Souvenez-vous de cet article sur Jforum, du 22 juin 2014 : jforum.fr/2014/06/Une-taupe-divulgue-tous-les-secrets-de-Daesh-EIIL-sur-Twitter/. La grande presse, suite aux révélations-confirmations du Der Spiegel, se réveille seulement aujourd’hui, vous connaissiez déjà le nom et les fonctions d’Haji Bakr : 

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« Une des accusations les plus révélatrices faites par @wikibaghdady – et celle qui apparaît la plus prophétique actuellement, après la prise de contrôle de Mossoul, la seconde ville par ordre d’importance d’Irak – c’est que le cercle décisionnaire de Daesh, scellé par Baghdadi, est dirigé par un ancien colonel baathiste de l’armée de Saddam Hussein, s’appelant Haji Bakr. Selon @wikibaghdady, c’est ce colonel Bakr qui a orchestré l’accession au pouvoir de Baghdadi, après la mort de l’ancien dirigeant de l’EIIL Abu Omar al-Baghdadi, tué en 2010, dans une opération conjointe américano-irakienne à Tikrit.

Cette connexion baathiste a refait surface, la semaine dernière, pendant l’offensive de Daesh en Irak et elle a démontré qu’elle était un aspect crucial de la stratégie du groupe et la clé de voûte de sa capacité actuelle à prendre et conserver l’avantage sur le terrain. »

 

 

Un ex-espion de Saddam Hussein aurait élaboré la stratégie de l’EI en Syrie

Haji Bakr a rédigé un plan de 31 pages, qui « n’était rien moins qu’un plan de prise de contrôle »

Un officier de renseignement de l’ancien président irakien Saddam Hussein aurait contribué au renforcement du groupe État islamique en Syrie en élaborant sa stratégie d’implantation, a rapporté dimanche le magazine allemand Spiegel.

Dans une enquête intitulée Des dossiers secrets révèlent la structure de l’Etat islamique, le magazine explique qu’il a pu avoir accès à 31 pages de notes manuscrites de la main de l’ancien espion, Amir al-Khlifaw (plus connu sous son nom de guerre, Haji Bakr), obtenues suite à des négociations ardues avec des rebelles à Alep. Les pages font état d’un programme précis pour établir un califat dans le nord de la Syrie.

Le plan reposait en partie sur l’infiltration de l’organisation terroriste dans les villages syriens pour recruter de jeunes combattants, sur des assassinats et sur des enlèvements pour s’emparer du pouvoir.

L’implantation de « cellules espions » dans les villes faisait aussi partie des objectifs pour récolter la liste des familles les plus puissantes et les informations les concernant, comme leur niveau de fortune. La présence de forces rebelles dans les villes ou les activités illicites menées par la population, devait également être répertoriées pour permettant à l’EI de faire du chantage.

Dans ces documents, Haji Bakr, décrit comme extrêmement intelligent et logisticien hors pair, explique également que les hommes loyaux envers l’organisation djihadiste pourront épouser les filles des familles les plus influentes pour « permettre l’infiltration de ces familles ».

« Ce que Bakr a couché sur le papier, n’était rien moins qu’un plan de prise de contrôle », peut-on lire dans l’article du Spiegel.

Après l’invasion de l’Irak en 2003 par les forces armées américaines, Bakr était « amer et désœuvré », selon le quotidien allemand. Après plusieurs passages dans des prisons sous garde américaine, en 2010, entouré d’autres anciens lieutenants de Saddam Hussein, ils auraient fait d’Abou Bakr al-Baghdadi le chef officiel de l’EI, choisi pour donner une ambition religieuse à leur entreprise.

20minutes.fr

 

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Notre article du 22 juin 2014, à partir d’une traduction du Daily-Beast : 

 

Une taupe divulgue tous les secrets de Daesh (EIIL) sur Twitter

 

 
 

Le groupe terroriste peut bien tout saccager en Irak. Mais Daesh (ou Etat Islamique en Irak et au Levant) est directement menacé de l’intérieur, semble t-il. Et personne ne sait qui est derrière les tweets, suivis par 37.000 autres comptes, qui dévoilent les détails les plus intimes, concernant les dirigeants de ce groupe terroriste. Un mystérieux compte Twitter tente de stopper la montée au pouvoir de l’EIIL ou Daesh, en Irak et en Syrie, en propageant les secrets les mieux gardés du groupe terroriste sur Internet.

Depuis plus de six mois, une longue série de tweets a donné tous les détails des alliances secrètes et des machinations dans la conspiration, à l’origine de l’ascension fulgurante de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (al-Sham), le groupe islamiste qui s’est emparé de vastes régions de l’Irak.

Assemblés en une vision globale et cohérente, ces tweets forment un tableau de chasse très orienté, mais tout-à-fait riche d’enseignements, surl’EIIL et ils apportent l’un des seuls portraits disponibles de ses dirigeants. Peut-être plus important, au plus fort des combats, le compte est toujours actif, publiant des tweets, il y a encore quelques jours, qui décrivaient, par avance, la stratégie actuelle de Daesh en Irak et dans quelle direction ses plans vont s’orienter au cours des prochaines phases de la guerre.

Assis derrière un écran, quelque part, probablement dans une ville syrienne, aujourd’hui, détenue par les forces rebelles, on trouverait @wikibaghdady Article original, le lanceur d’alertes, qui tient ce compte anti-EIIL. Ce pourrait être un ancien membre de Daesh qui l’a déserté pour rejoindre les rivaux de l’EIIL en Syrie, dont le Front al Nusra, appartenant à Al Qaïda, comme le spéculent certains analystes Article original. Ou alors, « il » pourrait correspondre à plus d’une seule personne, @wikibaghdady Article original servant d’avatar aux efforts d’un groupe visant à saboter l’histoire officielle de l’EIIL et à lui porter des coups sévères pour le faire tomber de son perchoir, tout au sommet du mouvement jihadiste. Quel que soit le cas, @wikibaghdady Article original met l’EIIL en fâcheuse posture, en révélant le vrai nom du dirigeant du groupe et ses alliances profondément sujettes à caution.

Le combat internet de ce gang supposé remonte à la situation en Syrie et à la cruelle rivalité entre les groupes jihadistes, une guerre des gangs, sur l’autorité religieuse et les butins de guerre. Il apparaît comme une réaction à l’approche maximaliste de l’EIIL et aux combats sanglants entre les factions islamistes, qui s’y déroulent.

Brian Fishman, chercheur à la Fondation pour une Amérique Nouvelle et analyste d’EIIL, qui suit ce groupe depuis des années, est prudent quant aux déclarations de @wikibaghdady, mais il qualifie les révélations de ce compte comme « au minimum, celles d’un observateur attentif des évènements en Syrie » et une « source déterminante pour comprendre une stratégie qui devrait faire l’objet d’une enquête approfondie par d’autres moyens ». Une évaluation similaire est faite par Hassan Hassan, analyste de l’Institut Delma à Abu Dhabi et expert des groupes radicaux dans la région. « Ce compte offre, effectivement, uneinformation crédible de l’intérieur, concernant l’EIIL », déclare Hassan, « Mais elle n’est pas complètement exacte… et doit être abordée avec des pincettes ».

Malgré ces mises en garde, @wikibaghdady mérite un examen des plus attentifs – particulièrement au moment où les prochains mouvements de l’EIIL risquent de mener à une conflagration majeure et à un carnage monumental. Et beaucoup de ce que révèle @wikbaghdady a déjà été confirmé par les faits sur le terrain. Les révélations du lanceur d’alertes sur l’alliance de l’EIIL avec les Baathistes Article original, l’ancien parti de Saddam Hussein, sont confirmés par les évènements de la semaine dernière, par exemple. La conquête rapide des villes irakiennes nj’a pas pu résulter d’un effort solitaire ; cette campagne découle de la culture d’un réseau de partenariats, entre des groupes sunnites, incluant, de façon cruciale, le pacte de Daesh avec ses ennemis idéologiques, les Baathistes – ce qui revient de façon insistante et répétée dans les tweets de @wikibaghdady Article original.

—@wikibaghdady ne semble pas motivé par la quête de la vérité, mais agit plutôt comme un mafioso qui se plaint que son fidèle tueur à gages ne joue plus selon les règles. Ce ne sont pas les crimes qui préoccupent l’internaute anonyme, mais la façon dont, ou les motifs pour lesquels ils sont commis. Les critiques du compte se focalisent sur les arrangements intérieurs de l’EIIL, les déceptions et les accordscyniques Article original qu’il manigance pour organiser sa montée en puissance. A côté de l’exposé de la « cuisine interne » du groupe terroriste, il est surtout question de mise en cause de la pureté idéologique islamiste de Daesh et de mise au défi de l’autorité religieuse du groupe.

Qui que soit @wikibaghdady, deux choses sont claires à son propos :

– c’est un Islamiste fervent et chevronné qui a un compte à régler avec Daesh, et c’est quelqu’un de proche du groupe, qui fournit le genre de détails qui ne peut provenir que d’une grande intimité avec les affaires internes de ses dirigeants. Cela ne fait pas de lui une sorte de héros, mais si les mouchards devaient être des Saints, le Département de la Police de New-York serait fermé depuis longtemps.

– Wikibaghdady ne publie pas ses secrets pour infléchir les massacres gratuits de l’EIIL. C’est un Jihadiste convaincu qui mène une politique aux mains sales contre les membres de sa propre cohorte.

@Wikibaghdady est ouvert depuis le 10 décembre 2013, par un premier tweet inscrit comme « Urgent », qui promet de « révéler les secrets de l’organisation de l’Etat Islamique en Irak et au Sham (Levant) ». Pariant sur la mise en scène dramatique du moment, le premier tweet se termine par « Bientôt de retour ».

A travers son histoire secrète de l’EIIL Article original, @wikibaghdady affirme que l’EIIL n’est qu’unmontage frauduleux prétendant au Califat.

Ensuite, le lanceur d’alerte révèle la véritable identité du leader de l’ombre du groupe, connu, jusque-là, uniquement sous le nom d’Abu Bakr Al Baghdadi. Les détails biographiques qu’il en donne correspondent aux informations disponbiles et ont été confirmés par des rapports qui ont suivi, sur la personnalité de Baghdadi, dont le véritable nom est Awwad Ibrahim Bou Badri bin Armoush , né dans la province de Samarra.

Les noms des autres dirigeants du Conseil de l’EIIL, les détails fournis sur la structure de l’organisation, ses montages financiers et les plans pour l’avenir, font l’objet des tweets suivants. En moins d’un milliers de tweets, le compte a livré des détails de grande valeurs, mais si parfois invérifiables, sur l’évolution en cours de Daesh.

« Il » révèle des détails précis de la lutte pour le contrôle du premier cercle de l’EIIL, entre les Commandants Tchétchènes et Saoudiens, les désertions parmi ses combattants et les assassinats de quelques-uns des membres les plus importants de l’EIIL.

Le lanceur d’alertes parle du dirigeant de l’EIIL, et de son combat pour empêcher les désertions, par des mesures comme la confiscation de passeport de tous les Jihadistes étrangers, pour leur interdire de prendre le premier avion.

Une intrigue se déroulant sur Twitter peut paraître triviale, face aux massacres de masse en Irak et aux perspectives de guerre civile régionale, mais elle est significative pour deux raisons : d’abord, parce qu’on en sait si peu sur l’EIIL et son dirigeant Al-Baghdadi que même les récits de parties réglant leurs propres contentieux peuvent ajouter des pièces de valeur à ce puzzle.

Deuxièmement, Twitter est devenu un outil déterminant pour les efforts de financements et de recrutement jihadistes Article original, comme le remarque J.M Berger, expert des groupes extrémistes et de leurs stratégies internet.

Alors que Twitter est devenu une plateforme puissante pour l’EIIL, afin de propager son message à des fans et potentielles recrues, ce média social peut aussi dévoiler les vulnérabilités de l’EIIL et fournir à ceux qui le combattent certains moyens à exploiter. Aux côtés des fervents adeptes de l’EIIL attirés par ses horribles albums photos de massacres, Twitter offre des failles permettant d’attaquer ce groupe et de créer un nouveau front significatif, ouvert aux controverses inter-jihadistes. Pour l’EIIL qui travaille dur pour protéger et cacher ses secrets et transformer la propagande en faits d’armes sur le terrain, les lanceurs d’alerte peuvent devenir une source exponentiellement importante d’information le concernant, lui et d’autres groupes extrémistes.

Une des accusations les plus révélatrices faites par @wikibaghdady – et celle qui apparaît la plus prophétique actuellement, après la prise de contrôle de Mossoul, la seconde ville par ordre d’importance d’Irak – c’est que le cercle décisionnaire de Daesh, scellé par Baghdadi, est dirigé par un ancien colonel baathiste de l’armée de Saddam Hussein, s’appelant Haji Bakr. Selon @wikibaghdady, c’est ce colonel Bakr qui a orchestré l’accession au pouvoir de Baghdadi, après la mort de l’ancien dirigeant de l’EIIL Abu Omar al-Baghdadi, tué en 2010, dans une opération conjointe américano-irakienne à Tikrit.

Cette connexion baathiste a refait surface, la semaine dernière, pendant l’offensive de Daesh en Irak et elle a démontré qu’elle était un aspect crucial de la stratégie du groupe et la clé de voûte de sa capacité actuelle à prendre et conserver l’avantage sur le terrain.


Izzat Ibrahim al-Douri

Le 13 juin, le compte Twitter affichait une “rencontre entre Daesh et l’armée Naqshbandi, près d’al Qayara, au sud de Mossoul, qui s’était déroulée entre des représentants d’Izzat Ibrahim al-Douri et Baghdadi. »

Izzat Ibrahim al-Douri est une figure mythique, parmi les Sunnites d’Irak. Commandant de haut-rang dans l’armée irakienne avant l’invasion américaine, al-Douri est devenu le chef du parti Baath, banni après l’exécution de Saddam Hussein. Il a réussi à échapper à la capture par les forces américaines et irakiennes et a vécu dans la clandestinité depuis lors. Depuis sa disparition, on a eu quelques bribes de la présence fantôme d’al Douri à Mossoul, mais il n’a jamais refait surface publiquement. Maintenant, on le voit diriger l’armée Naqshbandi, formée d’anciens officiers baathistes qui sont la pierre de touche de la coalition sunnite à Mossoul, qui intègre l’EIIL.

Il est clair que cette armée souterraine, sortie de la clandestinité, a joué un rôle essentiel dans le contrôle de la région, malgré la rhétorique autour de la prise de pouvoir-éclair par le seul groupe jihadiste EIIL.

Mais le compte Twitter @wikibaghdady va plus loin : les deux groupes ont signé un pacte qui donne le contrôle d’une nouvelle coalition aux Baathistes irakiens, parce que le monde n’accepterait par que ce soit l’EIIL qui dirige.

Or, les Islamistes et les nationalistes arabes sont des ennemis jurés. Pour des absolutistes, tels que l’EIIL et al-Qaïda, les régimes arabes corrompus et leurs dirigeants sacrilèges sont supposés être les premiers à coller au mur et à fusiller, aux côtés des apostats.

L’ordre Naqshbandi, auquel aurait Daesh aurait consenti qu’il prenne le pouvoir, a réussi à s’affirmer, à la fois comme islamiste et nationaliste, en adhérant au Baathisme et au Soufisme, une minorité musulmane que l’EIIL et tous les autres groupes fondamentalistes considèrent comme hérétique.

Hassan, en étudiant l’alliance entre Jihadistes et Baathistes, affirme : “Je pense qu’il y a un accord entre les représentants de Douri et ceux de Baghdadi en vue d’un partage du pouvoir dans les zones sunnites. Mais un tel accord ne peut que s’écrouler à court ou moyen terme, et on ne pourra assister qu’à une tentative de l’EIIL pour régner de façon absolue sur toutes les zones conquises ». Le fossé semble impossible à combler, tant l’EIIL considère le parti Baath comme une idéologie non-islamique. Une telle alliance ne peut, assurément, pas durer.

Fishman, l’analyste de la Nouvelle Amérique, pense que : “Il y a beaucoup de preuves affirmant que l’EIIL coopère avec l’armée Naqshabandi en Irak, ce qui implique une série d’accords entre al-Baghdadi et al-Douri ». Mais, « ce sont deux choses très différentes que d’avoir besoin d’une alliance militaire pour vaincre, et de partager une vision commune pour gouverner. L’EIIL ne se soumettra pas aux Baathistes. Partout où il a le contrôle, l’EIIL déclare l’indépendance de son Etat Islamiste ».

En affirmant que l’EIIL est redevable à un autre groupe politique ne partageant pas ses objectifs, @wikibaghdady Article original semble avoir voulu provoquer un schisme, sur le terrain de la propagande, entre puristes et pragmatiques. Mais, pour autant que l’actualité puisse servir de guide, cela ne l’arrêtera pas –lui ou ceux qui composent ce groupe d’organisateurs de fuites – dans les révélations sur les sales petits arrangements des Islamistes qui ont conquis leur propre Etat naissant, afin de capter l’attention du monde.

Par Jacob Siegel.

thedailybeast.com Article original

Adaptation : Marc Brzustowski.

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