Nasrallah en détresse peut-il déclencher la guerre ?

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La frappe sur le Golan a pris le chef du Hezbollah par surprise, à l’un de ses plus mauvais moments. S’il ne tenait qu’à lui, il préférerait ne pas être confronté à ce dilemme : soit répliquer contre Israël, soit faire profil bas.

L’état d’esprit du public israélien concernant les problèmes sécuritaires change d’un coup : on est passé d’une sorte de joie et de satisfaction, peut-être de fierté, à propos de cette frappe contre le groupe des principaux commandants du Hezbollah et des forces iraniennes sur le Golan, à une anxiété profonde, à cause du risque de guerre qui pourrait être déclenchée avec le Hezbollah et, peut-être même d’un conflit bien plus large, impliquant l’Iran, après la mort de l’un de ces généraux des Gardiens de la Révolution, au cours de cette élimination particulièrement bien ciblée.

 Mais, dans l’autre camp, si nous observons les choses avec les yeux du Secrétaire-Général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, la situation n’a rien de folichonne, et cette frappe l’a réellement pris au dépourvu, dans une des pires périodes qu’il ait traversée à ce poste. S’il ne tenait qu’à lui, il préférerait grandement ne pas devoir être confronté au dilemme actuel.

En effet, la période pouvait difficilement être pire pour lui, depuis qu’il a pris la succession d’Abbas Musawi, lui-même éliminé par Israël.

Avant tout, la cause de ses déboires, c’est Israël. Depuis février 2008, lors de l’élimination d’Imad Mughniyeh, le Hezbollah n’a cessé d’encaisser des mauvais coups répétés, qu’il a tous imputés à Israël. La mort brutale de plusieurs hauts dirigeants, à commencer par celle d’Hassan Laqqis, le chef de la division de développement technologique et de l’armement du groupe ; des séries d’explosions mystérieuses dans les dépôts d’armes et de munition du Hezbollah, dont ceux localisés au Sud du fleuve Litani, prouvaient que l’organisation violait effectivement la résolution 1701 des Nations-Unies ; les bombardements redoublés de convois d’armes de Syrie au Liban ; et maintenant, l’opération contre Jihad Mughniyeh, que Nasrallah voulait transformer en symbole, dans l’espoir de démontrer que la légende Mughniyeh est bien vivante et qu’elle frappe de plein fouet l’ennemi sioniste.

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Est-ce que les problèmes rencontrés par Nasrallah vont l’empêcher de se précipiter vers un état de guerre généralisée contre Israël ? (Photo from Twitter)

Autre source de problème : encore Israël. Près de la totalité des dizaines d’opérations de représailles planifiées par le Hezbollah pour venger les actions détaillées dans le précédent paragraphe a été déjouée par le Mossad. Deux ont réussi, un attentat terroriste à Burgas (Bulgarie) et les blessures infligées à la femme d’un diplomate israélien en Inde, mais ces actions ne sont rien, comparé à ce que le Hezbollah a tenté de réaliser et elles ne peuvent être perçues par l’organisation comme s’approchant du seuil de la « vengeance » tant désirée.

En outre, dans l’attentat à la bombe contre l’Ambassade israélienne de Buenos-Aires en Argentine, en 1992, à la suite de l’élimination de Musawi, l’objectif de cet acte de vengeance consistait à reformuler les règles du jeu contre Israël. Mais cette fois, Israël persiste et ne s’arrête plus.

Troisièmement, c’est encore et toujours à cause d’Israël. Le Hezbollah a récemment découvert, selon son porte-parole, un espion israélien logé dans les rangs les plus élevés de la hiérarchie de l’organisation, qui aurait aidé à déjouer les opérations mentionnées ci-dessus et même à provoquer la mort de Moughniyeh Senior. Mais l’arrêter n’a visiblement pas suffi, puisque survient, quelques temps après, la mort de Mughniyeh Junior, qui prouve, une fois encore, une fois de trop, que l’organisation est encore et toujours infiltrée en profondeur. 

L’existence d’un espion israélien à très haut niveau de responsabilités, si l’histoire est effectivement vraie- est le démenti le plus cinglant de l’ethos que s’est forgée le Hezbollah : ses membres seraient tellement fidèles et plein de foi religieuse chi’ite et nationale qu’ils n’accepteraient jamais de travailler pour « l’ennemi sioniste ». Ces révélations provoquent d’énormes dégâts et sont un poison distillé pour le moral de l’organisation : les agents intermédiaires risquent d’être trahis… par ceux-là même qui les commandent.

Quatrièmement, c’est aussi un peu à cause de la Syrie. Au cours de ces trois dernières années, le Hezbollah a envoyé des centaines, sans doute des milliers de combattants (qu’on estime à, au moins, 5.000) pour épauler le Président syrien Bachar al Assad en guerre « civile ». En fait, s’il n’existe qu’une seule et unique raison qui repousse la chute d’Assad, c’est tout simplement l’appui du Hezbollah et de l’Iran.

Mais ce soutien comporte un prix élevé : le sort de la battaille en Syrie est loin d’être décidé et, dans le même temps, le Hezbollah n’a pas réussi à prouver qu’il est en capacité de gagner, malgré tous les efforts auquel il a pu consentir. Le Hezbollah a subi de nombreuses pertes et, en se joignant à une armée régulière, il a exposé ses forces, qui sont, en règle générale, vouées à des activités secrètes, à pouvoir se laisser infiltrer par des forces de renseignements hostiles. On ne doit pas écarter l’éventualité que quiconque a cherché à frapper Jihad Mughniyeh a pu, largement, tirer avantage d’une telle mise à découvert. 

Cinquièmement, à cause du Liban. La participation du Hezbollah dans la guerre en Syrie a rencontré de vives critiques au Liban. Pourquoi –se demandent les Sunnites, les Druzes et les Chrétiens – le Hezbollah continue de prétendre être une milice dont le but et la raison d’être sont de combattre Israël, alors qu’en fait, il est le collaborateur n°1 du massacre des citoyens syriens ?

Le soutien pour Assad a aussi grandement contribué à des attentats conduits par les organisations sunnites syriennes, dont certaines appartiennent au Jihad Global, contre les représentants du Hezbollah et de l’Iran. Nasrallah a, par conséquent, ouvert un nouveau front contre sa personne et son groupe.

Sixièmement, à cause du Tribunal de la Haye. Nasrallah a aussi un grave problème avec la Cour Pénale Internationale. Un Tribunal Spécial a lancé, depuis le début 2014 une procédure inhabituelle, dans laquelle cinq de ses agents, dont l’un appartient à la famille Mughniyeh, sont en procès, accusés du meurtre de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, en 2005. S’ils sont inculpés, les prétentions de Nasrallah, affirmant qu’il est un homme politique qui se préoccupe de tous les citoyens libanais ressembleront à un mensonge brutal.

Septièmement, à cause de l’argent. Le Hezbollah est, avant tout, une organisation sociale, religieuse et politique pour les Chi’ites au Liban. S’il veut poursuivre ce mécanisme de légitimation, il a besoin d’argent. Le Hezbollah a été frappé par une série de scandales de corruption, au cours de ces dernières années, dont seulement quelques-uns ont été révélés au public. C’est l’une des raisons pour laquelle l’Iran a réduit son financement à l’organisation, qui rencontre aujourd’hui de graves problèmes de budget.

Tout ceci mis ensemble n’est que la quintessence des problèmes de Nasrallah, qui peuvent probablement le réfréner dans ses pulsions à se lancer dans un état de guerre généralisée contre Israël, ou à prendre le risque d’une réplique, même limitée, mais qui pourrait déboucher sur une telle guerre.

Ronen Bergman. ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

Publié le : 

26.01.15, 00:13 / Israel Opinion

 

1 COMMENT

  1. Si Nasrallah possséde encore un peu de cervelle , à sa place je m’abstiendrai de toute provocation .

    En effet Israël n’a jamais été aussi fort , aussi bien renseigné et aussi déterminé à en finir avec le Hezbollah qui comme les syriens malgré la raclée qu’ils reçoivent s’en sortent bien à chaque fois .

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