Après avoir lu la brillante critique de Christophe Aubert sur « le dernier des Juifs », celle de Caroline Fourest me conforte dans l’idée que c’est le film que j’irai voir avec mon fils.

« Quand vous n’arrivez plus à trouver les mots, qu’ils vous semblent trop usés. Quand les politiques que vous rencontrez, si déterminés soient-ils, vous font penser à des matelots écopant le Titanic avec une cuillère en carton. Quand les professeurs les plus dévoués ressemblent à des pompiers de papier, ­chargés d’éteindre un incendie avec des pistolets à eau. Quand vous n’arrivez plus à imaginer une école qui puisse, malgré les parents et les téléphones portables, remettre les cœurs et les cerveaux à l’endroit… Il vous reste, toujours, la possibilité d’aller au cinéma. Et de rêver qu’un créateur ait trouvé la clef, dans un coin, pour s’abriter du déluge, de ­l’incendie, de la peste ou du choléra.
Ce film existe. Courez le voir dès sa sortie, le 24 janvier. Il a bien failli ne jamais voir le jour, à cause du 7 octobre et de la peur, et se montre dans trop peu de salles, quand la France entière doit le voir. Il a aussi failli changer de titre, et s’appeler Le Dernier… tellement Le Dernier des Juifs, de nos jours, c’est compliqué. Et pourtant, on y rit, beaucoup, avant d’en pleurer. Un vrai bijou.
Le premier film comme réalisateur de Noé Debré, scénariste de génie. L’histoire de Bellisha, 27 ans, antihéros nonchalant, doux et déglingué… qui fait croire à sa mère, malade et dialysée, chez qui il vit toujours, que tout va bien dans leur vie de banlieue. Le magasin casher n’a pas fermé (il a pris le poulet au halal), il s’entraîne au krav maga (plutôt à rêver sur un banc), et si l’électricien n’est jamais venu, ce n’est pas à cause de la mezouzah sur la porte… Car Bellisha (irrésistible Michael Zindel) n’en veut à personne et ne veut surtout pas s’en aller. C’est le dernier à y croire. Et à nous donner envie d’y croire. Quand sa mère, bouleversante par la grâce d’Agnès Jaoui, râle depuis son balcon, mais ne rêve que de mourir en paix ici, et non en Israël, après avoir quitté l’Algérie. Il y a du Tati et du Gary, de La Vie devant soi, dans ce film. Pas la moindre trace de haine ni de pamphlet, juste des kilos de tendresse, à faire fondre un antisémite au soleil.
À Sarcelles, où le film a été montré, des mamans de toutes les couleurs ne voulaient qu’une chose : que le petit Bellisha et sa mère restent. À la fin, en chialant sur du Enrico Macias (eh oui…), j’ai repensé à la première fois qu’une amie juive m’a dit retirer son fils de l’école publique, il y a vingt ans. Au traumatisme d’une famille juive vivant dans l’immeuble de Bagneux où la cave a servi à torturer Ilan Halimi. À ces conférences passées à rassurer des Français pressés d’aller vivre en Israël après les attentats. À ceux que j’ai retrouvés à Tel-Aviv, toujours inquiets, malgré leur alyah. Aux cousins d’Agnès Jaoui pris en otages et à tous les ­kibboutz massacrés le 7 octobre. À mes amis qui doivent retirer leur mezouzah des portes. J’ai pleuré et j’ai pensé que si on le ­voulait très fort, si on continuait à faire des films comme ça, à les montrer dans tous les quartiers de France, on retrouverait peut-être le goût de vivre ensemble. « 

Caroline Fourest  Franc Tireur
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