Sète: il y a 74 ans commençait le périple de l’Exodus (vidéos)

Le 11 juillet 1947, plus de 4500 juifs rescapés des camps de la mort embarquaient à Sète pour la Palestine. Mais le voyage de l’Exodus 47, commémoré aujourd’hui môle Saint-Louis, allait se transformer en effroyable périple…

 Face à la Méditerranée, la plaque dit… «Exodus 47. Le 11 juillet 1947, 4530 résistants, émigrés, clandestins tentant de forcer le blocus naval britannique embarquaient ici, sur «L’Exodus 47» aidés par la population et les autorités de la région afin de reconstruire une nouvelle vie de liberté sur la terre ancestrale d’Israël».

Cette nuit là, môle Saint-Louis ? «L’Exodus 47» s’appelle encore le «President Warfield» (lire ci-desous) et à bord les rescapés de la Shoah – s’ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus pour Londres, mandataire de la Palestine- n’imaginent pas l’accueil que leur réservent les Britanniques, 30 ans après la Déclaration Balfour et alors que le monde vient de découvrir l’holocauste, entre 5 et 6 millions des juifs d’Europe exterminés par les nazis, leurs alliés et leurs complices des pays occupés.

Oublié ce qu’écrivait le 2 novembre 1917 le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni. «Le gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour la réalisation de cet objectif…» Pression des pays arabes : désormais Londres tente au contraire d’interdire le territoire aux immigrants juifs. Et pour l’heure, Ernest Bevin, lointain successeur d’Arthur Balfour, est attendu à Paris dans le cadre des négociations du plan Marshall…

 Effroyable périple

Les Anglais sont furieux à l’idée que la France puisse laisser partir ce vieux vapeur panaméen et ses 4551 personnes à bord (avec l’équipage) dont 1732 femmes et 955 enfants. Et les Français entendent ménager leur allié. Les responsables sionistes comprennent qu’ils n’ont plus le choix. Le navire doit appareiller sans attendre.

Jeune capitaine courageux de 24 ans, Ike Aronowicz fait larguer les amarres pour ce qui deviendra une tragique odyssée. Bientôt encerclé par les destroyers britanniques puis éperonné en vue de la «Terre promise», l’Exodus 47 est finalement pris à l’abordage par les commandos qui gazent et matraquent les passagers avant d’ouvrir le feu face à leur résistance. 3 morts et près de 200 blessés. Sous contrôle, le navire est conduit à Haïfa.

Ensuite ? Les malheureux seront transférés sur trois «bateaux cage» puis renvoyés dans des conditions inhumaines vers… l’Allemagne et ses camps de déplacés. «Auschwitz flottant» titre en une le quotidien marseillais Rouge Midi, le 30 juillet, 70 personnes choisissant à l’escale de débarquer en France, à Port de Bouc.

Dès la fin de 1944, la France était devenue une plaque tournante de l’action semi-clandestine pour l’immigration juive, pour combattre le Livre Blanc édicté par les Britanniques.

Peut être une image de 18 personnes

L’affaire du bateau clandestin, l’Exodus, permet d’analyser l’influence des milieux sionistes en France : d’abord assimilés aux mouvements de résistance, ceux-ci ont réactivé d’anciens réseaux et bénéficié de la complaisance du gouvernement français et d’une grande partie de l’opinion publique française.

Sous la pression de son partenaire britannique, l’attitude du gouvernement se révèle bien timide par rapport au formidable élan de solidarité qui émerge au sein de la population française.

L’affaire de l’Exodus joue ainsi  un rôle majeur dans le revirement diplomatique de sympathie envers les réfugiés et dans le vote du  plan de partage de la Palestine qui est soumis aux Nations Unies, le 29 Novembre 1947.

Le soutien de personnalités politiques comme Léon Blum et René Mayer est particulièrement important. La campagne des sionistes pour un vote de la France en faveur du plan de partage est couronnée de succès. Mais ils ne parviennent pas à mobiliser les Français en faveur d’un soutien actif au plan de partage. Les envoyés sionistes ne se rendent pas compte à temps de l’intention du gouvernement français de retirer leur soutien à ce plan.

Les Israéliens considèrent avoir fait le maximum de concessions aux Français en ce qui concerne les institutions françaises et les droits des ressortissants français en Israël.

L’indignation est mondiale, le discrédit anglais total : aux victimes la victoire psychologique. Et les Nations unies comme l’opinion publique auront aussi en tête leurs visages lorsqu’un an plus tard l’état d’Israël sera créé.

Source

Exodus_47

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