Le choix impossible des Palestiniens: Fatah ou Hamas

par Bassam Tawil

Les Palestiniens restent pris au piège entre deux mauvais choix : l’Autorité palestinienne (AP) dominée par le Fatah et le groupe terroriste Hamas soutenu par l’Iran.

Les Palestiniens ont essayé les deux.

Il en a résulté la corruption, l’autoritarisme, la répression politique, le terrorisme, la violence, la division et, en fin de compte, d’immenses souffrances pour le peuple palestinien.

Pourtant, alors que les Palestiniens se préparent à de nouvelles élections parlementaires, on leur propose une fois de plus le même choix politique.

La dernière querelle entre le Fatah et le Hamas illustre bien le problème.

Majed Faraj, directeur du Service général de renseignement de l’Autorité palestinienne, a récemment appelé le Hamas à présenter des excuses au peuple palestinien pour la catastrophe qui le frappe depuis l’invasion d’Israël par le Hamas le 7 octobre 2023. Faraj, récemment élu membre du Comité central du Fatah, organe décisionnel clé, a déclaré que ces excuses devraient être une condition préalable à tout retour du Hamas à la vie politique palestinienne.

À première vue, exiger des comptes du Hamas peut sembler raisonnable. Le Hamas a lancé l’attaque du 7 octobre, au cours de laquelle 1 200 Israéliens et ressortissants étrangers ont été tués et plus de 250 personnes enlevées et prises en otages. Cette attaque a déclenché une guerre dévastatrice dont les conséquences ont été catastrophiques pour les Palestiniens de la bande de Gaza.

Il y avait cependant un élément révélateur dans la demande de Faraj. Il n’a pas exigé que le Hamas présente des excuses aux familles des Israéliens et des ressortissants étrangers assassinés par le groupe terroriste le 7 octobre et les jours suivants, ni aux otages survivants. Il a seulement demandé au Hamas de présenter des excuses aux Palestiniens pour le désastre qu’ils avaient subi.

Cette distinction est révélatrice. Pour de nombreux dirigeants palestiniens, le principal problème du 7 octobre n’est pas ce que le Hamas a fait à ses victimes israéliennes et étrangères, mais ce qui est arrivé aux Palestiniens par la suite.

Sans surprise, le Hamas a rejeté la demande de Faraj. Bassem Naim, haut responsable du Hamas, a rétorqué que si le Hamas devait présenter des excuses pour le 7 octobre, le Fatah et le défunt président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat, devraient également s’excuser pour les « catastrophes » qui ont frappé le peuple palestinien au fil des décennies.

Naim faisait très probablement référence à des épisodes majeurs de l’histoire palestinienne, notamment le conflit de Septembre noir en Jordanie en 1970-1971, lorsque l’OLP a tenté de renverser le gouvernement du roi Hussein de Jordanie, qui a finalement expulsé l’OLP de Jordanie ; l’instigation par l’OLP de la guerre civile libanaise entre 1975 et 1990 ; et la guerre du Golfe de 1990-1991, en particulier la décision d’Arafat de s’allier au dirigeant irakien Saddam Hussein lorsque l’Irak a envahi le Koweït, alors même que pendant des décennies, le Koweït avait généreusement accueilli et employé des centaines de milliers de Palestiniens.

Ces initiatives hostiles ont entraîné de graves conséquences pour l’OLP et les Palestiniens, notamment la perte du soutien financier et politique des États du Golfe et l’expulsion d’environ 400 000 Palestiniens du Koweït.

En résumé, la réponse du Hamas au Fatah de l’Autorité palestinienne était essentiellement : si nous sommes coupables, vous l’êtes aussi.

Cette réaction illustre le problème fondamental de la politique palestinienne. Le Fatah dénonce les crimes et les échecs du Hamas. Le Hamas dénonce les crimes et les échecs du Fatah. Chaque camp exige des comptes de l’autre tout en refusant d’examiner sérieusement son propre bilan.

Le Hamas et l’Autorité palestinienne doivent présenter d’innombrables excuses au peuple palestinien, ainsi qu’aux Israéliens et aux autres victimes. Ils doivent s’excuser pour la corruption et la mauvaise gestion. Ils doivent s’excuser pour leur incapacité à bâtir des institutions transparentes et responsables. Ils doivent s’excuser pour la répression de la dissidence et de la liberté d’expression, ainsi que pour la persécution des opposants politiques, des journalistes, des militants des droits humains et des critiques. Ils doivent s’excuser pour avoir systématiquement rejeté les compromis et les initiatives de paix, et pour les politiques qui ont contribué à des décennies de conflit israélo-palestinien. Ils doivent s’excuser pour leur incapacité à utiliser l’aide internationale afin de construire une économie et des institutions fonctionnelles au service des Palestiniens. Ils doivent à leur peuple une explication sincère quant aux raisons pour lesquelles les Palestiniens demeurent divisés entre deux gouvernements rivaux et privés d’un système politique démocratique fonctionnel.

Le moment choisi pour ce dernier différend est particulièrement significatif.

Cette décision intervient moins de deux mois avant les élections législatives prévues le 28 novembre. Le Hamas a décidé d’y participer, bien qu’il n’ait pas encore annoncé sa liste électorale ni ses candidats.

Les informations selon lesquelles le Hamas pourrait participer par le biais de candidats affiliés, non identifiés officiellement ni ouvertement comme appartenant au Hamas, soulèvent des questions encore plus graves. Si cela s’avérait exact, un tel arrangement permettrait au Hamas de réintégrer la vie politique palestinienne par des voies détournées.

Le vice-président de l’Autorité palestinienne, Husein al-Sheikh, a récemment déclaré à des journalistes palestiniens que la participation du Hamas prendrait une autre forme et qu’il ne participerait pas sous son nom ni sa structure actuels. Il a affirmé que le Hamas avait conclu un accord avec les États-Unis pour ne pas participer à la vie politique palestinienne sous sa forme actuelle. Al-Sheikh a évoqué la possibilité que des personnalités affiliées au Hamas participent dans un nouveau cadre politique.

Alors, au lieu de changer ses objectifs – gouverner brutalement Gaza et détruire Israël – le Hamas va simplement changer son « nom, sa structure et son cadre » ?

Changer l’étiquette ne change pas l’organisation. Un candidat affilié au Hamas ne cesse pas de l’être simplement parce que le mot « Hamas » n’apparaît pas à côté de son nom sur le bulletin de vote.

Une telle manœuvre transformerait l’élection en une fiction politique : le Hamas pourrait obtenir une représentation parlementaire tout en évitant les conséquences politiques d’une candidature ouverte. Autoriser le Hamas – déguisé ou non – à participer aux élections reviendrait également à légitimer ce groupe terroriste sans exiger de lui une transformation fondamentale.

Ce serait une grave erreur. Les Palestiniens ont déjà vu ce qui se passe lorsque le Hamas accède au pouvoir politique.

Lors des élections législatives de 2006, le Hamas a remporté une victoire éclatante sur le Fatah. Ces résultats ne s’expliquaient pas uniquement par la popularité du Hamas ; ils reflétaient également la frustration généralisée des Palestiniens face à la corruption, l’incompétence, les divisions internes et l’incapacité du Fatah à instaurer une bonne gouvernance.

Si les mêmes conditions qui ont permis au Hamas de gagner persistent, de nouvelles élections pourraient tout simplement reproduire le même schéma. C’est pourquoi l’Autorité palestinienne ne peut se présenter de manière crédible comme la solution au Hamas. Le Hamas est néfaste, certes, mais qui a dit que l’Autorité palestinienne était meilleure ?

L’Autorité palestinienne demeure dominée par une direction vieillissante qui a maintes fois échoué à instaurer une véritable responsabilité démocratique. Les Palestiniens subissent la corruption, la répression politique et l’absence de véritable renouveau politique.

Depuis près de vingt ans, le Fatah et le Hamas s’affrontent, arrêtent leurs partisans respectifs et s’accusent mutuellement de trahir la cause palestinienne. Pourtant, aucun des deux n’est parvenu à instaurer un système politique au service du peuple palestinien. Aujourd’hui, ils se préparent à briguer de nouveau des sièges au Parlement.

Il ne faut pas pour autant nourrir un optimisme excessif. Au final, le nouveau parlement pourrait une fois de plus être dominé par les fidèles d’Abbas et du Fatah d’une part, et par des personnalités affiliées au Hamas d’autre part.

Où est l’alternative ?

Par le passé, une « Troisième Voie » a été proposée aux Palestiniens. L’ancien Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, s’est présenté aux élections de 2006 à la tête de la liste de la Troisième Voie. Celle-ci n’a obtenu que deux sièges. Fayyad incarnait un modèle radicalement différent de celui du Fatah et du Hamas. Il était associé à la construction d’institutions, au développement économique, à la réforme administrative et à l’engagement international, plutôt qu’à la lutte armée.

Fayyad a néanmoins élaboré un « plan Fayyad » visant à une prise de contrôle clandestine de la Cisjordanie par les Palestiniens, apparemment dans le but de créer un État palestinien sur des terres dont les Palestiniens avaient accepté qu’elles fassent l’objet de négociations. Ce plan consistait à établir illégalement des « faits sur le terrain » en zone C – des terres qui, de l’avis des deux parties, sont sous contrôle israélien et en attente de négociations.

Le problème est le suivant : que se passe-t-il si l’une des parties négociatrices décide de ne jamais se présenter à la table des négociations ? L’autre partie est-elle censée maintenir le statu quo indéfiniment, au cas où l’autre partie changerait d’avis un jour ?

Le plan Fayyad, fondé sur l’accaparement des terres, était financé en grande partie par l’Union européenne, dont les membres ne semblent rien voir de mal à s’emparer illégalement de terres ou à entreprendre des « constructions illégales », pourvu que ces terres appartiennent aux Juifs.

Fayyad n’a pas passé des années dans une prison israélienne. Il n’a pas incité son fils à attaquer Israël. Il a étudié à l’Université du Texas à Austin.

Dans la culture palestinienne, obtenir un diplôme d’une prison israélienne confère un prestige politique supérieur à celui d’un diplôme d’une université américaine. C’est précisément cette culture qu’il faut changer.

Les Palestiniens ont besoin d’une véritable troisième voie, et non d’une simple faction de plus sous un autre nom. Ils ont besoin de dirigeants prêts à remettre en question la culture politique profondément enracinée du Fatah et du Hamas. Ils ont besoin de dirigeants qui croient que l’intérêt national palestinien prime sur les intérêts factionnels. Ils ont besoin de dirigeants disposés à lutter contre la corruption, à rejeter l’autoritarisme, à protéger la liberté d’expression, à bâtir des institutions fonctionnelles et à mettre fin à la glorification de la violence.

Avant tout, les Palestiniens ont besoin de dirigeants suffisamment courageux pour dire à leur peuple une vérité qui dérange : il ne peut y avoir de véritable progrès tant que le choix politique reste limité au Fatah et au Hamas, et que l’objectif principal de ces deux groupes demeure l’anéantissement d’Israël.

Les Palestiniens n’ont pas besoin d’une nouvelle confrontation électorale entre le Fatah et le Hamas. Ils ont besoin de se libérer de ce monopole politique.

Bassam Tawil est un Arabe musulman installé au Moyen-Orient. Son travail est rendu possible grâce au généreux don d’un couple souhaitant garder l’anonymat. Gatestone leur en est très reconnaissant.

JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Sur la photo : le chef du Hamas, Khaled Mashaal (à droite), et le président de l’AP, Mahmoud Abbas (à gauche), sont reçus par l’émir du Qatar de l’époque, le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, lors d’une cérémonie à Doha, au Qatar, le 6 février 2012. (Photo AFP via Getty Images)

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