Lors d’un colloque pour la Paix qui s’est tenu à Santiago, l’ambassadeur Imad Nabil Jadaa s’est attaqué à Israël en faisant référence au tristement célèbre Protocoles des Sages de Sion, l’une des œuvres emblématiques de la littérature antisémite, qui est du reste un best-seller dans le monde arabo-musulman.

capture d’écran

Selon ce diplomate, le sionisme aurait été créé pour mettre en œuvre le projet juif de prendre le contrôle du monde ! Pas moins que cela. Soucieux de citer ses sources, l’ambassadeur a repris des passages du pamphlet écrit en 1901 pour appuyer sa thèse : « En 1896, un groupe d’intellectuels et de financiers juifs a décidé de créer le mouvement sioniste en le justifiant par la volonté de créer une patrie pour les Juifs ». « Mais en vérité », expliquait Jadaa à son auditoire, « son objectif réel était de prêter main forte au plan des Juifs de dominer le monde ».

Lors de cette même intervention, Imad Nabil Jadaa reprenait aussi la fameuse affirmation stupide selon laquelle il n’existe pas de peuple juif mais seulement une religion juive, et que dès lors il ne pourrait y avoir d’Etat juif.

Cette idée figure à l’article 20 de la Charte de l’OLP – charte raciste et antisémite qui n’a jamais été abrogée contrairement à ce que les leaders de l’OLP ont affirmé aux oreilles européennes.

Le diplomate rajoutait d’ailleurs qu’il ne faisait que citer le professeur israélien antisioniste Shlomo Sand qui prétend lui aussi dans l’un de ses livres que le peuple juif n’existe pas : « Vous voyez, un Juif détenteur d’un passeport israélien et qui nous prouve que le peuple juif est une invention ! », clamait triomphalement l’ambassadeur.

Ces propos antisémites de Jadaa sont-ils le fruit d’un dérapage ou font-ils partie de l’arsenal classique de la propagande arabe palestinienne ? Certains feront les (faussement) surpris, d’autres diront qu’il est allé un peu loin ou qu’il ne parlait « qu’en son nom personnel » mais ceux qui suivent de près ce qui s’exprime dans la sphère de l’Autorité palestinienne auront compris que Jadaa était dans la droite ligne suivie par le mouvement national arabe palestinien depuis sa création, toutes tendances et factions confondues.

Ces propos extrêmes devraient constituer un signal d’alarme et un test de clairvoyance pour la gauche et l’extrême-gauche israéliennes car Imad Nabil Jadaa a une fois de plus levé le voile sur les motivations des Arabes palestiniens et sur les outils dont ils se servent pour tenter d’arriver à leurs fins.

Dans son article, le Dr. Beilin adresse certes des critiques à Mahmoud Abbas – une fois n’est pas coutume – mais il se contente de dénoncer les lourdes carences démocratiques qui règnent au sein de l’Autorité palestinienne.

Il ne pipe mot sur l’antisémitisme qui émane de Ramallah par tous les canaux. Au contraire il écrit cette phrase incompréhensible selon laquelle Mahmoud Abbas serait un « partenaire pour Israël » et « qu’en général ses paroles sont agréables à entendre pour nous » !

Un semi-espoir est venu des Etats-Unis où l’organisation d’extrême gauche des Amis de La Paix Maintenant (Shalom Akhshav) a fermement dénoncé les propos de Jadaa : « Nous attendons du chef de l’Autorité palestinienne qu’il condamne les propos de son ambassadeur au Chili et qu’il le limoge. Ce genre de propos révoltants, ces calomnies antisémites les plus viles sont un véritable scandale. Ils légitiment les mensonges antisémites et propagent la haine et la colère parmi la population en Israël qui met de plus en plus en doute les possibilités de paix entre Israéliens et Palestiniens et ne fait plus confiance en la direction palestinienne comme partenaire de paix ».

Semi-espoir, disais-je car cette condamnation morale exprimée par la branche américaine de La Paix Maintenant n’a que peu de chances d’aboutir à un constat politique. Le communiqué condamne certes les propos, mais aussi parce que cela pousse les Israéliens à ne plus vouloir faire aux Arabes palestiniens les concessions territoriales que Shalom Akhshav souhaite ardemment.

Depuis les Accords d’Oslo, les déclarations, écrits et enseignements antisémites en provenance de l’Autorité palestinienne n’ont toujours pas réussi à faire bouger les positions à gauche. Il fallait protéger les Accords, ménager le Fatah « modéré » face au Hamas, ne pas paraître anti-arabe ou pire encore, l’on disait que les propos outranciers des responsables de l’OLP n’étaient destinés qu’à « usage interne ».

La gauche israélienne, comme ses sœurs européennes, est beaucoup plus à l’aise dans la condamnation de l’antisémitisme lorsqu’il provient des milieux d’extrême-droite que lorsqu’il émane de la sphère arabo-musulmane où il obtient soudain une bienveillante indulgence ou des justificatifs tortueux.

Mais l’ambassadeur au Chili, qui pensait peut-être que ses paroles prononcées au bout du monde n’arriveraient pas jusqu’ici, a tenu des propos identiques au mot près à ceux des antisémites de l’extrême-droite des années de l’entre-deux guerres. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’innombrables. Il s’agit d’une politique délibérée et non de lapsus répétés.

La gauche israélienne, qui se plaint d’une baisse constante de son emprise sur l’opinion publique – en partie d’ailleurs à cause de ce problème – regagnerait un peu de crédibilité en se mesurant lucidement à la version palestinienne de l’hydre antisémite.

Shraga Blum est un journaliste indépendant qui contribue à l’hebdomadaire « P’tit Hebdo » et un analyste politique pour plusieurs sites internet en français.

i24N

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