Trump et Assad. Les Américains ont été si prudents, que l’installation de production et de stockage de substances chimiques de Lattaquié n’a pas été attaquée, à cause de la présence russe (Photo: AP, AFP)

 

Trump a préparé le lit, c’est Israël qui doit y dormir

Analyse: La frappe menée par les Etats-Unis en Syrie était une punition symbolique et prudente, évitant de risquer un conflit avec les Russes, qui ont signalé qu’ils défendraient Assad dans n’importe quelles démêlées. En ce qui concerne Israël, il reste dans la même position qu’au préalable, avec la perspective d’un conflit croissant avec l’Iran.

Le président américain Donald Trump a fait un lit, de façon désordonnée, pour satisfaire les Européens et surtout lui-même. Il a même réussi à ne pas trop irriter le reste des joueurs dans le conflit syrien. Mais qui devra se coucher dans ce lit sale (souillé de génocide, d’armes chimiques, de terreur et d’Iraniens à la barrière frontalière) après que les Américains soient partis et aient décollé? Israël bien sûr.

Donc, en ce qui concerne Israël, ce qui s’est passé tôt samedi ne peut en aucune façon améliorer sa situation stratégique. Israël reste dans la même position qu’auparavant,celle d’un conflit croissant avec l’Iran.

De plus, suite aux frappes aériennes américano-anglo-françaises, le président syrien Bashar Assad n’a pas sérieusement été affaibli. Au contraire, l’attaque n’a fait qu’intensifier l’engagement russe à l’égard du régime d’Assad, et maintenant les Russes parlent déjà de vendre des missiles antiaériens avancés à la Syrie, le S-300 et peut-être même le S-400, ce qui pourrait compliquer la tâche de l’armée de l’air israélienne, qui opère en profondeur en Syrie. Assad peut se permettre de prendre plus de risques, car la conduite russe dans la dernière crise lui a fait comprendre que les Russes le défendront dans n’importe quelle mêlée où il s’impliqerait.

 

La raison de ces frappes aériennes était l’utilisation d’armes chimiques contre des civils, ce qui a entraîné la mort de 70 personnes, dont des enfants. L’opinion publique occidentale était indignée. Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France ne pouvaient pas se permettre de faire preuve de retenue.

Comme c’est hypocrite. Les Syriens ont utilisé des armes chimiques contre la population au moins six à dix fois depuis que l’administration Trump a bombardé une base aérienne syrienne (Shayrat) d’où des avions ont décollé pour attaquer des civils avec des armes chimiques, il y a environ un an. Mais ces événements n’ont pas reçu suffisamment d’écho dans l’opinion publique, à la différence des victimes à Douma, qui ont fait les gros titres.

Il n’y avait aucun désir de changer la situation, de faire tomber Assad ou au moins de causer des dommages massifs au régime syrien diabolique. C’était une punition symbolique, sans risquer de créer un conflit avec les Russes.

Trois jours avant les frappes aériennes menées par les États-Unis, les Russes menaçaient encore, d’une manière provocante et sans précédent, de prendre pour cible, non seulement les missiles tirés en Syrie, mais aussi les navires et les avions qui lançaient ces missiles. Les Russes avaient déjà estimé, à ce moment-là, que les États-Unis ne prévoyaient pas de mener une opération significative. En effet, pas un seul porte-avions américain ne naviguait dans la région, ce qui pourrait indiquer une intention de lancer une opération à long terme avec beaucoup d’objectifs. Le porte-avions USS Harry S. Truman, qui a quitté la Virginie pour la région le 11 avril, ne devrait arriver que plus tard, cette semaine, voire pas du tout.

Le plan d’attaque préparé par les Américains n’était pas trop compliqué. Selon le département des opérations de l’armée russe, ils ont attaqué des installations dans six aéroports et deux autres cibles : une installation appartenant au Centre d’études et de recherches scientifiques syrien (SSRC) et une base militaire à al-Kiswa, près de Damas. Toutes sont des «cibles souples» – des centres d’essai et des laboratoires pour la production d’agents chimiques.

Le plan consistait à se soustraire aux systèmes de défense russes et à utiliser des armes à guidage de précision de longue portée, principalement des missiles Tomahawk, incapables de mettre les pistes hors service ou de percer des bunkers fortifiés.

Grève dirigée par les Etats-Unis en Syrie, samedi matin (Photo: AP)

Frappe dirigée par les Etats-Unis en Syrie, samedi matin (Photo: AP)

 

La partie la plus intéressante de cette attaque n’était pas son aspect militaire mais son aspect diplomatique : c’était la première fois depuis de nombreuses années que ces trois pays lançaient une opération conjointe contre une cible non liée à Daesh.

Tout était préparé. Le ministre français de la Défense a publiquement reconnu que les Russes avaient été préalablement informés des frappes. Israël, la Turquie et, fondamentalement, toute partie intéressée ayant une présence en Syrie, ont été informés directement ou indirectement. Et le bilan des blessés et les dégâts correspondaient à cela.

Rien d’étonnant à ce que la première déclaration du ministère russe de la Défense ait été que la Russie n’a pas utilisé ses systèmes de défense aérienne, comme elle en avait menacé, car les missiles de croisière américains n’entraient même pas dans la zone de juridiction des systèmes de défense russes. Les Américains ont été si prudents, que l’usine de production et de stockage de substances chimiques à Lattaquié n’a pas été attaquée, à cause de la présence russe là-bas. Le résultat correspond au niveau le plus bas d’une opération limitée que l’on pouvait imaginer. La haute rhétorique de Trump est inversement proportionnelle aux dommages réels causés par cette attaque.

Et si cela ne suffisait pas, le département de la Défense des États-Unis a publié une déclaration honteuse: «C’était un tir ponctuel». Cela signifie que même si les objectifs n’étaient pas détruits – et en supposant qu’un nombre considérable de missiles de croisière puissent avoir été interceptés – les Américains n’ont pas l’intention d’attaquer de nouveau les mêmes sites. Ils ne se soucient pas des résultats. C’était une attaque juste pour remplir une obligation.

Et comme pour préciser que nous sommes coincés dans le même endroit stratégique, l’Unité du porte-parole de Tsahal a publié une déclaration troublante à la veille de l’attaque américaine, que le drone iranien abattu le 10 février était rempli d’explosifs.

Soudainement, nous avons bouclé la boucle. Quand le drone a été abattu, on ne savait pas très bien ce que c’était que toute cette agitation et pourquoi Israël devait perdre un avion F-16 pour faire face à quelque chose que nous avions supposément déjà vu, par le passé. Pourquoi tout ce bruit autour de ce drone spécifique, qui nous poussait à un conflit direct avec l’Iran?

Les restes du drone iranien (Photo: Unité du porte-parole de la FID)

Les restes du drone iranien (Photo: Unité du porte-parole de Tsahal)

 

Maintenant, il s’avère que le drone armé était censé exploser sur une certaine cible en Israël, pour faire comprendre clairement que les Iraniens n’accepteraient pas les règles du jeu dictées par Israël en Syrie. Le drone armé iranien était une réponse et une menace suite aux attaques contre les installations iraniennes en Syrie, comme un campement connu pour accueillir des volontaires pro-iraniens ou une usine pour la production de missiles à guidage de précision. Le drone armé a été le pionnier dans une nouvelle doctrine de guerre iranienne, qui inclura – à côté des missiles à guidage de précision – des drones agressifs qui sont essentiellement l’équivalent de missiles de croisière. Depuis que la base des drones armés a été construite dans la base aérienne T-4, elle serait devenu une cible légitime du point de vue d’Israël, comme les usines de production d’armes à guidage de précision et la contrebande d’armes vers le Liban.

 

Maintenant Israël se prépare à la possibilité que les Iraniens mettent en oeuvre leur menace de venger la mort des sept opérateurs de drones qui ont été tués, tôt lundi dernier à T-4. Dans le cadre de ces représailles, les supplétifs de l’Iran pourraient lancer des missiles Kornet à cinq kilomètres de la frontière syrienne ou libanaise et frapper des véhicules de Tsahal, ou lancer un autre drone prédateur qui atteindrait une certaine cible militaire, ou une roquette ou encore, un missile de surface. Chaque événement de ce type, préviennent les responsables de l’appareil de la défense, sera accueilli par une réaction énergique. Le déclenchement d’une guerre totale dépendra du nombre de victimes israéliennes.

Alex Fishman | Publié le: 16/04/18, 23:33

Première publication le: 16/04/18, 23:35

ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

 

6 Commentaires

  1. @Marc Brzustowski , je pense qu’il vaut mieux se taire que critiquer les pays qui ont le courage essaient d’intervenir pour empêcher un dictateur sanguinaire de gazer les gens en toute impunité; certes, cela ne résoudra peut-être pas le problème de façon définitive mais c’est un bon début pour faire comprendre à la Russie , l’Iran et la Syrie qu’ils ne sont pas à l’abri d’une humiliante correction et que l’Histoire retiendra leurs crimes abominables qui les mettent au banc des Nations criminelles, comme l’Allemagne nazie qui restera à jamais une souillure pour l’humanité !

    • Posture moralisatrice qui ne coûte rien et qui ressemble fort à une quête effrénée de confort moral, Dany-jenesaispascombien de pseudo et de chiffres- La position intègre de Fishman envers l’état qu’il sert avant tout est tout-à-fait logique et dans le ton du « trop peu-trop tard ». Rappeler que Trump et alii n’ont même pas le courage d’aller taper les centres chimiques de Lattaquieh est ici tout-à-fait salutaire, en termes d’analyse et d’explication, pour exposer les limites de cette « interventionnette » et comprendre que l’enjeu de susceptibilités diplomatiques est mille fois plus important que le sort des prochains Syriens gazés, si comme Fishman est tout-à-fait habilité à le dire et à le critiquer, ce ne sont pas, admettons des voisins gênants, comme les Jordaniens proches de Dera’a ou pourquoi pas des Israéliens ou Druzes du Golan, près de Quneitra qui en sont demain victimes.

      Désormais, et une fois les Ponce Pilate en tous genres de France, Navarre et des Etats-Unis se sont bien lavés les mains du sang des 500.000 Syriens tués en sept ans de non-intervention occidentale et des prochains ennemis de Bachar-Iran- avec l’assentiment ou le « blind eye » de Poutine-, ne reste que les voisins qui eux « cohabitent » avec cette réalité sordide, et c’est à ceux qui sur place ont les moyens de contenir la bête dans son bocal de jouer leur partition. Maintenant, on peut apprécier le geste « d’avertissement » à un Assad qui s’en bat les c. puisque encore mieux protégé par Poutine après qu’avant : la réalité, les services israéliens la connaissent : le ménage n’est pas fait, mais les belligérants se sont déjà retirés loin du problème à gérer au quotidien. Alors vos tirades en « plus jamais ça » jusqu’à ce que cela recommence la semaine prochaine… On se « taira » quand votre avis pèsera suffisamment fort pour faire taire le nouveau Staline et le sempiternel Assad. Et ce n’est pas demain la veille, monsieur le censeur! Un peu de dignité face à la liberté de blâmer sans laquelle il n’y a pas d’éloge flatteur. C’est marrant d’être le petit doigt sur la couture du pantalon à l’évocation d’un chant du coq dans le lointain… ça marche bien au foot, mais là…

  2. בעייה Non, nous ne subirons personne ! Ils ne sont là que pour de mauvaises raisons : les gisements de pétrole et autres richesses trouvés il n’y a pas longtemps en Syrie et aussi pour les gisements israëliens en méditerranée….’ils se donnent le droit de tuer les impies qui sont riches de biens qu’ils veulent accaparer !

    Déjà, Alors qu’ils ont fait croire à toute la planète qu’ils venaient pour aider leurs « frères palestiniens », avec leur Navi Marmara pourri, ils ont perdu la bataille !

    La guerre, puisqu’ils la veulent, ils vont la perdre aussi, la raison est simple : nous nous battons pour la vie de notre peuple, de nos enfants, de l’avenir de notre pays. Notre combat est digne, légitime, juste. Nous savons que ce ne sont que des assassins, des êtres sans foi, ni loi, qui vénèrent un dieu sanguinaire, des assassins qui glorifient la mort….

    A force de glorifier la mort, ils vont y aller tout seuls, même pas besoin de nous pour s’entretuer !

    Restons sereins. Les Romains avaient réussi à provoquer notre dispersion, les Nazis ont failli nous effacer de la surface de la terre….

    Grâce à D., nous sommes là, dans notre pays, nous sommes un peuple debout, une armée, des infrastructures, une économie florissante….. Tout pour les renvoyer à leur enfer obscurantiste d’où ils ne se relèveront plus !
    Avec notre foi sincère et sans faille en notre D.béni soit il, tout puissant de bonté et de mansuétude.

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