Binyamin, mon cher fils, nous ne nous sommes pas parlé depuis longtemps. Tu te souviens, la dernière fois que nous nous sommes parlé, c’était avant Souccot. Je t’avais dit que j’étais fier de toi. En effet, tu donnes effectivement ton corps à chaque instant pour la protection de nos frères, fils d’Israël, et tu as répondu brièvement à ta manière : « Je sais »

Ce sont les derniers mots que j’aie entendus de ta part, je ne pensais pas que ce serait ainsi, mais ce fut ainsi.

Ton ami m’a raconté que ce matin-là, tu es revenu d’un combat de 12 heures, et dès que le commandant t’a proposé d’aller avec lui, tu as accepté et tu as été le premier à être prêt. Tu es un héros. Vraiment, quel courage. D’autres auraient hésité. Vraisemblablement, ils avaient entendu dire qu’il y aurait des difficultés. Mais, toi, tu n’as pas hésité et avant de partir pour le village de Aza, tu lui as dit que tu n’avais pas peur, pourtant tu ne voulais pas faire du mal à ta famille !

Oh Benjamin, c’est dur pour moi de te désapprouver, ça fait extrêmement mal à ta famille, j’ai l’impression que mon cœur est vide. Il y a comme un trou dans mon cœur, c’est très dur Binyamin.

Vous savez, notre grand maître Rambam a dit :”lorsque nous partons en guerre, la guerre a pour objet l’Unicité de Dieu, et le combattant met son âme entre Ses mains. Celui-ci ne devra pas avoir de crainte ou de peur. Il ne pensera ni à sa femme ni à ses enfants, et effacera leur souvenir de son cœur, et se détournera de tout pour éviter toute crainte.”

J’imagine comme cela a dû être difficile, car nous étions si proches, tu étais si proche de tes sœurs, de tes petits frères « . Sûrement maintenant, tu penses à nous et tu pries pour nous, comme je te l’ai demandé lors des funérailles. Désormais, tu peux intercéder pour nous et de prier pour tout le peuple d’Israël, et en particulier pour ta famille, que tu as littéralement sacrifiée.

Tu as sauté hors de ta cachette, pour aider les blessés… Tu as le droit de demander, d’exiger, de prier, pour que nous ayons la paix, pour que le peuple d’Israël ait la paix, et même de demander la délivrance.

Écoute, mon fils Binyamin, tu ignores ce qu’on dit de toi, on t’appelle ‘le saint’, parce que celui qui meurt pour la sanctification de Dieu s’appelle un saint, on ne dit plus Binyamin fils de Nethanel, mais ils disent Rav Nethanel, le père de Binyamin le Saint. Que Dieu venge son sang.

Maman dit que tu as dépassé tout le monde dans la file et que tu es arrivé directement au plus haut dans le ciel, et que c’est bien mérité pour toi. Je suis sûr que c’est bien pour toi. Finalement, il est écrit que ceux qui s’attaquent à la Royauté ne peuvent pas se tenir face à Elle, non seulement ils ne tiennent pas debout, mais ils ne peuvent pas se tenir debout. Le monde doit savoir tout cela.

Je voulais te dire que des milliers de personnes mettront les tefillins pour toi. J’ai demandé qu’il y ait 15 000 personnes qui mettent les tefillins lors de tes funérailles et alors que je t’écris, il y a eu 7 200 personnes qui ont mis les tefillins pour toi (nous avons fait un site “charidi” où au lieu de donner de l’argent , on note combien de personnes ont mis les tefillins pour toi).

Encore autre chose. Certaines personnes viennent juste de commencer à mettre des tefillins, si je te dis qui c’est – tu ne le croiras pas – un grand mérite, qui te revient ici-bas.

En fin de compte, c’est vraiment dur personnellement, pour ta mère, pour tous tes frères et tes sœurs, mais une chose nous réconforte, c’est que nous savons que c’est pour la sanctification de Dieu, et uniquement mourir pour la sanctification de Dieu, mais partir en sachant que cela peut arriver, et en plus de cela aussi pour sauver les Juifs. Mais, en réalité, ça vient de l’âme, car le corps nous manque, tu nous manques.

J’ai compris ce que je disais dans la prière ‘Ne lis pas “tes enfants”, mais “tes bâtisseurs”’, jusqu’à présent, tu n’étais que mon fils, cependant depuis ce jour, tu m’as aussi édifié, rendu meilleur, moi et toute la famille.

Une dernière chose, tout cela m’a fait réaliser que je ne te connaissais pas réellement, on a entendu des dizaines d’histoires et de témoignages sur toi de la part de tes amis, des commandants et des rabbins. On a bien compris qu’on ignorait qui tu étais. Ils ont dit que tu n’étais jamais en colère, que tu ne te plaignais jamais, que tu essayais toujours d’aider les autres. Tu sais ce qui est drôle, plein de gars sont venus au Shiva, qui nous disent être « ton meilleur ami de Benjamin », tu comprends ?

L’un d’entre eux a dit que tu savais bien écouter les personnes, un autre a dit que tu savais les calmer, ou les aider, ou leur donner des conseils, et certains ont dit que tu aimais étudier, ou simplement être à la synagogue. Un autre a dit que tu étais constamment inquiet pour te réveiller à l’heure afin d’être au minyan (quorum de 10 personnes pour faire la prière à la synagogue).

Nous avons également entendu de belles histoires sur les moments difficiles que tu as traversés pendant ta formation à l’armée, etc., et pour encourager et renforcer les autres, tu as commencé à chanter des airs Habad, à raconter des histoires et à dire des Dvar Torah (des paroles de Torah) du Rabbi. Écoute, je suis fier de toi et je ressens en fait que je ne te connaissais pas assez bien.

Tu sais quoi, j’aimerais que tous les parents réalisent que peut-être qu’ils ne connaissent pas très bien leurs enfants. Que lorsqu’ils rentrent de la yeshiva, ils se « lâchent » un peu et montrent ce qu’ils sont vraiment à l’intérieur. Ma vision des enfants est désormais différente.

A) J’ai compris qu’en vérité chaque enfant est une âme que Dieu a choisi de faire descendre dans le monde à travers ses parents, et que chaque âme a un rôle, et comme me l’a dit le Rabbi de Sadigora venu me réconforter le Chabbat :  » Qu’avez-vous gagné, que D.ieu choisisse de vous envoyer une âme qui fera un tel Kiddouch  » et apportera l’unité à la nation.  » Et, l’âme a de la profondeur et de la foi. Il faut aussi avoir confiance dans les enfants, et savoir que notre vision comme parents est parfois étroite et concentrée sur des choses négligeables et des détails sans importance.

b) J’ai réalisé à quel point j’aime mes enfants, à quel point ils sont importants pour moi et combien je devrais investir en eux sans limites, en racontant des histoires de justes avant de dormir, et toutes les autres choses que parfois, je n’ai pas la force de faire. Je dois essayer de toutes mes forces de les faire, car c’est notre mission la plus importante.

Rav Nethanel Loeb

À travers Binyamin Loeb, nous avons une pensée de compassion pour tous les parents des disparus. Quant à tous ceux qui sont morts en martyrs, qu’ils reposent en paix. Comme nous le disons en hébreu

תהא נשמתם צרורה בצרור החיים

Que leur âme soit liée dans le monde de la vie

NDLR : L’expression est utilisée comme un souhait et une bénédiction pour que l’âme du défunt soit déposée à la place de la « vie » des âmes.

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