TaZRia: la Mila repousse le Chabbat… (vidéo)

David Banon

 

Comme cette année n’est pas embolismique/méoubérète et que nous n’avons pas de mois intercalaire dans notre calendrier liturgique,nous lisons un certain nombre de parachiyot jumelles afin que l’on termine les 54 lectures hebdomadaires le jour de Simh’at Torah.

Ce shabbat nous lisons donc Tazria-Métsora ou bien Négaim-Taharot, selon l’appellation traditionnelle des Sages.

Parachat Tazria s’ouvre sur la naissance et la mila/circoncision, ce qui permettra d’y réfléchir, à partir d’un verset que nous avons déjà rencontré. « Et le huitième jour, sera circoncise la chair de son prépuce.» (Lv 12,3).

Ne savons-nous pas qu’il convient de circoncire « le huitième jour tout enfant mâle né dans la maison ou acquis à prix d’argent…» (Gn 17,12) ? Pourquoi cette répétition ? Nos Sages interprètent « Et le huitième jour – même si c’est un shabbat. » (Shabbat 132 a)

La mila a donc priorité ou repousse le shabbat. C’est le supplément de sens qu’apporte ce verset, d’après le Talmud.

Supplément de sens qui appelle un supplément d’enquête. Pourquoi doit-on accorder le primat à la mila par rapport au shabbat ?

Nous savons que parmi les 613 commandements seuls trois ont reçu le qualificatif de signe/ot : le shabbat, la brit mila et les téfilin. Ce qui augmente la perplexité. Car comment privilégier un commandement au détriment d’un autre s’agissant, de surcroît, de la catégorie des signes?

On peut tenter d’y répondre, à partir d’un enseignement de Sanhédrin 58 b qui stipule : «un idolâtre qui respecte le shabbat est passible de mort ainsi qu’il est écrit « et jour et nuit n’auront pas de repos » (Gn 8,22). »

Or le signe de la différence entre Israël et les nations est la circoncision laquelle instaure l’alliance, et sans circoncision nous n’eussions pas été autorisés à respecter le commandement du shabbat puisque nous eussions été considérés en tant que nation du monde.

La milah prépare l’humain à bénéficier du shabbat et il était nécessaire qu’elle le repoussât. Comme s’il fallait passer par une première sanctification (la milah) pour accéder à la seconde (le shabbat).

Une autre explication concernant le huitième jour se trouve dans le midrach Choher Tov sur les Psaumes (Ps 6) qui commence par « laménatséah al hachéminit…» interprété comme se référant à la circoncision.

Le Pirqé de Rabbi Eliézer (chap. 29) trouve une allusion dans le verset faisant obligation au père de faire un festin le jour de la circoncision à l’instar du patriarche Abraham «Et Abraham a fait un grand festin le jour où Isaac a été sevré/béyom higamel ète Ytshaq.» (Gn 21,8)

Or le verset évoque le sevrage, pas la circoncision. Toutefois le Pirqé y trouve un clin d’œil. Si l’on dissocie en deux mots le verbe higamel dans l’expression béyom higamel, on obtient d’un côté hé et guimel et de l’autre mème et lamed : mal. La valeur numérique de  et de guimel est 8 (5+3) et le second segment donne le verbe mal qui signifie : il l’a circoncis. Ce qui donne il l’a circoncis le huitième jour.

Profitons de cette occurrence pour dégager la signification du rite de la milah. Le Talmud le fait à partir de l’interprétation d’un verset des Psaumes (Ps 119,162) «En liesse j’étais de ta parole/sass anokhi al imratékha » Sasson : la liesse c’est la milah, dit Méguilah 16 b. Rachi attire notre attention dans son commentaire talmudique sur ce verset que le commandement de la milah a été énoncé par ma’amar et non par dibbour, ainsi qu’il est écrit : vayomer hachem el Avraham véata ète bériti tishmor/Dieu a dit à Abraham, et toi tu observeras mon alliance.(Gn 17,9) Rachi suppose connue la distinction qu’il a établie entre ma’amar et dibbour qui, tous deux, signifient parole.

Avec une nuance toutefois. Dibbour est la parole intransigeante, dure comme les nerfs de bœuf alors que le ma’amar est une parole de tendresse, douce, affectueuse (Cf Ex 19,3 où «Dieu dit à Moïse de parler/tomar à la maison de Jacob et de parler/vétagued aux enfants d’Israël…», Rachi commentant la maison de Jacob, ce sont les femmes à qui il faut adresser des paroles douces/amira raqah et lesenfants d’Israël, ce sont les hommes à qui il convient de parler durement, si nécessaire, avec des paroles semblables à des nerfs de bœuf/devarim qashim kéguidin. Et j’ajoute, dans cet ordre, c’est-à-dire que les femmes ont reçu la Torah en premier).

Un autre commentaire talmudique de Rachi (Shabbat 130 a) complète cet enseignement sur la milah. «Sass anokhi al imratékha/En liesse j’étais de ta parole. Imratékha/ta parole. Parole unique et exceptionnelle qui a précédé l’ensemble des paroles[du décalogue].

Et c’est la mila que les enfants d’Israël réalisent avec joie et empressement car les autres commandements tels que la mézouza, les téfilin ou les tsitsit ne sont pas applicables en toutes circonstances lorsque l’on se trouve dans les champs ou tout nu, tandis que la milah atteste leur existence en tout temps ainsi qu’il est relaté dans Ménah’ot 43 b.

Lorsque le roi David était dans les bains, il se désolait en disant : malheur à moi, je suis nu [dépourvu des commandements] mais lorsqu’il s’est souvenu/ou vu la milah, il en a été rasséréné/ou s’est réjoui».

Selon Hérodote, la circoncision serait une coutume égyptienne (L’enquête, II, 104). La milah se caractérise par l’ablation du prépuce, de cette excroissance qui recouvre le gland. Et donc, dans son essence, c’est un dévoilement. Il s’agit de couper/likhrot pour faire entrer dans l’alliance et pour dévoiler.

La milah se passe en deux étapes. La première est celle de l’ablation et la seconde est celle du dénudement, de la péri’a. Celle de la détermination du sexe de l’enfant. Tant que le gland n’est pas dénudé, on peut encore hésiter car on reste en quelque sorte dans le bisexuel mais une fois le galnd dévoilé, plus aucun doute n’est permis.

Mais la milah ne vient pas seulement contredistinguer le masculin du féminin. Elle constitue l’entrée dans l’alliance d’Abraham. Un pacte est scellé entre Dieu et le peuple à travers le patriarche Abraham.Toutefois entrer dans l’Alliance ne signifie pas perdre son autonomie, sa souveraineté de sujet, d’individu.

Au contraire, en même temps que l’on est intégré dans l’alliance, que l’on fait partie d’un peuple, on reçoit son identité personnelle, son nom. Et la milah c’est l’identité inscrite à même la chair, le corps.

Et ces actes incombent au père. C’est lui qui introduit l’enfant dans l’alliance, lui donne accès au langage – lui ouvre la bouche, dit la tradition, se fondant sur l’équivalence de la valeur numérique entre milah (85) et péh/bouche (85) et déjà le place face à la loi et aux commandements, et partant face-à-face avec le législateur puisque la racine de milah est moul qui signifie à la fois couper et poser en face.

Tout se passe comme si, dans le flux de la pensée, on découpait les mots (millahmillot). Plus encore, comme si, dit Rabbi Hayim ben Attar en citant Job (19,26) «à partir de ma chair, je verrai Dieu». Comme si la circoncision conduisait à la révélation.

C’est dire combien le sens de cette mitsva transgénérationnelle est riche. Et c’est probablement pour cela que le juif le plus loin de la tradition y tient encore et toujours comme à une composante incontournable de son identité.

David Banon

Source: raphaeldrai.wordpress.com

 

PARASHAT TAZRIYA METSORA 5780

Caroline Elishéva REBOUH le 24.04.2020

 

Souvent ces sidroth sont jumelées. Ces péricopes traitent en réalité de l’impureté provoquée chez l’homme par un contact avec la mort véritable et, avec ce qui est apparenté à la mort au figuré.

Le texte de ces lectures commence par évoquer l’état d’impureté d’une femme après un accouchement d’un garçon ou d’une fille. Plus loin, dans la partie de “metsora” sera traité les différents cas d’impureté causés par un “flux”.

Aujourd’hui, nous bénéficions de confort sanitaire (douches, bains etc…) aussi, certaines personnes éprouvent une réticence à observer une séparation sous “prétexte d’impureté” car cela leur semble, intellectuellement parlant, inacceptable aujourd’hui la médecine ayant progressé depuis que la Torah a été transmise” au peuple juif..

Or, justement, les progrès de la médecine ont conduit les scientifiques à des constatations surprenantes : l’organisme féminin programmé pour la procréation peut se protéger lui-même sous certaines conditions.

Sont envisagés dans cette parasha couplée, deux cas distincts celui de la femme accouchée devant observer une séparation lors de l’évacuation des lochies et celui de la femme à chaque mois devant le tribut féminin courant. Après l’accouchement d’une fille la période de séparation est double de celle qui est indiquée après l’accouchement d’un garçon. Les scientifiques expliquent que la raison est sans aucun doute le fait que l’embryogénie d’une fille est le double de celle d’un mâle : en effet l’embryon masculin devient fœtus au bout de 40 jours tandis que l’embryon féminin met 80 jours pour devenir fœtus : la Torah a raison une fois de plus !

La femme reçoit ses menstrues lorsqu’elle n’a pas été fécondée alors que, normalement, elle aurait dû/pu l’être et ce sang s’écoulant montre, en quelque sorte, que la vie n’a pas été transmise… l’écoulement (flux) est la marque d’un manque de procréation donc, d’un manque de vie.

L’organisme, pendant ces jours va créer une nouvelle protection pour tout l’appareil génital à tel point que d’éminentes études médicales et scientifiques ont statué de manière irréfutable que les personnes observant une séparation de facto pendant les jours de règles sont protégées du cancer (femmes et/ou hommes).

Il est évident que d’être séparés pendant 12 à 15 jours par mois n’est pas chose aisée c’est la raison pour laquelle les rabbins ont détaillé les actes quotidiens effectués par les membres d’un couple et préconisé des mises en garde pour rendre les choses plus faciles.
La personne qui pour une raison quelconque doit se “purifier” doit s’immerger dans un mikvé ou bain rituel. Ici encore on rétorquera qu’aujourd’hui on peut se baigner chez soi avec des bains moussants, des sels parfumés et autres et que ce sera beaucoup plus hygiénique que d’aller s’immerger dans une piscine ou d’autres femmes se sont déjà trempées et se tremperont le même soir.

Seulement voilà : il faut savoir déjà qu’avant de s’immerger la femme devra procéder à une toilette très précise car le bain rituel n’est pas un acte hygiénique mais plutôt un acte à signification d’un niveau spirituel. On ne se trempe pas au Mikvé pour être propre mais pour dépasser nos limites.

L’impureté se communique et l’eau sert à nous en débarrasser sous certaines conditions. L’impureté peut atteindre notre âme et, lorsque l’on observe les règles édictées dans la Torah tant sur le plan alimentaire que de contacts physiques en nous abstenant, nous contribuons à sauvegarder notre âme de toute atteinte. Si, à D. ne plaise, nous nous laissions fléchir et que nous nous laissions tenter par une nourriture ou une relation interdites, nous entraînerions des “bleus à l’âme” (si je puis me permettre l’emploi de cette formule). La réparation de ces blessures devra se situer à un niveau spirituel.
Lorsque nos mains sont souillées nous les lavons avec de l’eau et du savon (ou de l’alcoogel!!!) mais comment réparer notre âme ? Avec des prières, de l’étude ? Certes mais l’immersion qui ne dure que quelques minutes est un acte qui sert à nettoyer notre esprit et donc notre âme.

La période d’abstinence qui intervient chaque mois chez les couples qui respectent les lois de “pureté familiale” contribue de l’avis de tous les couples, des psychothérapeutes/psychologues, à raviver la flamme de l’amour et du désir entre les membres d’un couple. Le fait de se retrouver après une séparation de quelques jours aiguise les sens. L’eau est un facteur d’apaisement, de purification.

Maïmonide explique cet acte d’immersion comme quelque chose d’irrationnel sans doute pour l’esprit de l’homme mais cette immersion, encore une fois, n’est pas destinée à nettoyer nos corps mais : une préparation psychologique (et sentimentale ajouterai-je) pour élever le niveau de l’acte charnel à un niveau spirituel où l’épouse de son côté, avant de se baigner dans la piscine rituelle, et tant qu’elle est “vêtue” va élever une prière profonde destinée à son époux et à elle-même ainsi que pour ses enfants.

La piscine rituelle est construite selon certains critères qui se trouvent tous détaillés dans la Guemara. L’approvisionnement en eau se fait aussi selon critères.

Dans certaines contrées/régions où n’existent pas de mikvé, les femmes allaient se baigner dans la rivière ou dans la mer avec beaucoup de précautions pour préserver la pudeur de l’épouse ou de la fiancée. En Russie, parfois les femmes entreprenaient des déplacements pour arriver à un lieu où elles pourraient procéder à cette purification.

Certains couples de personnes âgées, après la ménopause, ont continué à observer cette période de “nidda” pour retrouver encore tout l’élan de la jeunesse et redonner du punch à leur relation de couple.
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La lèpre dont il est question dans la Torah est une maladie qui n’a existé qu’au temps où le Temple existait. METSORA. Les exégètes mettent en relief le fait que la lèpre biblique n’existait que pour mettre en relief le fait que de la médisance avait été faite. La médisance, enseignent nos Maîtres “TUE” 3 personnes : celle au sujet de laquelle est faite la médisance, celle qui lance la médisance et celle qui entend cette médisance. Médire. Au Moyen-Âge on disait maldire (d’où maudire). Le mot METSORA suit le même cheminement de l’esprit : METSO RA soit il a trouvé (quelque chose de) mauvais. Or, me ferez-vous remarquer METSO doit s’écrire מצוא avec un alef…..!!! Exact seulement voilà א est le symbole de HaShem et l’Eternel ne peut S’associer à une action qui vise à mal, qui vise à faire du mal, à “tuer” quelqu’un.

Dès le moment où l’on a l’intention de nuire à quelqu’un et dès le moment où l’on passe à l’acte, HaShem S’absente et la Metsora s’installe.

Témoins deux faits précis se trouvant dans la Torah le premier étant provoqué par une médisance pas clairement exprimée et le deuxième, en revanche, très explicite.

Lors de l’épisode du buisson ardent, HaShem interpelle Moïse pour lui confier la délicate mission de la sortie d’Egypte… Agissant en homme humble attachant peu d’importance à lui-même et, fort de l’expérience qui eut lieu en Egypte lorsque fut tué l’égyptien, le futur grand prophète émit un doute sur la confiance que lui accorderaient ses frères réduits en esclavage. C’est à la suite de ce doute, nous mettent en garde les commentateurs que l’Eternel ordonna à Moïse de plonger sa main en son sein et il l’en ressortit couverte de lèpre. L’instant d’après il replongea la main lépreuse en son sein pour l’en ressortir totalement guérie ! (Exode IV, 6 et suivants).

Etant chargé d’une mission si immense et devant sans cesse être en “communication” avec HaShem, Moïse comprenant que désormais il devait se mettre au service divin de manière constante (ininterrompue), il décida donc de se séparer physiquement de son épouse. Myriam et Aharon se gaussèrent de leur frère. L’Éternel Se courrouça et donna un avertissement cinglant à Myriam, sur sa propre personne, en la frappant de lèpre à la suite de quoi Moïse et Aharon prièrent pour leur sœur. (Nombres chapitre XII).
Nous comprenons donc ainsi que l’impureté peut atteindre notre corps et notre âme et qu’il est indispensable de préserver l’un comme l’autre.

Caroline Elishéva REBOUH

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