Voici ce que dit le deuxième verset de la paracha : « Il leur dit : « je suis âgé de 120 ans aujourd’hui, je ne pourrais plus sortir et venir, et D. m’a dit : « Tu ne passeras pas ce Jourdain ». En hébreu : vayomer alehem ben méa véessrim chana anokhi hayom lo oukhal od latset vélavo vaH’ amar élay lo taavor èt hayarden hazé.

Moché rabénou était l’homme le plus humble de tous les temps : il ne ressentit jamais d’orgueil à être tant de fois cité dans la Torah. Au lieu d’éprouver ce type de sentiment, il disait au contraire : Ma ani ? Que suis-je ? Etant donné que l’ensemble des âmes d’Israël étaient attachées à Moché, elles participent aussi de cette qualité d’humilité, mais en des proportions différentes … Autrement dit, l’humilité de Moché nous habite aussi, mais elle est enfouie en nous.
Le verset s’ouvre sur les mots : vayomer alehem, il leur dit.
Il faut comprendre vayomer el-ma (el ma et alehem ont les mêmes lettres) : il s’adressa à « ma », c’est-à-dire à la dimension d’humilité (Ma Quoi-Que sommes-nous ?) présente dans chaque juif. Moché va ensuite expliquer un secret lié à l’acquisition de son humilité.
« J’ai 120 ans aujourd’hui » : Ben méa véessrim chana anokhi hayom.
La véritable humilité ne consiste pas à s’abaisser tristement dans sa faiblesse et son éloignement … La véritable humilité consiste à reconnaître que nous avons un très haut potentiel en nous, mais que toutes ces qualités proviennent du Créateur qui nous les a donné dans un but bien précis, lié au parcours que nous devons réaliser dans ce monde.
Le nombre 100 désigne la plénitude c’est le produit de 10 par lui-même (10 fois 10). Or, le nombre 10 correspond à la lettre Yod en valeur numérique. C’est la plus petite des lettres de l’alphabet, et elle représente la qualité d’humilité. Ici cette qualité d’humilité (yod) atteint sa plénitude (10 x 10) : on obtient ainsi le nombre 100, en hébreu méa.
Mais cette humilité authentique doit obligatoirement passer par la conscience du Créateur. Autrement dit, l’homme se pose des questions dans ce monde : ceci correspond au questionnement appelé Ma Quoi ? Toute la finalité de ce questionnement n’a pour but que d’arriver à la conscience du Créateur.
Cela signifie que j’introduis H’ au cœur de mes interrogations. Je fabrique ainsi le mot Méa (Mem-Aleph-Hé), 100, qui provient de l’union des lettres Mem et Hé qui définissent Ma le questionnement et de la lettre Aleph, reliée à Aloufo chel Olam, le Créateur. Ainsi, alors que l’homme se voit dans une certaine forme de plénitude (le 100), il se rend compte qu’il ne possède en fait rien : Ma ? Que suis-je ?
Quand il accepte de se comparer au Créateur Aleph qui est infini. Quand l’homme perçoit cela, il en vient à l’étape suivante qui est celle du nombre 20. Ce nombre en hébreu correspond à la lettre Caf. Celle-ci a une forme courbée : elle rappelle la soumission à la volonté suprême du Créateur. De plus le nombre 20 se dit en hébreu essrim, lequel a pour valeur numérique 620, la même que le mot Kéter, la couronne.
Nos maîtres de mémoire bénie disent que le degré le plus élevé des mondes spirituels créés par D. est appelé Keter, la couronne. La qualité relative à ce degré est justement l’humilité, comme le dit Rabbi Moché Kordovéro dans son ouvrage « Le Palmier de Débora ».
Ceci correspond à la vertu de l’homme de regarder humblement vers le bas, comme s’il avait honte de regarder son Créateur. Ainsi, dans une première étape, l’homme s’est posé des questions, qui l’ont amené à faire rentrer la conscience de D. dans sa vie : Méa, 100.
En ayant réalisé cela, l’homme peut maintenant s’élever au plus haut niveau, celui de la couronne : Essrim, 20. En fait, ces deux étapes correspondent au service de Roch Hachana et de Yom Kippour.
En effet, à Roch Hachana se dévoile une certaine forme d’humilité, face à la grandeur et à la puissance de D. Nous proclamons que D. est notre roi. Mon roi se dit en hébreu Malki, de valeur numérique égale à 100, comme Méa. Mais cette étape ne suffit pas, car la finalité est de s’élever au plus niveau pour être purifié et nettoyé. Pour cela, nous avons besoin d’un dévoilement d’un niveau extrêmement élevé, qui se situe bien au-delà de toutes les erreurs et des mauvais comportements que l’on a pu faire. Il s’agit de la puissance de pardon, propre au jour de Kippour. Kippour s’épelle caf-pé-vav-reich.
On remarque qu’on a le nom de la lettre Caf (caf-pé), ainsi que les lettres vav et reich. Si on ajoute à ces lettres le aleph, associé à la dimension de Roch Hachana, on épelle ainsi le mot or, la lumière, composée des lettres aleph-vav-reich.
Ainsi, la réunion de Roch Hachana et de Kippour conduit à « la lumière du Caf », « or caf ». Et l’on a dit précédemment que la lettre Caf dans sa forme de soumission à la volonté divine correspondait aussi à l’humilité, tout comme la lettre yod. Une fois que l’homme a pris conscience de la grandeur du Créateur à Roch Hachana en le proclamant Roi sur sa vie, il lui faut accéder au pardon suprême octroyé le jour de Kippour. C’est alors que l’homme sort de son immobilisme pour changer : c’est le sens du mot suivant du verset : chana, année, est lié au mot changer, léchanot.
L’homme se met en mouvement parce qu’il a su annuler son égo, anokhi (mot suivant du verset), « moi je ». Et de quelle manière ? En changeant l’ordre des lettres de anokhi, on obtient ani caf, « je suis le caf », c’est-à-dire que j’annule mon « je suis », ani, en soumettant ma volonté au Créateur (sens de la lettre caf).
De plus, anokhi, « moi je », nous rappelle que la finalité de l’homme c’est d’être kéaïn (mêmes lettres que anokhi), c’est-à-dire « comme rien » : il s’agit d’une totale annulation vis-à-vis du Créateur, au degré plus élevé, le caf de la couronne kéter, mais qui se considère lui-même comme absolument rien devant son Créateur. Le véritable moteur de la mise en mouvement (chana) est donc lié à l’annulation de son égo (anokhi).
A partir du moment où l’homme est débarrassé de son égo, il n’est plus esclave du temps : il comprend que le monde est en perpétuel mouvement, et D. le recrée à chaque instant. Tel est le sens de Hayom, aujourd’hui, car tu dois te considérer comme neuf, comme si tu venais de naître à la vie : Aujourd’hui, j’ai une nouvelle existence ! Moché est au crépuscule de sa vie terrestre, mais à l’aube de sa vie éternelle dans le monde céleste. Certes, lo oukhal od latset vélavo : je ne pourrai plus sortir et venir.
Cette expression correspond au concept de ratso véchov, aller et venir. Le rôle du Tsadik est de s’élancer dans les mondes d’en haut pour aller chercher la lumière nécessaire : ceci correspond à ratso, courir, sortir. A ce stade, le Tsadik s’attache très fortement au Créateur, la lumière de l’Infini. Puis dans une seconde étape, il ramène cette lumière sublime dont il fait partager ses élèves, ceux qui lui sont attachés. Ceci correspond à chov, revenir, venir. Puisque le moment est venu pour Moché de quitter ce monde, il déclare qu’il ne pourra dorénavant plus effectuer ces aller-retour …
D’autant plus que H’ lui a dit : Tu ne passeras pas ce Jourdain. Au niveau spirituel, le Jourdain marque la limite, la frontière qui sépare le monde spirituel du monde physique. Moché ne franchira pas ce Jourdain pour pouvoir continuer à offrir physiquement cette lumière à ses disciples. Tout se fera uniquement par l’attachement spirituel au maître.
C’est pourquoi le verset ne se contente pas de dire « le Jourdain », mais « ce Jourdain », pour nous faire comprendre qu’il existe « un autre Jourdain » qui marque la limite entre notre monde matériel et le monde spirituel. C’est ce va et vient que Moché ne peut plus réaliser, mais sa lumière éternelle continue à guider les enfants d’Israël, à travers la Torah qu’ils étudient, Torat Moché, la Torah de Moché …
Résumé :
1 Moché s’adresse à la partie humble de chaque juif (vayomer alehem).
2 L’homme s’interroge et introduit la conscience de D. au cœur de sa vie, en le proclamant Roi (ben méa).
3 Il s’élève alors au plus haut niveau, celui du pardon suprême (véessrim).
4 L’homme sort de son immobilisme et se met en mouvement (chana).
5 Cela a été possible parce qu’il a su se débarrasser de son égo en acceptant de se soumettre à la volonté de son Créateur (anokhi).

6 Le regard de l’homme sur son parcours de vie est maintenant neuf : l’homme renaît chaque jour à une vie plus riche et plus belle (hayom).
7 Tant qu’il est dans ce monde, l’homme doit s’attacher à D. à travers la Torah et l’observance des mitsvot : il s’agit de sortir chercher la connaissance de H (latset).
8 Et cette connaissance doit être ramenée au peuple, afin de faire grandir chaque âme (lavo).
9 Les Tsadikim œuvrent pour les autres dans ce monde ci, en faisant des va et vient entre le monde spirituel et le monde physique.
10 Ce n’est qu’à leur disparition que ce processus s’arrête. Cependant, depuis le monde de la vérité, ils continuent à illuminer nos esprits quand nous nous attachons à leurs enseignements. Et de même que Moché oeuvrait pour ses frères, nous devons aussi, chacun à son niveau, voir en quoi nous pourrions être utiles aux autres, afin que nous tous, nous puissions devenir meilleurs …

Samuel Darmon

 

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