Israël s’apprête à étonner l’Europe : l’arme spatiale qui pourrait en faire une superpuissance

Alors que 12 pays avancent des mesures contre les implantations et que des menaces de sanctions planent dans l’air, l’Union européenne recherche l’aide d’Israël. Au programme : intelligence artificielle, satellites et systèmes d’alerte.

Alors que les relations politiques entre Israël et l’Europe continuent d’être marquées par de fortes tensions, une toute autre voie se dessine parallèlement à Bruxelles : l’Union européenne souhaite approfondir sa coopération avec Israël dans les domaines spatial, de la défense aérienne et des technologies à double usage.

La directrice de l’Agence spatiale israélienne, Shamrit Maman, s’est rendue cette semaine à Bruxelles et a rencontré mardi Ekaterina Zaharieva, commissaire européenne chargée des start-up, de la recherche et de l’innovation. Les discussions ont notamment porté sur des coopérations dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique et de l’espace.

Cette visite intervient quelques jours avant que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, ne prononce à Paris son premier grand discours consacré à l’espace. Selon un article de POLITICO, von der Leyen devrait mettre en garde contre l’aggravation des menaces dans ce domaine et appeler l’Europe à accroître considérablement sa présence et ses capacités spatiales.

« Il est très difficile de faire les choses seul », a déclaré Maman à POLITICO. Selon elle, la militarisation de l’espace n’est pas un scénario futuriste, mais un processus qui est déjà en cours : « Cela se produit déjà – nous ne mesurons simplement pas à quel point. »

Elle affirme qu’Israël constate un intérêt croissant de la part de ses alliés pour les technologies Dual Use (à double usage), c’est-à-dire des systèmes pouvant être utilisés aussi bien à des fins civiles que sécuritaires.

Des alertes destinées aux civils aux satellites et à l’intelligence artificielle

L’un des domaines dans lesquels Israël souhaite faire valoir auprès de l’Europe son expérience opérationnelle est celui des systèmes d’alerte précoce.

« L’une des choses sur lesquelles nous travaillons concerne les systèmes d’alerte précoce », a déclaré Maman, en faisant référence à l’expérience israélienne face aux tirs de missiles en provenance d’Iran.

Selon elle, la capacité à transmettre rapidement des alertes à la population et à réduire le nombre de victimes constitue une composante d’un système plus large permettant d’identifier les menaces et de prévenir la population à l’avance.

Pour l’Europe, le potentiel ne se limite pas aux missiles et aux scénarios militaires. Maman souligne que les mêmes capacités de surveillance satellitaire, de traitement des données et d’intelligence artificielle peuvent également être utilisées pour faire face aux incendies, aux inondations, à la sécheresse et à d’autres catastrophes.

« Je ne considère pas la défense uniquement sous l’angle des missiles balistiques provenant d’Iran », a-t-elle déclaré. « Pensez à un incendie, à une inondation soudaine ou même à une sécheresse prolongée. »

Selon elle, l’un des principaux domaines de coopération future réside dans l’intégration d’images satellitaires et de modèles fondés sur l’IA, dans le cadre d’un dispositif de défense multicouche.

L’intérêt européen pour les technologies israéliennes n’est pas nouveau

Dès 2024, von der Leyen avait soutenu une initiative du Premier ministre polonais Donald Tusk et du Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis visant à créer un système européen de défense aérienne financé par l’Union européenne.

Mais, selon trois hauts responsables ayant participé aux discussions et s’étant entretenus avec POLITICO, le projet n’avait alors pas progressé. La Commission et plusieurs capitales européennes étaient parvenues à la conclusion que sa mise en œuvre nécessiterait de s’appuyer sur des technologies israéliennes de défense aérienne.

Au cœur de la guerre à Gaza, une telle coopération était considérée comme trop sensible politiquement.

Aujourd’hui, il semble que la réalité sécuritaire en Europe commence à prendre le dessus sur ces réticences.

Cette semaine encore, le projet visant à transformer l’usine Volkswagen d’Osnabrück en centre de production militaire, en coopération avec Rafael, le Land de Basse-Saxe et le fonds Aurelius, a enregistré des avancées significatives.

Dans le cadre de ce projet, le site devrait produire des systèmes et des composants destinés à la défense aérienne, notamment des composants liés au système Dôme de fer (Iron Dome).

Parallèlement, la Grèce a récemment signé avec Israël un accord d’environ 3 milliards d’euros pour la mise en place d’un système de défense aérienne multicouche destiné à lutter contre les drones, les avions, les roquettes et d’autres menaces.

Il s’agit d’un nouvel exemple de la manière dont la technologie militaire israélienne devient partie intégrante du processus de réarmement européen.

Et dans cette même ville de Bruxelles : sanctions, gels et menaces de restrictions

C’est là que se trouve le paradoxe.

La même Union européenne qui cherche aujourd’hui en Israël un partenaire pour protéger l’espace aérien européen et développer ses capacités spatiales entretient depuis un an des relations politiques particulièrement tendues avec Jérusalem.

En juillet 2025, la Commission européenne avait proposé de suspendre une partie de la participation d’Israël au programme de recherche et d’innovation Horizon Europe, après avoir examiné le respect par Israël de la clause relative aux droits de l’homme figurant dans l’accord d’association avec l’Union européenne.

La proposition concernait notamment le programme EIC Accelerator, destiné aux entreprises technologiques israéliennes.

En septembre de la même année, la Commission avait franchi une étape supplémentaire en proposant de suspendre certains avantages commerciaux accordés à Israël dans le cadre de l’accord d’association, d’imposer des sanctions à des ministres israéliens qualifiés d’« extrémistes » ainsi qu’à des israéliens violents, et de geler le soutien bilatéral au gouvernement israélien.

Certaines de ces mesures se sont toutefois heurtées à la difficulté d’obtenir la majorité requise parmi les États membres.

Hier encore, 12 pays, parmi lesquels le Royaume-Uni, la France et le Canada, ont publié mardi une déclaration commune annonçant leur intention d’imposer des restrictions nationales, de soutenir des restrictions européennes sur le commerce des produits provenant des implantations — ou indiquant qu’ils étudiaient activement de telles mesures ainsi que d’autres dispositions.

La déclaration comprend un engagement explicite du Royaume-Uni, de la France et du Canada à promouvoir des mesures nationales visant à interdire le commerce des produits provenant des implantations.

La guerre en Ukraine, la menace russe, la prolifération des drones et des missiles, ainsi que la prise de conscience que l’espace lui-même devient un théâtre de confrontation, poussent l’Europe à accélérer le développement de ses capacités de défense.

Dans cette nouvelle réalité, les systèmes israéliens qui étaient considérés il y a encore un an comme politiquement « trop sensibles » deviennent désormais des actifs particulièrement recherchés.

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