Vers deux Etats palestiniens… Peau de Chagrin ? ©

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Vers deux Etats palestiniens… Peau de Chagrin

 

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Le 3 octobre 2016, la Cour Suprême palestinienne a décidé d’exclure la bande de Gaza des prochaines élections municipales, qui étaient, théoriquement prévues pour le 8 octobre 2016. La Commission électorale centrale a donc suggéré au Président Mahmud Abbas de différer les élections pour une durée de 6 mois, report qu’elle a motivé « dans l’intérêt du peuple palestinien » (sic). Pour sa part, le Ministre de l’AP a refusé de commenter cette décision tout comme les difficultés de mettre en place le mécanisme démocratique, au sein des institutions palestiniennes.

Dans un premier temps (en septembre 2016), la Cour palestinienne avait décidé d’annuler purement et simplement ces élections, compte tenu des difficultés, pour les palestiniens de Jérusalem-Est, d’y prendre part, mais également en raison du refus par le Hamas de laisser aux membres du Fatah, la possibilité de présenter leur candidature dans la bande de Gaza. Elle est finalement revenue sur sa décision (d’annuler les élections), à la suite des pressions exercées par la communauté internationale. Il convient donc de tirer les enseignements de l’exclusion de la Bande de Gaza lors des prochaines élections : il est impossible d’unir au sein d’un même Etat, la Bande de Gaza et la partie des territoires de Cisjordanie sur lesquels les palestiniens exercent effectivement des pouvoirs souverains

Les palestiniens ont naturellement déploré la décision de la Cour Suprême palestinienne puisqu’elle entérine la division, géographique, idéologique et philosophique des dirigeants palestiniens, suivant qu’ils se trouvent sur la Bande de Gaza ou en Cisjordanie. Le pragmatisme a conduit l’Autorité palestinienne a se rapprocher d’Israël en liant des accords économiques et sécuritaires pour continuer de percevoir les fonds de la communauté internationale et poursuivre la dynamique internationale qui attend (bien que cela n’ait plus de sens), une résolution du conflit israélo palestinien. Pour sa part, le Hamas reste fidèlement accroché à sa doctrine visant à l’établissement d’un Etat palestinien sur l’ensemble du territoire de la Palestine mandataire. Or, le mouvement terroriste n’entend pas lâcher les armes avant la réalisation de cet objectif.

Pour le Hamas (et bon nombre de palestiniens établis en Cisjordanie), la décision de la Cour Suprême d’exclure la bande de gaza des élections est donc une manœuvre politique pour empêcher le mouvement islamique de s’établir en Cisjordanie et d’en prendre le contrôle. Certains responsables du Hamas dans la bande de Gaza recommandent donc aux palestiniens de boycotter les élections (ce qui va encore accentuer la division entre la Cisjordanie et Gaza). C’est le même sentiment qui anime le Syndicat générale des femmes palestiniennes en Cisjordanie pour qui la décision d’exclure Gaza va à l’encontre des valeurs palestiniennes (il y en aurait) : « ces élections sont corrompues et honteuses ». Idem pour l’organisation du Front Populaire de Libération de la Palestine (certains y croient encore).

Pour d’autres enfin, les élections doivent être boycottées en raison de l’impossibilité pour les palestiniens de Jérusalem Est d’y participer. En effet, si les palestiniens de Jérusalem-Est participent au vote, ils ne pourront le faire qu’en Cisjordanie. Or les difficultés de circulations de Jérusalem vers Ramallah est susceptible de priver une grande partie d’entre eux d’y participer.

Sur le fond, le problème est tout autre : il n’existe pas d’unité nationale au sein des palestiniens (le concept de nation palestinienne trouve ici ses limites). L’Autorité palestinienne refuse la tenue des élections dans la Bande de Gaza en raison du refus opposé par le Hamas de laisser superviser les élections par une commission indépendante et de son refus de voir des membres du Fatah de présenter leur candidature sur la bande côtière. Elle considère le Hamas comme étant responsable de l’impossibilité d’organiser les élections dans la bande de Gaza, tenant ainsi en otage, les palestiniens qui y vivent. (En fait, les palestiniens sont écartelés entre le pouvoir corrompu de l’Autorité palestinienne et la dictature intransigeante du Hamas qui n’entend pas renoncer aux objectifs fixés dans le Charte).

Pour Ido Zelkowitz, chercheur de l’Université de Haïfa et Directeur du département des Etudes au Moyen Orient Max Stern Academic College of Emek Yezreel, l’analyse de la situation est différente : la décision d’exclure Gaza des élections sert à la fois le Hamas et le Fatah puisque aucun des deux n’entend abandonner le pouvoir au profit de l’autre. Le Hamas n’est pas prêt à partager le pouvoir avec le Fatah sur la bande côtière tandis que le Fatah refuse de voir le Hamas augmentateur son influence les terres qu’il contrôle. Il n’en demeure pas moins vrai que les palestiniens aimeraient croire dans l’avènement d’un système démocratique. Aussi, considèrent-ils le report des élections comme un déni de démocratie. Or, si les dirigeant palestiniens refusent de jouer le jeu démocratique, ils risquent de perdre toute crédibilité à l’égard de la communauté internationale pour qui le Droit international impose le respect du choix populaire dans la désignation des dirigeants.

Comme à l’accoutumée, les palestiniens sont persuadés qu’Israël est responsable de la paralysie dans la tenue des élections à cause de « l’occupation ». Celle-ci rendrait les palestiniens de Jérusalem dans l’impossibilité de participer au vote. Ils ont donc déploré l’arrestation, par Israël, des membres de la commission électorale issus des rangs du Hamas qui entendait organiser les élections palestiniennes, à Jérusalem Est.

Le problème est en réalité ailleurs : si les palestiniens décident une bonne fois pour toute, non de faire la paix avec Israël mais simplement de normaliser leur relation avec l’Etat juif, il sera possible d’instituer deux Etats palestiniens, le premier assis sur 40 % de la Cisjordanie (zone A et B) et le second sur la Bande de Gaza. Il conviendra alors, et au préalable, de s’assurer qu’ils renoncent définitivement et collectivement à s’en prendre aux juifs, comme ce fut encore dramatiquement le cas, avec l’attentat commis à Jérusalem ce 9 octobre 2016.

Les palestiniens établis sur la bande de Gaza pourront invoquer, sur ce petit territoire, le Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes puisqu’ils en ont le contrôle politique, disposent d’un gouvernement et d’un budget de fonctionnement. Il en est de même des palestiniens des zones A et B de Cisjordanie. Il y aura alors deux Etats palestiniens, l’un sur la bande de Gaza et l’autre sur 40 % de la Cisjordanie, outre les villages du nord d’Israël qui seraient rattachés à l’Etat palestinien de Cisjordanie.

S’agissant des palestiniens de Jérusalem Est, il conviendra qu’ils se rattachent, soit à l’Etat palestinien de Gaza, soit à celui de Cisjordanie. Il sera alors possible d’ouvrir (à Jérusalem), deux ambassades, l’une pour l’Etat de Gaza, l’autre pour l’Etat de Cisjordanie, où les palestiniens pourront voter et participer aux élections palestiniennes. (Les palestiniens comprendront au passage pourquoi Jérusalem n’est pas un territoire occupé, mais bien la capitale éternelle de l’Etat juif).

Les palestiniens vivant à Jérusalem auront le statut des non nationaux (dans les pays démocratiques) c’est-à-dire celui de résidents sur le territoire israélien en situation régulière. La participation aux scrutins palestiniens s’opérera alors de la même manière que dans tous les pays démocratiques, c’est-à-dire au sein des Consulats ou des ambassades. Les palestiniens disposeront alors de deux Etats « peau de Chagrin », regrettant d’avoir si longtemps aspiré à la destruction d’Israël.

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