Yana Grinshpun réagit à l’édito surprenant de Natacha Polony

L’éditorial du 20 mai 2021 (ici) a surpris de nombreuses personnes qui connaissaient l’éthique professionnelle et les compétences de Natacha Polony. C’est bien la première fois qu’on lit sous sa plume tant d’inexactitudes, tant de faits historiques pervertis et tant de slogans chantés à la façon de mauvais tubes de supermarché par les hypocrites médiatiques et les détracteurs d’Israël, à gauche et à droite.

Il s’agit de la manière dont la journaliste a présenté une situation politique et historique qu’elle semble ignorer, ce qui ne serait pas dramatique si son influence médiatique ne jouait un rôle important dans la formation de l’opinion publique.

Je reprends ici rapidement l’essentiel de son texte en rétablissant quelques faits

1. La phrase d’ouverture de son éditorial met en scène les enfants ensevelis  sous les maisons bombardées par les israéliens. Outre le fait que cette ouverture recrée, peut être involontairement, le topos usé de l’armée israélienne tueuse d’enfants, elle oublie de préciser qu’Israël exerce le droit de défense de ses citoyens qui lui est octroyé par le droit international. Une réponse militaire est admise par tous les codes militaires afin de protéger ses citoyens. La revue française Défense Nationale précise :  « A ennemi global, réponse globale : au sein de la réponse de l’État, les armées mettent en œuvre une stratégie d’équilibre entre la défense de l’avant et la protection du territoire national qui est d’autant plus efficace qu’elle s’appuie sur des principes clairs, la valorisation des spécificités et des aptitudes des armées ainsi que des modes d’action cohérents et coordonnés. »[1].

Or, Hamas est l’ennemi global à la fois des Israéliens, mais aussi de Palestiniens opprimés par le totalitarisme meurtrier et anti-démocratique de cette organisation. Malheureusement, la réponse globale ne lui a pas encore été donnée. Quant aux enfants, le Hamas les utilise sans vergogne, sans morale, sans éthique, comme une chair à canon, comme des ouvriers gratuits. L’avenir de ces enfants n’intéresse les dirigeants de cette organisation que comme celui des soldats de l’armée de « résistance ».

L’armée israélienne prévient les civils gazaouis des attaques à venir, pour qu’ils évacuent les zones qui doivent être bombardées. Et si des enfants sont tués, c’est parce qu’ils sont souvent utilisés comme boucliers humains que le Hamas n’hésite pas à sacrifier pour se présenter comme victimes des méchants juifs. Il est d’ailleurs, étonnant que Marianne, qui a publié un grand nombre de textes que Pierre-André Taguieff a consacrés à la propagande palestinienne, publie un article qui paraît n’en rien savoir. Il est aussi significatif qu’une journaliste aussi informée ne fasse pas une recherche plus approfondie et accessible en consultant les sites qui traduisent les discours des dirigeants du Hamas, comme MEMRI et Palwatch pour se rendre compte, sans médiateurs, de ce qui se dit tant à Gaza qu’au sein de l’Autorité Palestinienne.

2. La remarque finale sur la religion témoigne de l’incompréhension de la dynamique des rapports entre l’islam et le judaïsme, et du rôle du religieux dans cette partie du monde. Natacha Polony raisonne comme une bonne universaliste laïque nichée dans le 5ème arrondissement de Paris, qui ne connaît ni l’histoire, ni le terrain, ni l’arabe, ni la tradition juive, ni la tradition islamique. Ce n’est pas un crime pour un journaliste, qui ne peut pas être spécialiste de tous les sujets, mais cela n’excuse pas une professionnelle qui a décidé de régler le problème par trois clichés et deux poncifs. Il faut rappeler que les événements ont commencé pendant le Ramadan, or le Ramadan, dans la tradition musulmane, est un mois de jihad et de martyr. C’est ce que rappellent des savants musulmans très clairement :

https://www.memri.org/reports/international-union-muslim-scholars-iums-funded-qatar-and-turkey-urges-muslims-wage-jihad

L’incompréhension n’est pas un crime, mais son affirmation induit en erreur les lecteurs du journal. Polony écrit à la fin de son éditorial : « Mais l’espoir ne reviendra que quand on reparlera territoires, ressources, droit, et qu’on laissera Dieu en dehors de tout ça ».

Qui est ce « On » qui doit laisser Dieu en dehors de tout ça? Pour les musulmans, cette terre est la leur parce que c’est la terre de l’islam, il faut lire à ce propos Saïd Qutb. Pour les juifs c’est leur terre, parce que c’est là où le judaïsme est né bien avant qu’un tueur professionnel, Mahomet, ait appelé à exterminer les juifs où qu’ils se cachent. Et leur présence sur cette terre est ininterrompue même si de nombreux juifs ont été exilés depuis la colonisation romaine.

La jeunesse palestinienne est élevée dans cet esprit, l’esprit du jihad, et la haine des ennemis du Prophète. On consultera à ce propos le travail de Impact-se[2] (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education)

Ce n’est pas donc le litige de Cheikh Jarrah, dont Polony balaie d’un revers de phrase l’aboutissement légal, cautionné par la Cour Suprême d’Israël (où siègent des juges juifs et arabes), mais la propagande antijuive qui s’est renforcée dans les médias arabes depuis le mois de mars et qui a coïncidé à la fois avec le Ramadan et les élections annulées par Abbas.

Sa remarque sur les Arabes expulsés de leurs maisons et qui n’auraient pas eu les mêmes droits que les juifs est complètement déplacée, elle est fondée sur la méconnaissance du contexte historique. Quelques rappels historiques :

En 1948, le 15 mai 1948, le Premier Ministre d’Irak déclara à la presse à Bagdad : « Nous écraserons le pays avec nos fusils et nous détruirons tout lieu où les Juifs chercheront refuge. Les Arabes devront emmener leurs femmes et leurs enfants à l’abri pendant le danger, après quoi toute la Palestine sera à eux. »

Les 18 et 24 mars 1948, le recteur d’Al-Azhar au Caire déclara : « Nous jetterons à la mer les bandes de sionistes criminelles et il ne restera plus ainsi un seul Juif en Palestine. Pour que nos armées victorieuses puissent accomplir leur mission sacrée sans s’exposer à faire des victimes parmi nos frères arabes, il faut que ceux-ci quittent provisoirement le pays, afin que nos combattants exercent, dans une liberté totale, l’œuvre d’extermination. »

Le 16 mai 1948, le haut commandement des volontaires arabes pour la libération de la Palestine lance cet appel à Radio Le Caire : « Frères arabes de Palestine, nos armées libéreront en quelques jours le territoire sacré profané par les bandes criminelles athées. Afin que les Juifs, mille fois maudits par Allah, ne se vengent pas sur vous avant leur anéantissement total, nous vous invitons à être nos hôtes. Les Arabes vous ouvrent leurs foyers et leurs cœurs. Nous vaincrons les infidèles, nous écraserons les vipères. Votre patrie, purifiée par vos frères, vous accueillera à nouveau dans la joie et l’allégresse. »

Beaucoup d’Arabes sont partis en attendant l’extermination d’Israël.  Les « réfugies expulsés » palestiniens sont la conséquence des guerres qu’Israël n’a pas initiées. Autre chose, ces « réfugiés » n’ont jamais été intégrés dans leurs pays d’accueil lorsque ces pays sont arabes (Liban, Iraq, Syrie, etc.). Les pays arabes les ont toujours maintenus dans ce statut, d’une part pour qu’ils ne puissent pas bénéficier des droits civiques (par exemple, le statut des Palestiniens en Iraq[3]) d’autre part, pour les avoir comme moyen de pression sur l’ONU afin de délégitimer Israël.

Par ailleurs, un autre échange de populations a eu lieu dont on n’entend pas parler dans les médias. Entre 1940 et 1970, 900 000 Juifs ont été chassés des pays arabes — et spoliés. 600 000 se sont installés en Israël. Eux, ils n’ont aucun droit de demander la restitution de leurs biens dans les pays dont ils ont été chassés. Pourquoi ne pas le rappeler ? Il s’agit ici de faits vérifiables, attestés et documentés par les historiens, voir les travaux de Shmuel Trigano et Georges Bensoussan sur les Juifs du monde arabe.

Cette évocation par Marianne des supposés Arabes palestiniens « expulsés » est donc inexacte et n’illustre rien d’autre qu’une doxa mensongère diffusée quotidiennement par les médias en France.

3.Passons maintenant à l’aspect financier de la chose, car les sentiments c’est bien, mais les faits c’est encore mieux. L’édito parle des destructions, il pourrait indiquer que le Hamas a enterré des milliards d’euros dans les territoires qui sont les siens et que, au lieu d’en faire un paradis sur terre (car aucun pays au monde n’a reçu autant de subventions que Gaza et l’OLP) depuis 1948, il a rendu Gaza misérable.

Tsahal a détruit un système gigantesque de tunnels : une ville souterraine entière avec un équipement militaire qui coûte des millions de dollars, des  plateformes de  tirs, des armes. Le service de presse de l’IDF a annoncé que, depuis le début de l’opération, l’armée israélienne a détruit cent kilomètres de tunnels. Ce système, dont le seul et unique  but est d’exterminer les Juifs, est appelé « le métro » à Gaza. Pour comparer, le système d’exploitation du métro avec d’autres villes, car vous aimez comparer, par exemple, le métro de Rome (60 km), de Kiev (67,6 km) ou, mettons, de Saint-Pétersbourg (120km). À Gaza, c’est 100km de tunnels qui ont été détruits !

Selon le ministère israélien des Affaires étrangères, le Hamas dépense entre 1,25 et 3 milliards de dollars par an pour la construction de tunnels. Dans ce cas, nous ne parlons que de tunnels de sabotage, et non pour de besoins de la contrebande, qui ne sont pas pris en compte ici. Si nous nous concentrons sur la plus petite des sommes, alors avec cet argent dans le secteur, il aurait été possible de construire deux hôpitaux entièrement équipés, 30 écoles, trois gratte-ciel de bureaux, trois centres commerciaux.

Des dizaines de milliers de Palestiniens sont impliqués dans la construction des tunnels, et c’est le plus grand «travail» à Gaza. Les « creuseurs » commencent à l’âge de 14 ans. Cela n’émeut personne. D’où le Hamas obtient-il l’argent pour construire les tunnels ? Pourquoi ne pas faire un article sur ce sujet au lieu de verser des larmes de crocodile sur « l’échec des deux États » ? L’argent est donné par l’ONU, des fonds internationaux et d’autres organisations qui aiment les Palestiniens. Surtout, bien sûr, le Qatar, qui injecte des millions de dollars dans Gaza, chaque mois, avec l’autorisation du gouvernement israélien. Le Qatar, la Turquie et Gaza sont les seuls pays sous la coupe des Frères Musulmans…

Conclusion

La seule chose que produise la bande de Gaza est la haine, la terreur de ses propres citoyens et le meurtre de Juifs. Et l’ONU paie précisément pour cela, et non pour que la vie des Palestiniens s’améliore, qu’elle devienne plus agréable. Si tous les Gazaouis meurent de faim parce que l’argent va à la reconstruction des tunnels, cela alimentera la propagande. Il y aura une autre preuve de la soif de sang  « d’intégristes juifs ».

Cependant, ce n’est pas seulement le Hamas qui tue ses propres enfants, en les mettant en avant, en cachant les armes dans les écoles et dans les hôpitaux. Sur les 4500 roquettes que le Hamas a lancées sur Israël, un bon quart est tombé dans la Bande sans atteindre sa cible. Il n’existe aucune preuve que les enfants enfouis sur leurs maisons ne soient pas victimes de « tirs amis »!

Dans l’incitation au meurtre indirect, le rôle principal incombe aux médias. Les dirigeants du Hamas ont compris que la mort des enfants rapportait gros. Ils connaissent bien l’antisionisme des médias, le rapport ambigu que l’Occident entretien avec Israël. Ils savent que voir mourir les Juifs, surtout quand ils sont Israéliens, ne provoque pas de compassion médiatique en Occident. En revanche, plus les enfants palestiniens meurent, plus le Hamas bénéficie de la compassion, plus cela lui permet de mener à bien la propagande antijuive. Ceux qui l’aident plus que tout dans cette entreprise sont de grands médias européens, qui ne mentionnent pas les pogroms juifs commis par les citoyens arabes d’Israël, qui ne mentionnent pas le fait que Tsahal essaie de préserver au maximum les civils palestiniens, ceux qui accusent Israël d’être agresseur alors que cela ne correspond pas aux faits. Ce sont en fait les « intégristes médiatiques » qui attisent la haine antijuive en se rendant complices de terroristes. Ils ne comprennent pas que ce qui se passe en Israël est un modèle de modus operandi pour nos banlieues où les jeunes s’identifient à cette image d’enfant tué par « l’ agresseur israélien ». Comme l’a fait Mohammed Merah. Le discours médiatique est un grand pourvoyeur de ressources pour ceux qui veulent « casser du Juif » physiquement ou symboliquement.

Depuis le début de l’opération, il y a eu une augmentation de 100% du nombre d’incidents antisémites dans les communautés juives du monde entier. L’éditorial de Polony sera très utile à tous ceux qui vont instrumentaliser ses propos pour de « justes causes » de règlement de comptes avec les juifs français.

Les médias ont joué le rôle très néfaste dans la diffusion de la haine d’Israël, la grande journaliste de Marianne avec ses engagements, pourrait essayer d’arrêter cette dynamique meurtrière si seulement elle le voulait.

 


[1] H. de Bonnaventure  (2016), « Les armées au cœur de la protection du territoire national » in revue Défense Nationale, 2016 (n°786), pp.22-28

[2] https://www.impact-se.org/reports/palestinian-territories/palestinian-authority/

[3] https://alencontre.org/moyenorient/irak/une-nakba-en-cours-le-sort-des-refugies-palestiniens-en-irak.html

Source: Perditions idéologiques

12 Commentaires

  1. Cette POLONY , je n’en crois pas les yeux en la lisant !! Je la croyais intelligente et Honnête , quelle déception ! elle s’est peut-être convertie entre temps et la suite logique est la radicalisation . C’est une preuve que la France s’islamise ; elle a peut-être eu un gros « cachet » du Qatar bien implanté en France , sans parler d’ ERDOGAN !!

  2. Et j’ajoute : Tout ce que Macron et ses soutiens journalistiques auront gagné dans ces prises de position sans morale et sans bon sens, c’est que je ne voterai pas pour eux aux prochaines élections.
    Ils auraient torts de croire que cela n’a pas de valeur, vue la faible importance numérique des Juifs de France, car c’est le symbolique qui compte, et pas le nombre.

  3. Une ignare, qui se permet de donner un avis sur un sujet dont elle ne connait rien dans un article bourré d’erreurs factuelles et de préjugés « à la française ».
    Prétentieuse et sans intérêt.

  4. Il ne faut pas chercher midi à 14 heures, Natacha Polony est une antisémite génocidaire. Il ne faut pas non plus chercher très loin des justifications, il fallait simplement dire que le Hamas et le Djihad de Gaza ont balancé sur la population d’Israël pour les exterminer et l’Armée de Défense d’Israël s’est défendu.

  5.  »L’éditorial du 20 mai 2021 (ici) a surpris de nombreuses personnes qui connaissaient l’éthique professionnelle et les compétences de Natacha Polony »
    Ne soyez pas déçue Mme Grinshpun cette journaliste est imbibée des poncifs, des clichés gauchistes et ils sont (la gauche et LRM) déjà en campagne pour la prochaine élection présidentielle .

  6. Il y a les terroristes appelés combattants ou résistants qui luttent contre les colons pour la libération des territoires occupés .A copier et à recopier ,sans oublier qui sont ces colons ,les Juifs .
    La formule four tout fonctionne bien chez les journalistes ,elle est simple ,facile à retenir .
    N oublions pas ,les Juifs sont riches etc …
    Le mal est fait ,que deviendra la communauté juive devant toute cette hostilité ?

  7. ATTENTION!!! il faut faire d’une grande quantité de gel hydroalcoolique après tout contact avec ce torchon. C’est un million de fois plus dangereux que le plus dangereux virus. Perso, j’evite meme de regarder la couverture de cet immondice tellement c’est contagieux.

  8. Très bon article concernant une fois de plus une commentatrice assise derrière un ordi ,qui copie et colle les commentaires arabes ou anti sionistes de tout bords .

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