Deux ans après sa première manifestation, le mouvement se divise. En cause, le refus de l’une des fondatrices de condamner les propos antisémites et homophobes du leader de Nation of Islam.

En janvier 2017, la Women’s March est devenue le symbole de la résistance populaire et féministe à Trump. Aux États-Unis, les manifestations avaient attiré plus de trois millions de personnes, dont beaucoup portaient les fameux «pussy hats» roses. Deux ans plus tard, le mouvement est divisé et affaibli.

Suite à une controverse sur les liens de trois de ses co-fondatrices avec Nation of Islam, une organisation antisémite et homophobe prônant le séparatisme de la communauté afro-américaine, des centaines d’associations ont retiré leur soutien à la Women’s March.

Ont notamment mis fin à leurs partenariats avec le mouvement le Parti démocrate, la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), qui lutte contre les discriminations raciales depuis 1909, la Human Rights Campaign (HRC), la principale organisation américaine de défense des droits des personnes LGBT+, ou encore le syndicat American Federation of Labour – Congress of Industrial Organisations (AFL-CIO).

Si de nombreuses manifestations sont maintenues pour le samedi 19 janvier, plusieurs branches locales ont préféré annuler les rassemblements, comme à la Nouvelle-Orléans ou à Chicago.

D’autres ont publié des communiqués pour prendre leurs distances avec le comité national, tout en conservant le nom de Women’s March. Dans certaines villes, d’autres associations féministes ont décidé d’organiser leurs propres manifestations le même jour, mais séparément.

Réunion polémique

Les accusations d’antisémitisme circulaient depuis au moins un an. En février 2018, l’une des fondatrices de la Women’s March, Tamika Mallory, avait assisté à un discours de Louis Farrakhan, le leader de Nation of Islam, lors duquel il avait entre autres déclaré: «Les juifs [sont] responsables de toutes ces saloperies et ces comportements dégénérés créés par Hollywood, où les hommes deviennent des femmes et les femmes des hommes.»

Associer la haine des juifs à la transphobie et l’homophobie est l’une des spécialités de Farrakhan, qui compte parmi ses admirateurs Dieudonné et Alain Soral.

En 2006, il jugeait ainsi que «ce sont les juifs maléfiques, les juifs menteurs qui font la promotion du lesbianisme et de l’homosexualité.»

En 1984, Farrakhan avait également affirmé qu’Hitler était un «grand homme».

Jusqu’ici, le comité national de la Women’s March était parvenu à conserver ses sponsors dans le monde politique et associatif.

Mais la situation est désormais devenue intenable, surtout depuis la publication en décembre dernier d’un article du magazine Tablet dans lequel plusieurs organisatrices des débuts de la Women’s March accusent les fondatrices d’avoir tenu des propos antisémites lors d’une réunion.

Selon Tablet et le New York Times, l’une de ces organisatrices, Vanessa Wruble, a raconté durant cette réunion en quoi son judaïsme l’a inspirée à être activiste.

Deux des co-fondatrices, Tamika Mallory et Carmen Perez, lui ont alors répondu que la communauté juive devait réfléchir à sa propre responsabilité dans le racisme, arguant qu’elle avait joué un rôle particulièrement important dans la traite des esclaves –une accusation infondée, mais diffusée dans les livres de Farrakhan. Wruble a ensuite rapporté avoir été poussée à quitter le mouvement. Lire la suite

 Claire Levenson

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