L’accord nucléaire nous rapproche de la probabilité d’une guerre

On note (au moins) six résultats catastrophiques, significatifs et immédiats, qui découlent de l’accord obtenu le 14 juillet, entre les puissances occidentales et l’Iran.
1. L’aveu de faiblesse de l’Amérique : la façon dont les négociations ont été menées soulignent la faiblesse des Etats-Unis. L’Administration Obama voulait offrir des concessions presque illimitées aux habiles négociateurs iraniens, en ignorant toutes leurs propres dates-butoir et lignes rouges.Il est évident que le Président Obama était au désespoir d’obtenir cet accord à tout prix, dans le seul but de quitter son poste en laissant derrière lui un « héritage ».
Alors que Washington se félicitait d’un résultat « brillant », ce qui compte, c’est la façon dont les pays de la région perçoivent l’Amérique. Hélas, tous les pays de la région ne peuvent qu’en conclure que l’Amérique est trop faible. L’Amérique a ostensiblement capitulé devant l’Iran.
2. Une légitimité nucléaire : au lieu d’insister sur le démantèlement de toutes les installations d’enrichissement d’uranium en Iran, comme on l’a réalisé en Libye, les Etats-Unis ont, en réalité, accordé une légitimité internationale à une infrastructure nucléaire iranienne de grande ampleur, comprenant des milliers de centrifugeuses. Cet accord laisse presque intact tous les composants centraux nécessaires au programme nucléaire iranien… Les Etats-Unis on,t totalement ignoré la résolution 1696 du Conseil de Sécurité de l’ONU de juillet 2006, qui exigeait que l’Iran suspende ses activités d’enrichissement, autant que les demandes américaines d’un démantèlement des installations nucléaires.
La tentative américaine de fournir un parapluie nucléaire (« l’extension de la dissuasion ») aux pays du Golfe, dans le but de stopper par avance toute prolifération nucléaire a, d’ores et déjà, échoué. Le Roi saoudien Salman a refusé d’assister au Sommet des pays du Golfe aux Etats-Unis. Cela reflète la déception à l’égard de ce que Washington a déjà offert et signale les intentions saoudiennes d’essayer de veiller lui-même sur la protection de ses intérêts.
3. Prolifération :
Cet accord est un puissant stimulus pour la prolifération nucléaire. En effet, l’Arabie Saoudite a annoncé son désir d’acquérir « le même type d’infrastructures » qui viennent d’être autorisées à l’Iran. On s’attend déjà à ce que des pays comme l’Egypte et la Turquie seront les émules de l’Arabie Saoudite dans le domaine. Ces Etats partagent les ambitions de l’Iran en matière de leadership dans la région et il est hautement improbable qu’ils feront preuve de retenue dans l’acquisition de capacités dont dispose l’Iran. En réalité, la coursenucléaire régionale a déjà commencé et un Moyen-Orient nucléaire multipolaire est en cours de configuration. Il s’agit d’un vértiable cauchemar stratégique.
4. Capacité de déploiement de force terroriste : le régime des sanctions internationales contre l’Iran s’est déjà érodé. Les Etats et les hommes d’affaire font déjà la queue pour capitaliser sur les opportunités économiques qui surgissent sur le marché iranien. Le dégel des comptes bancaires iraniens et l’augmentation prévue dans la production pétrolière vont remplir les comptes du régime iranien de plus de 100 milliards de $. Cela permettra la répartition de nombreuses ressources vers le renforcement en armement de l’Iran, et servira de pilier aux aspirations de Téhéran de déployer ses forces et son influence au-delà de ses frontières. En outre, l’afflux de liquidités renforce les capacités de soutien iranien à ses supplétifs, tels que le gouvernement irakien contrôlé par les chiites, le ré&gime Assad en Syrie, le Hezbollah en Iran, le Hamas à Gaza et les Houtis au Yémen. La capacité iranienne de mener ses entreprises subversives et d’exporter le terrorisme vont être grandement magnifiées.
5. L’équilibre des pouvoirs : la décision américaine d’accepter l’Iran en tant qu’Etat au seuil de l’obtention de moyens militaires nucléaires et les déclarations d’Obama en faveur « d’un rôle responsable de l’Iran » dans la région, accompagnées de la perception américaine inflationniste quant à la emnace de Daesh – signalent un changement significatif dans la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. Cet accord marque la fin de l’isolement régional de l’Iran. Au contraire,l’Amérique semble se mettre dans le camp chiite contre les Sunnites. Ce repositionnement modifie radicalement l’équilibre régional des pouvoirs, instillant même une incertitude grandissante dans les politiques de la région.
La croyance américaine naïve que l’Iran puisse devenir un Etat « normal » – qui se retournera contre les Etats-Unis. Bien qu’il se montre prudent, l’Iran est, quoi qu’il en soit ue puissance « révisionniste » (négationniste) qui essaie de modifier le statu-quo. Il ne cache absolument pas ses aspirations hégémoniques. Ses activités subversives au Bahrein chiite et dans les provinces chiites de l’Est de l’Arabie Saoudite (où se situe l’essenteil des champs pétroliers), et dans les autres pays du Golfe, peut créer une situation insupportable pour l’Occident. En déifinitve, l’Iran peut même atteindre son objectif déclaré de mettre un terme à toute présence américaine dans le Golfe Persique.
Ainsi, une frappe militaire israélienne contre l’Iran n’en devient que plus probable, et dans un avenir d’autant plus proche- avant que les Etats-Unis ne freinent le rythme des livraisons militaires à l’armée israélienne.
6. Conflit d’intérêts avec Israël : la politique américaine est, désormais, lancée dans une course vers la collision frontale avec Israël. Le consensus en Israël est qu’Obama a signé un très mauvais accord, qui devient dangereux pour le Moyen-Orient tout entier et bien au-delà. Les Israéliens, autant que la plupart des Moyen-Orientaux, ne prennent pas pour argent comptant la promesse d’un Iran « modéré ». Ils en savent bien plus que les pouvoirs éloignés de la région. Les Israéliens prennent au sérieux les appels des foules iraniennes : « Mort à l’Amérique, Mort à Israël ».
Par Efraim Inbar
BESA Center Perspectives
15 juillet 2015
http://www.meforum.org/5381/israel-iran-war
Adaptation : Marc Brzustowski.
Efraim Inbar, professeur de sciences politiques à l’Université , est directeur du Centre d’études stratégiques Begin-Sadat et chercheur au Middle East Forum.
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