Comment Poutine s’est hâté de prendre le contrôle de l’empire Wagner
Dans les heures qui ont suivi l’arrêt de l’avancée, le 24 juin, des mercenaires de Wagner sur le territoire russe, le Kremlin s’est empressé d’assurer à certains pays en Afrique et au Moyen-Orient le maintien du soutien apporté par ces forces armées. La manne des contrats sécuritaires et l’influence russe dans plusieurs pays étaient en jeu.
Tout est allé très vite, raconte le Wall Street Journaldans une enquête consacrée aux derniers événements qui ont secoué la Russie.
Dans les heures qui ont suivi la volte-face des mercenaires d’Evgueni Prigojine, “le Kremlin a entrepris de prendre le contrôle total de l’empire mondial” du Groupe Wagner, rapporte le quotidien financier. Un intense ballet d’émissaires russes a pris place et des messages ont été adressés aux pays où Wagner est devenu un allié incontournable des pouvoirs en place.
Ainsi,le vice-ministre des Affaires étrangères s’est rendu à Damas “pour livrer personnellement un message au président syrien” tandis que de “hauts responsables du ministère” assuraient au président de la République centrafricaine que cette crise intérieure “ne ferait pas dérailler l’expansion de la Russie en Afrique”. Des avions du ministère des Situations d’urgence se sont également rendus au Mali, “un des principaux avant-postes étrangers de Wagner”.
Le Kremlin à la manœuvre
Tout a été fait pour “minimiser le chaos intérieur” et assurer aux partenaires africains et moyen-orientaux que les opérations de Wagner se poursuivront “sans interruption”. Moscou a ainsi intimé aux combattants et employés de Wagner de rester à leurs postes, affirment les renseignements américains, avec de “dures représailles” en cas de refus.
Seulement, avertit le Wall Street Journal, “selon l’option privilégiée par Moscou, ces opérations seraient désormais placées sous une nouvelle direction”.
Moscou entend donc prendre en main l’empire de plus de 30 000 combattants créé par le Groupe Wagner à travers le Moyen-Orient et l’Afrique. Et l’enjeu est de taille, puisque cet empire génère des centaines de millions de dollars par an, “une source de financement cruciale pour maintenir à la fois l’influence de la Russie sur le continent et pour financer les opérations en Ukraine”, selon les propos de responsables occidentaux.
Washington sanctionne
La volonté russe de reprendre la main, notamment en Afrique, est d’autant plus urgente que certains analystes estiment que Washington pourrait trouver, dans ces derniers événements, l’occasion de regagner une influence sur un continent où la Russie et la Chine mènent largement le jeu.
Un porte-parole du département d’État a déclaré que d’autres actions seront bientôt annoncées, indique le Wall Street Journal.
Le général russe était au courant des plans de mutinerie du chef de Wagner
L’ancien commandant en chef de la Russie en Ukraine, le général Sergei Surovikin, avait une connaissance approfondie des plans du chef de Wagner Yevgeny Prigozhin pour renverser la direction militaire du pays le week-end dernier, a rapporté mardi le New York Times, citant des responsables américains anonymes .
« Prigozhin n’aurait pas lancé son soulèvement s’il n’avait pas cru que d’autres personnes en position de pouvoir viendraient à son aide », selon les responsables cités par le journal.
Surovikin a commandé les forces russes en Ukraine pendant trois mois entre octobre 2022 et janvier 2023 jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le général Valery Gerasimov.
Prigozhin avait fait l’éloge de Surovikin dans le passé tout en critiquant Gerasimov et le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou pour leur gestion de l’invasion de l’Ukraine par Moscou.
Surovikin lui-même est apparu samedi dans une vidéo dénonçant la mutinerie de courte durée de Prigozhin.
« Nous sommes du même sang. Nous sommes des guerriers. Je vous exhorte à arrêter », a déclaré Surovikin, une main posée sur une mitraillette, dans la vidéo. Un ancien responsable américain cité par le New York Times a déclaré que « le langage corporel de Surovikin suggérait qu’il était mal à l’aise de dénoncer un ancien allié ».
Le New York Times a déclaré que les responsables américains avaient vu des signes indiquant que d’autres généraux russes auraient également soutenu la rébellion de Prigozhin contre Shoigu et Gerasimov.
Poutine a semblé soutenir pleinement Choïgou à la suite de la mutinerie de Prigojine. Le ministre de la Défense a fait plusieurs apparitions publiques cette semaine après avoir été notamment absent aux heures de la marche éclair de Wagner vers Moscou.
Mercredi, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a qualifié le rapport de « spéculation » et de « commérage », suggérant que Poutine n’avait pas cédé aux demandes de Prigozhin pour un remaniement imminent des hauts gradés de l’armée russe .
Prigozhin s’est envolé pour l’exil en Biélorussie mardi dans le cadre d’un accord négocié par Minsk pour faire abandonner ses accusations de mutinerie criminelle.
Mais Poutine a suggéré qu’une autre enquête criminelle pourrait être lancée lorsqu’il a révélé que Wagner avait été financé par l’État russe, en disant : « J’espère que personne n’a rien volé ou volé très peu, de toute façon, nous nous en occuperons. »
JForum.fr & Moscou Times
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