Omar Youssef Souleimane : « J’ai grandi dans la haine des Juifs »

L’écrivain d’origine syrienne raconte comment on lui a inculqué un antisémitisme viscéral.

Quand je vivais en Syrie, « je ne suis pas juif » était une phrase courante pour se défendre de n’être ni un radin, ni un menteur, ni un arnaqueur. Lorsqu’un type se montrait cruel, on lui expliquait, pour prendre la défense de sa victime, « même s’il était juif, tu lui parlerais mieux que ça ». À la mosquée en été, pour réciter une page du Coran, l’imam répétait ce hadith qui prétend que Mahomet aurait dit : « Chaque fois qu’un Juif se trouve seul avec un musulman, il a l’intention de le tuer. »

Pendant l’Intifada palestinienne de 2000, je séjournais en Arabie saoudite, avec mes parents. Les Juifs étaient alors le sujet principal des cours de mon collège. Les profs nous appelaient à faire des dons, « un dollar pour tuer un Juif ». Pour eux, éliminer un Juif d’Israël, c’était sauver un musulman. Partout au Proche-Orient, Israël est appelé le « Grand Satan », et « Mort à Israël » est le slogan le plus répété à la télé et à la radio. L’idée qu’un complot international aurait été créé par les Juifs est très répandue dans le monde arabe : les Juifs dirigent des grandes banques et des chaînes de télévision, ils ont créé Israël pour affaiblir l’Islam…

Un film d’horreur. Alors que je répétais quotidiennement tous ces slogans, j’imaginais le monde comme un film d’horreur dont les réalisateurs étaient, forcément, juifs. Dans ma propre famille, chaque fois que ma grand-mère se disputait avec mon grand-père, elle lui disait : « Vous, les Souleimane, vous êtes bien des Juifs. Pas étonnant que vous fassiez autant de mal autour de vous ! » Mon oncle m’a répondu qu’à l’époque ottomane un de nos ancêtres, appelé Souleimane, aurait été un commerçant juif de Damas.

J’avais oublié cette anecdote, jusqu’au jour où, dans le métro parisien, j’ai surpris un type qui tendait le bras et palpait doucement la poche d’un homme assis juste derrière lui. Le pickpocket était face à moi et, d’un clin d’œil, il me signifia de ne rien dire. Je le regardai à mon tour avec insistance. N’ayant rien trouvé à voler dans la poche de son voisin, il se leva, s’approcha de moi. « Je hais les Juifs. Vous êtes des tueurs, des animaux, vous détestez les musulmans. » Plusieurs fois, on m’a pris pour un Juif. Y compris dans une synagogue de Paris où je vais parfois pour me ressourcer. J’ai grandi dans la haine des Juifs et je m’en suis libéré en arrivant en France.

Les régimes dictatoriaux utilisent Israël comme pour légitimer toutes les restrictions de liberté, toutes les crises économiques, toutes les entraves à la liberté d’expression… Bref, pour justifier les souffrances qu’ils imposent à leurs propres peuples. Aucune paix ne sera possible au Proche-Orient sans la fin de ces régimes de haine. Un jour viendra où les Arabes comprendront qu’être antisémite c’est d’abord être anti-arabe ! 

Par 

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1 Commentaire
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Myriam

Bravo! Bientôt nous serons délivrés du mal et la Paix viendra!