Qui commande en Iran ?

En juillet dernier, lors d’une visite en Irak, le président iranien Masoud Pashazadeh a appris avec stupeur que l’Iran avait mené des attaques contre des navires dans le détroit stratégique d’Ormuz. Cette révélation, survenue de manière inattendue, a provoqué une vive colère du président à l’encontre des Gardiens de la Révolution, qui ont nié toute implication officielle dans ces opérations. La surprise est d’autant plus grande que ni le Conseil suprême de sécurité nationale ni la majorité des dirigeants iraniens n’étaient informés de ces actions militaires.

L’enquête interne a rapidement mis en lumière que ces attaques avaient été ordonnées sous l’influence de Hossein Taeb, récemment nommé commandant des Bassidjis et ancien chef du renseignement des Gardiens de la Révolution. Cette initiative a été conduite par une faction radicale au sein des Gardiens, sans aval des instances officielles. Le désaccord a provoqué des tensions inédites dans la haute hiérarchie iranienne, avec des accusations de trahison et de subversion échangées entre responsables. Deux généraux de haut rang ont même menacé de démissionner, illustrant la gravité du conflit interne.

Cette crise reflète un clivage profond entre les partisans d’une ligne dure, favorables à une escalade militaire contre les États-Unis et leurs alliés, et ceux, comme Pashazadeh, qui redoutent un embrasement régional aux conséquences imprévisibles. Les généraux radicaux ont présenté au Conseil suprême de sécurité un plan de guerre visant à intensifier les attaques, notamment en coordination avec les Houthis au Yémen et les milices pro-iraniennes en Irak, ciblant notamment les infrastructures pétrolières. Cette stratégie vise à accroître la pression sur Washington et ses alliés, mais elle risque de plonger l’Iran dans un conflit ouvert.

Face à ces divisions, le gouvernement iranien a tenté de justifier les tensions par une version officielle accusant les États-Unis d’avoir violé un accord en ne stoppant pas les attaques israéliennes contre le Hezbollah et en retardant la libération des avoirs gelés de l’Iran. Toutefois, cette explication peine à convaincre même au sein des cercles dirigeants, y compris le président lui-même. Le pouvoir des factions radicales semble renforcé, ce qui pourrait compliquer les perspectives de négociations diplomatiques et accroître les risques d’escalade dans une région déjà instable.

Cette affaire met en lumière les difficultés de contrôle du pouvoir central sur certaines branches des forces armées iraniennes et souligne les tensions croissantes entre pragmatisme politique et radicalisme militaire. Les conséquences de cette crise pourraient s’étendre bien au-delà des frontières iraniennes, affectant la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, un point névralgique pour le commerce mondial du pétrole, et exacerbant les tensions régionales autour de l’influence iranienne. La situation reste donc à surveiller de près, tant pour ses implications internes que pour ses répercussions internationales.

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