Le PS soupçonné d’avoir manipulé les chiffres du scrutin

VIDÉO – Alors que 350.000 voix ont été comptabilisées entre dimanche soir et lundi matin, les scores des sept candidats sont restés identiques. Une hypothèse statistiquement quasi-impossible. Après avoir d’abord invoqué un «bug» informatique, le PS parle désormais d’une «erreur humaine» commise par «un permanent».

«Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup.» Restée célèbre depuis qu’elle a été prononcée par Martine Aubry pour attaquer François Hollande en 2011, cette petite phrase est plus que jamais d’actualité. Car lundi soir, 24 heures après la clôture des bureaux de vote de la primaire, aucune donnée définitive sur le niveau de participation au scrutin n’avait été officiellement communiquée. Ni par le Parti socialiste. Ni par la Haute autorité. Les derniers chiffres transmis ne portaient que sur 94,45 % des bureaux et faisaient état de 1 597720 électeurs.

Ce dernier chiffre est à prendre avec des pincettes. Car les soupçons de bidonnage qui l’entourent sont nombreux. Ainsi, le nombre de votants a d’abord été actualisé en temps réel sur le site des «primaires citoyennes», avant d’en disparaître mystérieusement dans la nuit de dimanche à lundi… Puis, de réapparaître lundi, en fin de matinée. Entre-temps, quelque 350 000 nouvelles voix avaient été comptabilisées et réparties sur l’ensemble des sept candidats. Mais sans que cela ne modifie en rien leur score. Pas même d’un seul dixième de point… À titre d’exemple, le score de Benoît Hamon est resté figé à 36,35 % alors que son nombre de voix est passé de 454041 à 582014. Idem pour les six autres candidats. Ce qui est statistiquement quasi impossible. De là à penser que le PS a joué aux apprentis sorciers… Plusieurs hypothèses. Ces 350 000 voix n’existent tout simplement pas et ont été opportunément «inventées» pour gonfler le chiffre total de la participation sans modifier les scores des candidats. Ces 350 000 voix existent bel et bien et, dans ce cas, se pose la question de leur répartition entre les candidats.

315.852 votants en plus mais les mêmes pourcentages de voix à deux chiffres après la virgule, pour les 7 candidats. COMMENT EST-CE POSSIBLE?

Certains journalistes ont pu voter deux fois…

Contacté par Libération, le président du Comité national d’organisation de la primaire, Christophe Borgel, a d’abord invoqué une défaillance informatique. «Il y a eu un bug, rien de plus. Et c’est un peu de ma faute. Il y avait beaucoup de pression autour du niveau de participation, j’ai demandé à ce que les résultats soient actualisés au plus vite. Et effectivement, on a appliqué au nouveau total de votants les pourcentages de la veille», a-t-il tenté de déminer. Joint dans l’après-midi par Le Figaro, il s’est confondu en excuses et a dit «assumer les responsabilités». Mais, il a cette fois pointé l’«erreur humaine» d’«un permanent qui a fait un gros loupé». «Sachant que les résultats étaient stabilisés, je n’ai pas fait attention à leur répercussion. Qu’ils bougent de 0,2 point ou 0,3 point était le cadet de mes soucis, vu tout ce qu’il me reste à organiser en cette semaine d’entre-deux tours. Mais quand j’ai appris ce qu’il s’était passé, j’ai convoqué tout le monde dans mon bureau. La plupart de ceux qui étaient là ne m’avaient jamais vu gueuler. Ils ont découvert ce que ça donnait…», raconte-t-il. Contrairement à Thomas Clay, qui dit «ne pas bien comprendre cette polémique», Christophe Borgel assure qu’il «entend les interrogations légitimes» des journalistes. Il jure toutefois qu’il n’y a eu ni fraude ni manipulation. «Si c’était le cas, pourquoi nous serions-nous contentés d’1,6 million au lieu de monter à deux millions? Et comment croyez-vous que j’aurais pu convaincre des magistrats qui composent la Haute autorité de falsifier les chiffres?», interroge-t-il, conscient de l’image dévastatrice que renvoie cette situation.

On a connu des défenses plus convaincantes. D’autant que d’autres problèmes ont été constatés dimanche. Ainsi, certains journalistes sont parvenus à voter deux fois… Ces cafouillages créent du malaise au PS. En découvrant l’histoire, certains socialistes ont levé les yeux au ciel et soupiré. «Mais c’est pas vrai… Je vois très bien ce qui s’est passé. Ils étaient trop bas en participation et ils ont ajusté», avance-t-on dans le camp d’un candidat. Chez un autre, on minimise: «On reste dans le folklore socialiste. Tout cela s’inscrit dans la longue lignée des accidents qu’a déjà connus le Parti. Souvenez-vous, le congrès de Reims…» C’était en 2008 et des fraudes massives organisées par le camp de Martine Aubry avaient empêché Ségolène Royal d’être élue première secrétaire du PS. Une autre élue socialiste ironise sur cette «alchimie électorale qui, à force, va finir par leur péter entre les mains». Pour l’heure, aucun des principaux candidats ne s’est plaint des résultats. Après tout, le vainqueur quel qu’il soit aura besoin d’afficher une participation convenable pour légitimer sa candidature face à Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Peu importent les bugs donc.

Primaire à gauche : le PS manipule les résultats puis plaide une « connerie »

 

Effarant pataquès autour de la participation à la primaire à gauche, ce lundi 23 janvier. L’organisateur, Christophe Borgel, reconnaît avoir fait modifier les résultats du scrutin, sous la pression des médias. Ou comment décrédibiliser un exercice démocratique…
Le député Christophe Borgel a reconnu avoir fait modifier les résultats du premier tour. – DR

C’est un incroyable aveu qu’a fait le président du Comité national d’organisation de la primaire à gauche (Cnop), Christophe Borgel. Auprès de Libération, le député socialiste concède ce lundi 23 janvier… que les résultats du premier tour de la primaire ont été manipulés. Objectif de la manoeuvre ? Pouvoir revendiquer une belle participation avant que les chiffres ne l’accréditent.

Tout commence à l’annonce des résultats du scrutin, ce dimanche vers 20h30. L’état-major du Parti socialiste se sait particulièrement attendu sur les chiffres de la participation. « Moins d’ 1,5 million et on n’a plus qu’à vendre le fond de commerce« , a prévenu il y a quelques jours le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, . « 1,5 million constitue le plancher« , a confirmé Christophe Borgel. Mais dans toutes les têtes, c’est bien 2 millions qu’il faudrait atteindre pour s’assurer de ne pas perdre la face.

A 20h30, donc, comme par magie, le président de la Haute autorité de la primaire déclare qu’« entre 1,5 et 2 millions » de personnes se sont rendus aux urnes. Une fourchette encore large, ce qui n’est pas anormal à ce stade précoce du dépouillement. Mais Thomas Clay précise tout de même que le chiffre final sera « sans doute plus proche des 2 millions« . Et Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, aussitôt : « Nous avons réussi ce premier tour de la primaire. Les résultats sont dans l’épure de ce que nous avions fixé« .

  • L’information est immédiatement reprise par tous les médias. Elle fait les affaires du PS : si la participation reste moins forte qu’à la primaire de la droite ou à celle de 2011, elle demeure supérieure au plancher annoncé par les caciques de Solférino. Conclusion suggérée : la rose plie mais ne rompt décidément pas !

Un compteur qui disparaît

Sauf qu’un premier accroc est repéré par Marianne sur les coups de 23 heures : le compteur de la participation qui figure sur le site de la primaire, actualisé en direct… disparaît soudainement. Au dernier relevé, celui de 21h30, il n’avait pas encore passé la barre du million de votants. A 22h43, le compte Twitter de la primaire annonce 1,3 million de participants. Puis plus de nouvelles jusqu’à 10 heures du matin, quand le compteur réapparaît comme par magie, en affichant cette fois… 1,6 million. Il était temps, puisque plusieurs médias commençaient, dans la foulée de Marianne, à remettre en cause le chiffre officiel.

Sauf que le total des voix obtenues par chaque candidat ne correspond pas à ce chiffre de participation. , il manque 0,01%. Plus saisissant encore : les pourcentages attribués à chacun des candidats… sont à la virgule près les mêmes que la veille. Ce qui voudrait dire que tous les bureaux de vote dépouillés entre-temps auraient voté exactement de la même façon. Louche…

Alors que l’interrogation commence à grandir sur les réseaux sociaux, un nouveau miracle se produit vers midi. Le 0,01% manquant – soit 160 voix – est ajouté… au compteur de Sylvia Pinel. La présidente du PRG se voit même nantie de 161 voix supplémentaires, soit une voix en trop par rapport au nombre de votants ! L’erreur est humaine…

« Il y avait beaucoup de pression »

Mis devant ces étonnantes contradictions, Christophe Borgel reconnaît finalement auprès de Libération une modification des scores de chacun des candidats pour arriver au chiffre de participation annoncé, soit 1,6 million de personnes, mais évoque un « bug« . « Il y avait beaucoup de pression autour du niveau de participation, j’ai demandé à ce que les résultats soient actualisés au plus vite. Et effectivement, on a appliqué au nouveau total de votants les pourcentages de la veille », explique le député.

Concernant les 161 voix de Sylvia Pinel, le président de la CNOP reconnaît encore une fois un tripatouillage. « (C’est) un bug aussi. Il y a eu bug sur bug. Je ne sais pas si c’est la société prestataire (qui gère les remontées des bureaux) ou le service informatique en interne qui est responsable. »

Pour l’instant, donc, impossible de savoir si même ce chiffre de 1,6 million de votants est fiable. La confiance est comme qui dirait… chancelante.

[Edit, 18h30] Borgel plaide « la connerie » d’un salarié du PS

Joint par Marianne en début de soirée, Christophe Borgel nie toute opération de gonflage artificiel de la participation, plaidant selon ses termes la « connerie d’un permanent » (un salarié du PS). Il explique avoir eu dès dimance soir « des retours cohérents sur une participation entre 1,6 et 1,7 million de votants« , un chiffre qu’il maintient ce lundi soir. « J’ai été questionné de toutes parts sur ce chiffre hier soir, nous raconte le député PS. Aussi, j’ai demandé à ce qu’on le publie à la première heure ce matin« . A en croire Christophe Borgel, un salarié du PS aurait alors commis une erreur : au lieu d’ajouter le chiffre de la participation dans la base sans faire bouger le score des candidats, il aurait corrélé ces différentes données…

Reste à savoir comment Christophe Borgel a pu disposer des chiffres de la participation sans avoir les résultats de chacun des prétendants. Selon ses dires, « le processus de validation des scores des candidats est rigoureux« , ce qui explique que cette donnée soit plus longue à obtenir que la participation. « Les résultats détaillés devrait être annoncés ce soir par la Haute autorité« , nous assure le parlementaire, qui croit déjà savoir qu' »ils ne changeront presque rien« .

« Cette erreur est rageante mais on n’a rien à cacher. Ceux qui voudront vérifier la concordance entre nos résultats et les PV de bureaux de vote seront libres de le faire« , affirme encore Christophe Borgel auprès de Marianne. Avant de conclure, pince-sans-rire : « Si j’avais perdu la tête et que j’avais voulu gonfler le total, j’aurais annoncé plus de votants, vous ne croyez pas ?« 

marianne.net

1 COMMENTAIRE

  1. Tout cela n’a rien d’etonnant.Le PS avec Mitterand avait proceder a des manipulations desormais coutumieres pour un parti qui cherche a tout prix le pouvoir.
    On prend les citoyens pour des imbeciles et on nargue la democratie.
    Ce qui reste etonnant c’est le silence des participants.
    Ni Valls ni Montebourg ni Peillon et les autres ne se manifestent sur ce trucage honteux digne de l’ex URSS.
    Il est temps ,il est grand temps que les socialistes quittent le pouvoir definitivement et de se retirer à la campagne
    pour inventer un autre mode de gouvernement.

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