L’Arabie Saoudite et l’Autorité Palestinienne : les liens se distendent.
Abbas ne pourra bientôt plus prétendre à la nationalité jordanienne. Il devrait adopter la citoyenneté qatarie, lors de la retraite dorée qu’il prévoit à Doha
La crise que Mahmoud Abbas a alimlenté, au cours de ces dernières semaines, à l’égard du « Quartet Arabe » (l’Egypte, la Jordanie, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis), après avoir rejeté leur requête en réconciliation avec son pire adversaire, Mohammed Dahlan, laisse des séquelles sur les relations entre l’Autorité Palestinienne et ces quatre pays.

Le Roi SaoudienSalmanrecevant une peinture de Jérusalem des mains du Président Abbas dans son Palais de Jeddah en Juin, 2016.
L’Egypte organise des conférences universitaires et économiques pour d’importantes personnalités de la Bande de Gaza, indépendamment de l’AP. Elle tente d’ouvrir régulièrement le passage de Rafah, durant quelques jours chaque mois et envisage d’instaurer une zone de libre échange à Rafah – tout cela comme geste en faveur de Dahlan et dans le but de stimuler et renforcer son statut dans le cadre de la guerre de succession en cours.
La Jordanie, également, a exprimé sa colère contre le comportement d’Abbas.
Le journal Ra’i Al-Yawm a révélé le 11 novembre 2016, que la Jordanie envisage ce révoquer la citoyenneté et les passeports jordaniens de 22 individus membres de ‘Autorité Palestinienne – à commencer d’abord et avant tout par Abbas- dans le cadre de la révision de sa politique, afin de répliquer aux récentes ouvertures d’Abbas envers la Turquie et le Qatar, sans la moindre consultation avec la Jordanie.
Il n’y a encore pas de véritable rupture entre Abbas et le « Quartet Arabe ». Pourtant les commentateurs du monde arabe n’écartent pas l’éventualité qu’Abbas, à cause de son comportement, pourrait perdre toute légitimité aux yeux des pays arabes.
Où sont passés les financements?
Un des facteurs qui préoccupe gravement l’AP est le retard de versement par l’Arabie Saoudite de l’argent de l’aide promise à l’Autorité.
Jibril Rajoub, membre du Comité Central du Fatah, qui se perçoit aussi comme le successeur désigné d’Abbas, a été interviewé le 11 novembre 2016 sur la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen. Il a démenti les reportages signalant une relation évidente entre le retard pris par l’aide saoudienne à l’AP et la rebuffade d’Abbas envers le Quartet Arabe, qui a exigé de lui qu’il restaure le statut de Dahlan.
« C’est une pure question de logistique et rien de plus », a prétendu Rajoub.

Mahmoud Abbas et Muhammed Dahlanpar le passé(Al Sawt)
L’Arabie Saoudite a suspendu ses promesses de don à l’AP depuis au moins sept mois. L’aide est supposée se monter à 20 millions de £ par an ; les Saoudiens ont donc à présent une dette (de retard) envers les Palestiniens qui s’élève à 140 millions de $.
L’Arabie Saoudite est le plus grand contributeur arabe dans les coffres de l’AP. Jusqu’à 2014, les Saoudiens ont offert une somme de 14 millions de $ par mois ; elle a ensuite élevé cette somme à un total de 20 millions mensuels.
L’aide financière des Saoudiens constitue un tiers du budget annuel de l’AP. Si cette interruption se poursuit, alors, à la fin de l’année, l’AP pourrait plonger dans un déficit budgétaire et dans une crise financière où elle serait incapable de payer les salaires de ses hauts-fonctionnaires et bien qu’elles soit déjà prise dans une instabilité croissante.
L’Arabie Saoudite a bien suspendu son aide à l’AP avant le début de la controverse concernant Dahlan. Cependant, malgré les prétentions de Rajoub, disant que l’Arabie saoudite ne soutient pas Dahlan, des personnalités de haut rang du Fatah disent que la rupture de l’aide saoudienne vise à exprimer le désagrément causé par le comportement d’Abbas.
Une source importante du Fatah dit que ce que cela implique en définitive, « c’est la valeur politique de l’argent » que l’Arabie Saoudite utilise comme levier pour faire pression sur Abbas, dans le cadre d’une politique de la caroote et du bâton envers l’AP et son dirigeant.
Il y a d’autres raisons pour ce retard d’aide. La guerre que mène l’Arabie Saoudite contre les rebelles Houtis au Yémen a entraîné de grandes dépenses pour le royaume.
Le royaume est aussi aux prise avec une crise financière provoquée par le déclin de 60 % des prix du pétrole brut, le prix du baril yaant plongé de 120 à 50 $.
Selon des sources arabes, l’Arabie Saoudite veut disposer d’une influence plus grande sur la question palestinienne et un futur accord avec Israël. Elle a récemment essayé de ranimer l’Initiative de Paix Arabe et d’y apporter des modifications par l’entremise du Président égyptien Al Sissi. Abbas, cependant, a totalement rejeté l’initiative égyptienne et adhéré uniquement à l’Initiative française, censée convoquer une Conférence Internationale sans les Israéliens avant la fin de l’année.
L’Arabie Saoudite s’inquiète aussi des tentatives d’Abbas de courtiser l’Iran ; elle veut qu’il renforce la coopération avec Riyad sur les questions régionales. Les Saoudiens sont restés très perplexes devant la visite d’Abbas à Ankara, en Turquie et à Doha au Qatar, il y a deux semaines, la considérant comme un acte de défiance à l’encontre du Quartet Arabe. La visite, cependant, n’a mené à aucune percée dans les relations entre le Fatah et le Hamas, -dont les QG se trouvent dans ces deux pays des Frères Musulmans- et elle a finalement échoué.
Les sources de l’AP affirment que le refroidissement des relations entre l’Arabie et l’AP n’est que temporaire et que les Saoudiens vont finir par renouveler l’aide à l’AP, parce qu’ils ne veulent pas qu’elle s’effondre.
Il est possible, cependant, que les Saoudiens lient ce renouvellement de l’aide aux conditions qu’ils fixeront à Abbas.
l’interruption de l’aide continue d’affaiblir encore plus Abbas, dont le statut est précaire parmi la population palestinienne et elle sape son soutien au Fatah. Abbas, cependant, est déterminé à faire tout ce qu »il faut, afin d’assurer un « passage sécurisé » pour lui-même et les membres sa famille, lorsqu’il se retirera de la vie politique et qu’il partira vivre au Qatar, terre promise de la Cause Palestinienne. Il parie sur le fait que l’Arabie Saoudite finira bien par combler le fossé entre elle et lui, de façon à être perçu comme n’ayant pas abandonné la Cause Palestinienne en préparant son exil doré au soleil et comme étant celui qui aura secouru l’AP au bord de la faillite financière totale.
Adaptation : Marc Brzustowski
Voir également : Les droits de succession de la dynastie Abbas © [Panama’s Paper]
Saudi Arabia and the Palestinian Authority – Ties Are Fraying
![]() |
![]() |







































Le fils d’Abbas est milliardaire.