« Michpa’hat ha-Chekhol » – avant d’expliquer cette expression tellement caractéristique de la réalité israélienne, attardons-nous sur le mot « chekhol ». Il désigne la perte des enfants et apparaît pour la première fois dans la Torah, au Livre de Béréchit, dans la parachat Toledot.

Quand Rebecca enjoint à son fils Jacob d’échapper à la vengeance d’Esau – juste après l’épisode de la bénédiction ‘dérobée’ par Jacob à son frère aîné – Rebecca justifie ainsi son conseil : « Pourquoi m’exposer à vous perdre tous deux à la fois ? » (למה אשכל גם שניכם יום אחד?).

Le verbe ש.כ.ל signifie donc perdre ses enfants, et il a pris une signification plus précise, en Israël : celle de perdre ses fils – et par extension, des membres de sa famille – à la guerre (et dans les attentats).

On parle ainsi de « michpa’hot chakoulot » et de « horim chakoulim » pour désigner les familles et les parents de soldats tombés dans les guerres d’Israël ou victimes du terrorisme arabe.

L’expression « michpa’hat ha-Chekhol » – littéralement, la famille du « chekhol », est difficilement traduisible en français. Il s’agit à proprement parler de la « famille de ceux qui ont perdu des fils ».

Cette réalité difficile à expliquer apparaît au grand jour le Yom Hazikaron – le jour du Souvenir des soldats tombés au champ d’honneur – quand Israël tout entier se recueille et partage la douleur des familles endeuillées.

Ce jour-là, il peut nous sembler que la « famille du Chekhol » englobe tous les citoyens d’Israël (pas seulement juifs, car les soldats tombés dans les guerres d’Israël sont aussi druzes, bédouins, chrétiens…).

Mais quand s’achève le Yom Hazikaron et que nous entrons dans la fête du Yom Ha’atsmaout, les familles endeuillées restent, elles, plongées dans le « Chekhol ». C’est d’ailleurs la différence entre le Chekhol et le deuil ordinaire (Evel, אבל).

Ce dernier s’estompe avec le temps, car la mort fait partie de la vie, tandis que le Chekhol, lui, ne s’estompe jamais totalement. Il est comme une blessure qui ne cicatrise pas, comme une amputation, et la douleur, comme en témoignent les parents et les proches, ne fait que grandir avec le temps. Que le souvenir de nos soldats et des victimes du terrorisme – tombés pour que notre pays vive – soit béni !

Pierre Lurçat

Mon cher de la mort précoce

Comme tous les morts jeunes

Et comme tous les héros

Tu nous dépasses

Ta vie a coulé vers l’éternité

Et tombe, cascade

éparpillée.

Alors, il faut que je vive

Encore pour toi?

Dis-le moi, il le faut?

(Poème écrit par Rossane Soskice-Lurçat en souvenir de son fils Victor, tombé pendant la Deuxième Guerre mondiale).

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