Yves Montand, l’un des chanteurs préférés des Français aurait eu 100 ans en 2021.

Né en 1921, il nous a quittés il y a 30 ans jour pour jour. A cette occasion, pour que le voile du temps ne recouvre pas les feuilles mortes, un livre de sa dernière épouse Carole Amiel, Yves Montand, la force du destin, est paru aux Editions de La Martinière ainsi qu’une intégrale en coffret hommage de 12 CD et de 298 chansons venant commémorer l’artiste disparu trop tôt.

Le coffret-hommage réunit pour la première fois ses titres enregistrés entre 1945 et 1989.

Le succès de l’acteur pendant les deux dernières décennies de sa carrière avait fini par laisser dans l’ombre des refrains et des couplets qui ont eu leur heure de gloire. Il est ainsi fréquent que de nouvelles générations, inconditionnelles de ses films, ignorent qu’entre 1945 et 1970, il a triomphé sur les scènes du monde entier. Trente ans, jour pour jour, après la disparition d’Yves Montand, un coffret de 12 CD rend hommage au chanteur. Il réunit pour la première fois, 298 chansons enregistrées entre 1945 et 1989.

Au début de l’été, Carole Amiel, sa dernière compagne, mère de Valentin, leur fils, a lancé l’idée de profiter du centenaire de sa naissance et des trois décennies de son départ pour lui rendre un hommage discographique conséquent. Universal ayant donné son feu vert, Xavier Perrot, responsable du catalogue des artistes mythiques, a entamé un marathon pour réaliser la première intégrale du chanteur.

Il a commencé par réunir des bandes originales qui ont été retravaillées en urgence. Certaines ayant totalement disparu, les ingénieurs du son se sont retrouvés dans l’obligation de travailler à partir de 45 tours provenant de la collection personnelle de Montand, conservée par Carole Amiel. C’est ainsi qu’ont été sauvés de l’oubli des refrains qui font partie de notre patrimoine, et d’autres plus méconnus, voire inconnus. Dans cet inventaire digne de Prévert – avec qui Montand a beaucoup travaillé, figurent Luna ParkDans les plaines du Far WestTrois petites notes de musiquesC’est si bon, ainsi que Les feuilles mortes que Montand a interprété sur scène pendant quatre ans dans une indifférence quasi-générale. Persuadé qu’il tenait là un succès, il a insisté pour maintenir ces couplets à son répertoire, parfois contre l’avis de son entourage. Cela a fini par payer, dans tous les sens du terme.

De 1945 à 1960, résolument à l’écoute de l’air de son temps, il n’a jamais hésité à reprendre des couplets de ses confrères et consœurs, signés par Henri Salvador, Guy Béart, Paul Misraki, Léo Ferré, Pierre Dudan et Claude Nougaro, à qui il a prédit une belle carrière après avoir repéré Le jazz et la java. Il rend enfin hommage affectueux à Édith Piaf, son premier «grand amour», avec une version personnelle de La goualante du Pauvre Jean.

Des versions anglaises de À bicyclette, Clémentine sont également présentes. Elles figuraient sur des vinyles datant du début des années 60, au temps d’une série de concerts aux États-Unis, en particulier à New York et Los Angeles. Il avait alors également rendu hommage, à sa façon, à Hollywood et Duke Ellington à travers des chansons également présentes dans ce coffret.

Parmi les raretés, on découvre un texte de Jorge Semprun ainsi qu’une version inédite de Les Berceaux, qui date de 1962. À l’époque, par manque de place sur un 33 tours, elle avait été écartée et placée dans un tiroir où elle a dormi pendant près de 60 ans. Enfin, on apprend que Montand a été le premier à enregistrer Bella Ciao. Origines italiennes et idées politiques obligent, il a été bercé par ce chant traditionnel dont, devenu adulte, il a fait un succès mondial bien avant que la génération d’aujourd’hui s’en empare. C’est justement à celle-ci que Xavier Perrot veut s’adresser. Dans les mois à venir, ces 298 chansons seront placées sur une plateforme afin d’être disponible en streaming. Pour que, jamais ses feuilles mortes s’envolent dans la nuit froide de l’oubli.

Yves Montand aurait cent ans en 2021..

Cent ans, c’est un âge vénérable, et Yves Montand l’a atteint symboliquement le 13 octobre, quelques semaines avant que l’on ne célèbre le trentième anniversaire de sa mort, le 9 novembre. À cette occasion, RFI Musique revient sur son parcours de chanteur de music-hall, une scène qu’il a profondément marquée.

Comme souvent avec des personnalités populaires de ces dimensions, trente ans d’absence, c’est à la fois très long et très court, Montand étant toujours très présent – Les Feuilles mortes ou La Bicyclette à la radio, La Folie des grandeurs ou Vincent, François, Paul… et les autres régulièrement au programme télévisé des vacances.

Cependant, cet échalas au sourire irrésistible, à la faconde méridionale et au professionnalisme américain ne tourne plus le cœur des très jeunes filles et n’inspire plus l’arsenal de séducteur des adolescents. Et on n’entend guère son écho dans les tendances neuves de la chanson française…

Et, depuis sa mort en 1991 (alors que l’on attendait son retour sur scène annoncé peu auparavant), Yves Montand semble s’éloigner lentement, malgré quelques gestes amoureux, comme un album de ses grands succès réenregistrés par le comédien Lambert Wilson en 2015.

Pourtant, Montand avait atteint une stature immense, synthèse troublante du show à Las Vegas et du bon vieux caf’ conc’, du réglage au millimètre et de la désinvolture complice, de l’ampleur du répertoire et de la majesté idiosyncrasique du timbre.

Certes tout cela est bien lui ; pourtant, ce n’est pas Yves Montand seulement : c’est un âge, c’est un art, c’est le music-hall. Et, d’ailleurs, il incarne d’autant mieux le meilleur du music-hall qu’il en est un des rénovateurs, voire un révolutionnaire. Car, en 1951, il présente un spectacle dans lequel il reste en scène pour vingt-deux chansons et deux poèmes – une heure et demie en scène, ce qui est tout à fait inaccoutumé pour l’époque et marque le début d’un règne.

Piaf pour pygmalion

Né en 1921 dans une petite ville de Toscane, Ivo Livi arrive à Marseille à l’âge de deux ans, avec ses parents fuyant l’Italie fasciste. Comme toute sa génération, il grandit entre deux idoles, Maurice Chevalier, le maître absolu, et Charles Trenet, la liberté nouvelle. Mais il y ajoute le virevoltant Fred Astaire, danseur-chanteur dont il voit et revoit les films. Il débute dans le Marseille au public turbulent et souvent cruel, mais qui se laisse séduire par une chanson écrite pour lui à partir de ses rêves de gosse, Dans les plaines du Far West. Puisque pour lui faire quitter les jeux de la rue, sa mère criait par la fenêtre « Ivo, monta !« , il sera Yves Montand.

En 1944, pour échapper au STO, il choisit de se cacher en pleine lumière : après ses succès dans les salles du sud de la France, il part tenter sa chance à Paris. Deux événements décisifs y surviennent. D’abord, sa longue veste voyante et sa cravate à carreaux le font traiter de zazou. Il s’en débarrasse un soir avant de monter sur scène et sa tenue de scène sera désormais immuable : chemise et pantalon marron. Ce sera comparable au fameux « noir de travail » dont parlera Juliette Gréco : cette tenue sobre souligne ses jeux de mains, ses chorégraphies, ses rares accessoires et surtout son visage.

Ensuite, il rencontre Édith Piaf. Elle devient son pygmalion, lui fait répéter chaque chanson, chaque geste, chaque pas de danse, chaque effet – beaucoup plus qu’elle-même ne travaille pour ses concerts. Elle lui recommande de se débarrasser de l’imagerie américaine et de proposer un miroir à son public populaire français – ce qui n’empêche pas de s’inspirer des grands artistes étatsuniens. L’italo-marseillais devient titi et triomphe avec Les Grands Boulevards…

Consécration à New York

Entamée avec Les Portes de la nuit de Marcel Carné (dans laquelle il chantait quelques vers des Feuilles mortes), sa carrière au cinéma prend de l’importance, tandis qu’il s’affirme comme un poids lourd de la chanson : son récital au théâtre de l’Étoile, prévu pour trois semaines, tient l’affiche pendant six mois à guichets fermés en 1953-1954. Kirk Douglas et Gary Cooper viennent le voir chanter…

En 1959, il présente un show parisien à New York devant Marlene Dietrich, Lauren Bacall, Ingrid Bergman, Marilyn Monroe – avec qui il vivra, l’année suivante, une célèbre aventure amoureuse. Accaparé par le cinéma, il s’éloigne peu à peu de la chanson : récitals en 1963 et 1968, puis pour une seule soirée au profit des victimes de la dictature au Chili en 1974. Premier retour à l’Olympia d’octobre 1981 à janvier 1982. Numéro de claquettes sur Luna Park, ombres chinoises sur Le Carrosse, et La Bicyclette, Le Chat de la voisine, Sanguine, La Chansonnette, L’AdditionLes Mirettes… Un triomphe historique.

En 1984, il sort un disque de chansons de David McNeil, mais n’en n’assure pas la promotion car, entretemps, il apparaît comme un recours politique possible, l’ancien compagnon de route du Parti communiste étant devenu une sorte de vieux sage centriste. Il ne reviendra pas à la chanson, l’ayant désertée après lui avoir donné une maturité technique exceptionnelle.

Bourreau de travail

Le velours inimitable de sa voix de baryton léger, la grâce imparable de ses quelques phrases entre les chansons de ses concerts, la fluidité de sa démarche et de sa danse : il y a quelque chose de parfait dans les performances d’Yves Montand. Le public sait très tôt que son naturel en scène résulte d’un labeur acharné, de journées à répéter devant un miroir ses chorégraphies et ses mises en scène. Dans le métier, on sait qu’il n’a pas le sens du rythme et qu’il doit travailler férocement (et aussi ses musiciens !) pour se caler avec une telle fluidité sur la mélodie.

Son art n’est plus celui du caf’ conc’ au goût musqué ni celui de l’opérette saturée de sucre. Il ne revendique pas l’instinct expressif des auteurs-compositeurs-interprètes apparus dans les années 1950, et encore moins le geste survolté des yé-yé : Montand synthétise une modernité qui emmêle l’accent des faubourgs et la perfection hollywoodienne, la gouaille ouvrière et les manières policées de la jet set des films américains. Il est un titi de Marseille qui se rêve sur le vaste plateau d’une séquence de Fred Astaire, mais avec les mots de Jacques Prévert ou Francis Lemarque. Ainsi, il devient la plus grande gloire du music-hall, mais peut-être aussi son dernier géant. Même s’il n’est plus aujourd’hui dans toutes les mémoires, Yves Montand pourrait être le dernier artiste de music-hall dont on se souviendra.

 

Sources : Le Figaro  &  RFI Musique

2 Commentaires

  1. Il chantait à l’époque où le communisme était un parti  » d’élites , sûr de lui même et dominateur .  »

    Et surtout…….antisémite qui recevait ses ordres de Moscou .

  2. Un article dégoulinant de servilité !
    Vous auriez également pu dire que, comme tous les gauchos français, Montand a approuvé sans réserve le régime dictatorial de Staline et n’a jamais condamné les MILLIONS de morts du communisme que ce soit en URSS, en Chine, en Corée, au Cambodge , etc …
    Bel exemple d’humain aveugle, en vérité !

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