Al-Qaeda en plein sursaut en Syrie

Après s’être aliéné de nombreuses communautés-hôtes, al Nusra est, une fois encore, en train de renforcer ses soutiens du fait de ses exploits militaires et de la perspective d’une coalition aérienne russo-américaine conjointe contre le groupe. 

Nusra Front fighters in southern Aleppo in April 2016. (Twitter/Al-Nusra Front)

 

Il existe une hypothèse générale disant que le groupe Jabhat al Nusra appartenant à Al Qaïda s’affaiblit face aux récentes victoires militaires du régime de Bachar al Assad et des frappes aériennes des coalitions internationales contre le groupe. L’augmentation du nombre de manifestations contre Al Nusra cette année, en particulier à Idlib est généralement cité comme preuve de la validité de cette hypothèse. Pourtant, selon des sources proches du groupe terroriste, Nusra a accpeté plus de 3.000 Syriens d’Idlib et du Sud d’Alep dans ses rangs depuis février seulement. Alors qu’Al Nusra enregistre ce niveau extraordinaire de recrutement, d’autres groupes rebelles pro-occidentaux  dans les mêmes zones perdent soutien local et main d’oeuvre. Il est, par conséquent, important d’éclaiurcir les raisons de cette augmentation significative dans le recrutement d’Al Nusra et ce qu’il laisse présager pour l’avenir.

Le Jabhat al Nusra s’est établi en Syrie à la fin 2011 et a affiché rapidement le profil haut parmi les Syriens du fait de ses contributions militaires valeureuses contre le régime d’Assad.A l’origne, Nusra a employé la persuasion et un durcissement progressif des règles de la Chari’a afin d’accroîutre son influence dans les zones sous sont contrôle et s’enraciner de plus en plus dans la société syrienne. Cependant, en 2014, le groupe s’est éloigné d’une stratégie de pouvoir en douceur (soft power) et a commencé à attaquer les groupes d’opposition soutenus par les Américains dans une tentative d’élimination des potentiels rivaux. Ce revirement stratégique du groupe a endommagé son soutien par les populations locales et généré de nouvelles tensions avec d’aurtres groupes rebelles. C’est aussi ce qui a conduit à de nombreuses manifestations contre les règles puritaines et chariatiques de plus en plus fortes prônées par Al Nusra. « C’était sans précédent de voir les gens critiquer Al Nusra, sans compter l’idée même de les voir manifester contre ce groupe. Nusra a commencé à voir le soutien des combattants étrangers s’effriter, ainsi que celui des communautés locales », affirmé Mustafa Salah, un militant des médias  dans Alep.

La reprise des combats en Syrie, à la suite de la rupture du cessez-le-feu temporaire, entré en vigueur en fin février, ont permis à Al Nusra de commencer a regagner le soutien des communautés locales. Dans sa tentative de regagner sa popularité, le groupe a redoublé d’intensité dans ses efforts militaires et servi de fer de lance dans les offensives contre le régime syrien sur différents fronts simultanément.En mars, le groupe a lancé une offensive sur Hama et attaqué les quartiers-généraux dans les faubourgs sud-est de la ville. Nusra a aussi mené deux autres offensives en avril, une dans l’arrière-pays du sud d’Alep et l’autre dans les environs ruraux de Latakia. La plupart de ces attaques ont marqué des succès limités, mais néanmoins accru la popularité d’Al Nusra et poussé d’autres groupes rebelles à élever leur niveau de coopération avec le groupe appartenant à Al Qaïda, malgré les précédentes attaques du groupe sur certains groupes d’opposition. 

La stratégie d’Al Nusra a aussi tiré avantage de la baisse criante de soutien international aux groupes rebelles (à cause de leur coopération avec les Islamistes). Il y a évidemment eu une augmentation marquée de leur degré de frustration, en particulier parmi les locaux d’Alep et d’Idlib, envers les groupes rebelles et leurs actions perçues comme insuffisantes contre le régime Assad. L’essentiel de cette inaction peut bien résulter de ce soutien international aux groupes d’opposition, mais les craintes de la coalition sont légitimes de les voir revendre ou donner ces armes occidentales aux groupements islamistes. Ils ne sont donc pas en position, ni d’attaquer efficacement Assad, encore moins de rivaliser avec Al Nusra.

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Cependant, les rebelles ont aussi été brocardés pour se montrer trop préoccupés par leurs petits différends internes, bien plus que par le désir de se concentrer dans le combat contre le Régime Assad. Grâce à cette hostilité croissante contre ces groupes rebelles, Nusra a, au contraire, été capable de démontrer qu’il est la force qui remporte le plus de victoires actuellement contre le régime et de décrire ses forces comme un allié indispensable dans le combat pour vaincre Assad.

Un combattant rebelle anonyme du groupe Al-Jabha al-Shamiya, explique : « Quand vous voyez que les groupes d’opposition armée font plus de politicaille qu’ils ne se battent et que leur priorité est de sécurisezr des financements et de protéger leurs gains, al Nusra apparaît comme la seule option pour ceux qui veulent combattre sur les lignes de front. Je connais beaucoup de gens  qui rejoignent Nusra pour cette raison, à laquelle je réfléchis également ». De plus, le fait qu’Al Nusra est devenu une cible centrale  pour la coalition aérienne conjointe qu’élaborent Russes et Américains ne semble pas être un moyen de  dissuasion efficace pour ceux qui rejoignent actuellement ce groupe. « Les Russes et les Américians bombardent al Nusra depuis des années, maintenant. Cela ne sera guère différent, qu’ils l’attaquent séparément ou ensemble », souligne un combattant rebelle du Liwaa Ansar al-Khilafa qui a aussi confié être sur le point de rejoindre le groupe. 

Al Nusra a aussi opéré des changements dans ses procédures longues et strictes de recrutement, qui sont devenues plus souples, dans le but d’inciter autant de nouveaux combattants que possibles à rejoindre ses rangs. Le groupe a initialement recruté des membres seulement à travers des candidatures et des recommandations provenant de sources sûres. Les membres retenus devaient ensuite recevoir un enseignement religieux et entreprendre des trests sur leurs compétences militaires avant qu’on décide si on pouvait les envoyer immédiatement sur les lignes de front ou les enrôler pour un entraînement militaire approfondi.

En définitive, en se fondant sur l’engagement religieux et idéologique du candidat, ainsi que sur les recommandations qu’il a reçu de la part d’autres membres, on décidait si le candidat serait accepter en tant que membre formel de ces forces. Cependant, actuellement Al Nusra a opté pour une politique d’appartenance ouverte qui accepte presque toutes les nouvelles recrues. « C’est devenu tellement facile pour n’importe qui d’entrer chez Al Nusra, même sans recommandations. On ne requiert même pas de certains individus qu’ils entreprennent des cours de Chari’a, en particulier s’ils travaillent comme agents doubles dans des organisations rivales. De plus, vous pouvez, soit prêter serment d’allégeance au groupe, ce qui fera de vous un membre à part entière, soit juste promettre de combattre avec le groupe, ce qui vous permet de combattre avec Al Nusra et de percevoir certains bénéfices sans avoir à s’engager à être membre de plein droit », déclare Abou Fares, un djihadiste syrien d’Alep.

La restauration de la puissance, du prestige et de la popularité d’Al Qaïda représente une menace grave pour les groupes rebelles qui opèrent par là, autant qu’une menace terroriste potentiellement plus intelligente et patiente pour le monde que Daesh, sur le long terme. C’est pourquoi on en fait ant dans le sens d’une coalition aérienne conjointe américano-russe, afin de prendre spécifiquement Al Nusra pour cible autant que Daesh.

Cependant, une telle alliance pourrait s’avérezr, en réalité plus nocive pour l’objectif de faire reculer l’influence d’Al Qaïda, alors que de nombreux Syriens peuvent le percevoir comme une nouvelle intervention militaire étrangère et conjointe afin de renforcer uniquement le pouvoir d’Assad. Le danger que pose Al Nusra peut uniquement être contrecarré en trouvant une solution politique au conflit en Syrie. Pendant ce temps, la coalition internationale devrait, plutôt, se focaliser sur la protection des civils et fournir un soutien suffisant aux groupes d’opposition, à la fois civils et armés, afin de faire contrepoids à l’influence croissante d’Al Qaïda dans le court terme.

 

Haid Haid est un bchercheur syrien qui se concentre sur la politique étrangère et sécuritaire, la résolution de conflit et les mouvements kurdes et isalmistes. Il tweete @HaidHaid22 

HAID HAID

Publié le : 19/07/2016 01:33 PM

now.mmedia.me

Adaptation : Marc Brzustowski

Le tragique de la situation fait qu’il ne semble pas pouvoir y avoir de réduction ou de disparition politique de l’islamisme, du fait de son ancrage au sein des populations, conséquence de l’inconsistance des « rebelles » politisés qui se partagent les suites de la chute d’Assad -sans entreprendre sérieusement ce premier temps nécessaire!-.Les populations reconnaissent le renforcer continuellement, comme si ou parce qu’il n’y aurait pas d’autre alternative. A ce stade, les alliés russo-américains établissent que seule une disparition physique suffisamment conséquente affaiblira les rangs des islamistes, qu’ils soient chez Daesh ou Al Nusra/Al Qaïda. Le statu-quo politique autour du régime Assad semble, quant à lui, entériné, à quelques enclaves près. Cercle vicieux intelligemment posé par Assad, dès les première échauffourées autour de Dera’a, en mars-avril 2011, quand il a choisi de libérer la plupart des islamistes emprisonnés … « Moi ou le déluge »?, il y aura les deux. 

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