef du Hamas dans cette région et des partis de droite au sein du gouvernement israélien.

Le sort de 129 otages encore détenus dans la bande de Gaza a provoqué une étrange alliance de fait pour saborder les négociations sur leur libération. D’un côté, Yahya Sinwar, le chef jusqu’au-boutiste du Hamas présente des exigences qui reviendraient pour Israël à reconnaître une défaite en rase campagne.

Dans l’autre camp, des ministres israéliens de droite multiplient les menaces à peine voilées de démission si Benyamin Netanyahou consentait à la moindre concession . Difficile de conclure dans ces conditions, même si les tractations via le Qatar, l’Egypte et les Etats-Unis se poursuivent en coulisse.

Traqué par l’armée israélienne dans le sud de la bande de Gaza, Yahya Sinwar a mis la barre très haut. Il réclame l’arrêt des opérations de l’armée israélienne, ainsi que son retrait de la bande de Gaza et la libération de plus 6.000 prisonniers palestiniens détenus par Israël. Autant d’exigences totalement inacceptables pour l’État hébreu. Homme fort du Hamas dans la bande de Gaza, il a également voulu se démarquer de la direction extérieure de l’organisation islamiste avec laquelle des tensions commencent à apparaître.

Un exemple : au moment même où Ismail Haniyeh, qui est à la tête du bureau politique du Hamas et qui vit en exil au Qatar, s’entretenait jeudi avec des responsables égyptiens au Caire sur une trêve des combats qui permettrait une libération des otages et de Palestiniens détenus par Israël, la branche militaire du Hamas a cru bon, sur ordre de Yahya Sinwar, de tirer une rafale d’une dizaine de roquettes vers la région de Tel-Aviv, histoire de rappeler qui était le maître du jeu.

Cette attaque, une des plus intenses contre la capitale économique d’Israël depuis le début de la guerre , n’a pas fait de victime ni provoqué d’importants dégâts. Mais elle a été l’occasion de prouver que la branche militaire du Hamas, malgré les coups très durs qui lui ont été assénés avec des pertes dans ses rangs évaluées entre 7.000 à 8.000 morts, était loin d’avoir été mise hors de combat.

Du côté israélien, le ton n’est pas plus encourageant pour les familles d’otages. Elles vivent un long cauchemar depuis le 7 octobre lorsqu’une infiltration de commandos du Hamas dans le sud d’Israël a fait près de 1.200 morts, tandis que 240 Israéliens et étrangers étaient pris en otages. Cent cinq d’entre eux ont été libérés fin novembre à la suite d’un accord sur un cessez-le-feu qui a duré une semaine. Benyamin Netanyahou, tout en proclamant que libérer les otages constituait une priorité, a proclamé jeudi qu’il n’était pas question de mettre fin à l’opération militaire dans la bande . « Les terroristes du Hamas n’ont qu’une alternative : se rendre ou mourir, nous ferons la guerre jusqu’au bout », a-t-il prévenu.

Marge de manoeuvre limitée

Sa marge de manœuvre est restreinte. Pour Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale et chef d’un parti de droite, « le moment n’est pas venu de consentir à une trêve, à la paix, nous devons aspirer à une victoire décisive ». Bezalel Smotrich, le ministre des Finances et leader d’une autre formation droite a, pour sa part, suggéré que le cabinet de guerre donne comme instruction au chef du Mossad David Barnea de « liquider les dirigeants du Hamas plutôt que de négocier » un nouveau cessez-le-feu avec eux. Sans les 14 députés (sur 120) qui sont membres de ces deux partis, Benyamin Netanyahou n’aurait plus de majorité et pourrait être renversé, ce qui explique sans doute son intransigeance.

L’opinion publique est en revanche beaucoup plus modérée. Selon un sondage paru vendredi dans le quotidien Maariv, 67 % des Israéliens se déclarent favorables à un arrêt des combats durant les négociations sur la libération des otages.

JForum.fr & Le PARISIEN 

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