« Ils ont peur que Sonia Mabrouk démissionne » : les coulisses de la crise à BFMTV qui met la rédaction à cran
EXCLUSIF. La journée de mercredi a été particulièrement tendue dans les couloirs de la chaîne info avec porte qui claque et réunion de soutien improvisée. Au centre des discussions, la journaliste arrivée de CNews à la rentrée. Nos révélations.
Crise ouverte ce mercredi à BFMTV. « C’est hyper tendu. En 10 ans, je n’ai jamais vu ça », souffle un pilier de la rédaction. Ce mercredi soir à 21 heures, quatre stars de l’antenne de la chaîne info ont attendu Sonia Mabrouk à la sortie de son émission. Christophe Delay, Julien Arnaud et les « Grandes Gueules » Olivier Truchot et Alain Marschall sont venus apporter leur soutien à la nouvelle recrue, entourés de la direction : la nouvelle patronne de la branche médias du groupe CMA CGM Camille Andrieu, et ses directeurs de l’info Jean-Philippe Baille et Fabien Namias.
« Un geste de confraternité », précise l’un des présents, qui a quitté un dîner entre amis pour revenir dans les locaux. À la demande de la direction ? « Je ne suis pas du genre à me laisser imposer les choses », expédie notre interlocuteur. Un peu plus tôt dans la journée, la direction de BFMTV a proposé à tous ses présentateurs de signer une lettre de soutien à leur collègue du soir. Plus rapide à mettre en place, l’opération « haie d’honneur » a été organisée à la hâte.
« Elle est descendue les larmes aux yeux »
Car le torchon brûle entre la rédaction de BFMTV et Sonia Mabrouk. « Fabien Namias, le DG de la chaîne, a passé la soirée à tenter de rassurer Sonia. Il est venu à 23h50 en régie, abasourdi. KO », raconte une petite main de la chaîne. « Ils ont tous peur que Sonia Mabrouk démissionne. Elle vit tout ce qu’il se passe comme une agression personnelle, avec un petit côté tragédienne. Hier elle est descendue dans son studio les larmes aux yeux », raconte un autre.
Sonia Mabrouk a extrêmement mal pris le passage d’Igor Sahiri dans l’émission « Quotidien », sur TMC raconte un membre de la rédaction. Le grand reporter historique de BFMTV a convenu ce lundi 2 novembre sur le plateau de Yann Barthès que « Sonia Mabrouk cristallise effectivement la haine à l’extérieur de BFMTV ». « Il y a des journalistes à la rédaction qui se posent la question de savoir si on a bien fait de la faire venir, reconnaît-il publiquement. Il se trouve que Sonia Mabrouk a un passé qui est ce qu’il est (la journaliste a démissionné de CNews en février 2026 où elle avait passé 9 ans). Aujourd’hui, elle est chez nous », a-t-il enchaîné, martelant l’existence d’un « malaise ».
À tous ceux qui l’ont croisée ces deux derniers jours, Sonia Mabrouk n’a pas caché sa colère contre ces déclarations : « J’accepte les attaques venant de l’extérieur, mais pas de l’interne. On a jamais vu un salarié dénigrer publiquement son entreprise de la sorte. Ce n’est pas une cible qu’il m’a mis dans le dos mais un pistolet sur la tempe ». Sonia Mabrouk aimerait que son collègue, très apprécié de la rédaction, soit sanctionné.
« Igor s’est fait remonter les bretelles par Fabien Namias », assure un témoin de la scène. Le directeur général de BFMTV, qui a pourtant validé son passage à « Quotidien », lui a conseillé de parler à Sonia Mabrouk. « Comme elle refuse de lui adresser la parole, la direction lui a demandé de faire un tweet de soutien à la présentatrice mais je ne crois pas qu’il ait l’intention de s’excuser », souffle-t-il. Mercredi après-midi, Igor Sahiri s’est rendu dans le bureau de Sonia Mabrouk pour discuter. Elle lui a fermé la porte au nez, estimant que cette visite était trop tardive.
Les tensions sont très vives à BFMTV, en pleine crise d’identité. Depuis l’attentat de Trappes, une majorité de la rédaction conteste la ligne éditoriale. « On parle du racisme banalisé sur l’antenne et ils ne parlent que de Mabrouk », s’agace un interlocuteur.
La société des journalistes (SDJ) a réclamé ce mercredi des mesures pour « couper avec cette image de chaîne raciste », après de premières annonces faites par la direction. « Nous voulons retrouver la fierté de travailler pour BFMTV et ne plus craindre de donner le nom de notre média en reportage ou même dans notre vie privée », a écrit la SDJ (Société des journalistes) dans une lettre à la direction signée par plus de 200 journalistes.
Après un courrier similaire envoyé en début de semaine par 160 techniciens du groupe RMC BFM, ces journalistes pointent des « dérives éditoriales » à six mois de l’élection présidentielle. « Nous nous inquiétons de la banalisation de certains propos racistes ou discriminatoires sur notre antenne, parfois relativisés au nom du pluralisme », assurent-ils. « Les propos racistes constituent des délits, et notre impartialité ne doit jamais être confondue avec de la complaisance ».
« Plus de 200 journalistes ont signé une lettre ouverte »
« Igor Sahiri n’a fait que dire tout haut, ce que la rédaction pense tout bas. Plus de 200 journalistes ont signé une lettre ouverte, c’est-à-dire la quasi-intégralité de la rédaction, si on enlève les présentateurs de tranches », souffle une source interne pour qui l’équipe implose « avec d’un côté la rédaction et les reporters de terrain qui se font bousculer dans les manifestations à cause de la ligne éditoriale de BFMTV. Et de l’autre côté les stars de l’antenne qui font bloc ». « Je n’ai jamais vu une ambiance aussi délétère. Il y a plus de tension qu’à l’Assemblée nationale », décrypte ce visage de la rédaction.
« Ce que Sonia subit est totalement inadmissible. Une bonne partie de la rédaction a été choquée par les propos d’Igor Sahiri à Quotidien. Des syndicats infiltrés par La France insoumise intimident et divisent la rédaction. », lance un non-aligné, qui ne sait pas comment la crise profonde va pouvoir s’arrêter. Pas de démission en vue pour Sonia Mabrouk, qui sera à l’antenne ce jeudi soir.
Ce jour de grande manifestation contre la vie chère, ne devrait pas être de tout repos à BFMTV. Tant sur le terrain que dans les locaux, où un mouvement de grève perturbe l’antenne. La pré-matinale n’a pas eu lieu ce matin, et une mobilisation était prévue à l’heure du déjeuner devant le siège du groupe. Avec des répercussions sur la diffusion de l’émission de Sonia Mabrouk ?
Le Parisien
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