L’Église d’Angleterre va-t-elle accuser Israël de génocide ?

L’organe législatif de l’Église d’Angleterre a adopté une motion demandant aux églises du pays d’examiner un document rédigé par des chrétiens palestiniens, accusant Israël de génocide. Ce texte, intitulé « Moment of Truth : Faith in a Time of Genocide » ou « Kairos II », dénonce la politique israélienne à Gaza comme un génocide et qualifie Israël d’« entreprise coloniale bâtie sur le racisme ». Il dénonce également des décennies d’« occupation », d’« apartheid » et de « colonialisme de peuplement ». Si ce vote n’impose pas ces accusations comme doctrine officielle, il invite à reconnaître ce document comme une expression sincère de l’expérience des chrétiens palestiniens et à l’étudier pour mieux comprendre le conflit israélo-palestinien.

Cette décision a provoqué une vive réaction des communautés juives britanniques. Le grand rabbin Sir Ephraim Mirvis a appelé à rejeter cette motion, jugeant le document « extrêmement préoccupant » et susceptible de compromettre des décennies d’efforts pour des relations harmonieuses entre chrétiens et juifs. Il a dénoncé la présence de nombreux mensonges dans ce texte. De son côté, le président du Board of Deputies of British Jews, Phil Rosenberg, a qualifié l’adoption de la motion de « hautement problématique », soulignant que les mensonges et déformations du document, notamment l’effacement de l’identité juive, ne font qu’aggraver les divisions sans contribuer à une résolution du conflit.

L’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, a reconnu la complexité de la situation lors de l’ouverture des débats. Elle a exprimé sa compassion pour la souffrance des chrétiens palestiniens, tout en prenant en compte les préoccupations des représentants juifs. Elle a réaffirmé l’opposition de l’Église à l’antisémitisme et son engagement pour la sécurité des Israéliens et des Palestiniens. Cette démarche intervient après la visite de Mullally en Cisjordanie en juin, où elle a rencontré des communautés chrétiennes palestiniennes et promis d’œuvrer pour la paix et la liberté.

Cette controverse s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour des accusations de génocide contre Israël, notamment après que le pape Léon XIV a soutenu l’ouverture d’une enquête sur les actions israéliennes à Gaza. La décision du Synode de l’Église d’Angleterre marque un tournant dans la manière dont les institutions chrétiennes britanniques abordent le conflit israélo-palestinien, suscitant un débat intense sur la vérité, la mémoire et la réconciliation entre communautés.

La motion ne modifie pas officiellement la position doctrinale de l’Église, mais elle ouvre la porte à une réflexion approfondie sur un document qui divise profondément. Les réactions montrent l’importance des enjeux diplomatiques et interreligieux liés à ce conflit, ainsi que la difficulté de concilier reconnaissance des souffrances et respect des identités. Le débat au sein de l’Église d’Angleterre pourrait avoir des répercussions sur les relations entre chrétiens et juifs au Royaume-Uni et au-delà.

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