Les animaux mieux protégés que les femmes
Un code taliban qui institutionnalise la domination
Le nouveau code pénal instauré par les talibans en Afghanistan marque une rupture radicale avec les normes juridiques internationales et confirme l’ancrage idéologique du régime dans une vision ultra-rigoriste de la société. Publié le 7 janvier 2026, ce texte de 119 articles redéfinit les rapports sociaux, familiaux et religieux d’une manière qui relègue les femmes et les minorités à un statut inférieur, tout en réintroduisant des pratiques assimilables à l’esclavage.
L’un des aspects les plus frappants du code réside dans l’échelle des peines prévues. Dans certains cas, les sanctions infligées pour des actes de cruauté envers les animaux dépassent celles prévues pour des violences domestiques graves. La comparaison des peines est explicite : des violences graves infligées à une épouse sont passibles de sanctions plus légères que celles prévues pour des violences contre des animaux. Pour de nombreux observateurs, cette hiérarchie pénale envoie un message explicite sur la place accordée aux femmes dans l’ordre social imposé par les talibans.
Selon plusieurs analystes des droits humains, ce cadre juridique renforce un climat d’impunité pour les violences intrafamiliales. Les restrictions imposées aux femmes – obligation d’être accompagnées, interdiction de travailler dans la majorité des secteurs, contraintes vestimentaires strictes – transfèrent l’ensemble de la responsabilité économique aux hommes, tout en privant les femmes de toute autonomie financière. Cette dépendance forcée accentue les déséquilibres de pouvoir au sein des foyers et favorise la multiplication des abus.
Les conséquences économiques aggravent encore cette situation. Une large majorité de la population afghane vit aujourd’hui dans une pauvreté extrême, avec une insécurité alimentaire chronique. Le taux d’activité des femmes est tombé à un niveau marginal, ce qui empêche nombre d’entre elles de subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Dans ce contexte, l’accès restreint à la contraception, signalé par plusieurs organisations humanitaires, accentue la vulnérabilité des familles déjà fragilisées, tout en exposant les femmes à des risques sanitaires accrus.
Les effets de cette politique se font également sentir dans le secteur de la santé. L’Afghanistan souffre d’un déficit structurel de personnel médical, très en deçà des standards internationaux. L’exclusion massive des filles de l’enseignement secondaire et supérieur compromet la formation de futures infirmières, médecins et sages-femmes, alors même que les besoins sont criants. Les professionnelles encore en poste font face à des pressions constantes, à des salaires inférieurs à ceux des hommes et à des conditions de travail de plus en plus précaires.
Lors de catastrophes récentes, notamment des séismes meurtriers, ces restrictions ont eu des conséquences directes sur les opérations de secours. Le manque de personnel féminin a entravé l’accès à certaines victimes, en raison de normes culturelles strictes imposant une séparation des sexes. Les organisations humanitaires, contraintes de financer des accompagnateurs masculins, voient leurs ressources détournées au détriment de l’aide directe aux sinistrés.
Au-delà des femmes, le code pénal introduit une insécurité juridique généralisée. Les lois, souvent vagues ou contradictoires, autorisent des châtiments corporels pour des comportements aussi larges que la danse, la participation à des événements culturels ou l’expression religieuse non conforme. L’obligation de se conformer à une interprétation exclusive de l’islam sunnite alimente également les tensions confessionnelles et fragilise les minorités.
Enfin, plusieurs signaux inquiètent la communauté internationale quant à l’évolution sécuritaire du pays. Des informations concordantes suggèrent que l’Afghanistan pourrait redevenir un sanctuaire pour divers groupes extrémistes, profitant d’un environnement juridique et politique permissif. Pour de nombreux experts, la combinaison d’un isolement international, d’un cadre légal répressif et d’une crise humanitaire durable fait peser des risques qui dépassent largement les frontières afghanes.
Jérémie de Jforum.fr
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