L’attentat de Berlin change t-il la donne?
Est-ce que l’attentat de Berlin va changer la donne pour l’Europe et l’Allemagne? Il est facile d’apporter une réponse à la première question. L’Union Européenne est loin d’être une société uniforme. Un attentat terroriste en Allemagne, en France ou en Belgique n’impacte pas de manière significative l’humeur des populations des autres pays qui les entourent. En ce qui concerne l’Allemagne, un changement radical d’attitudes peut, probablement, n’être atteint qu’à la suite d’une plus longue période de temps à cause de bien d’autres incidents.
La Chancelière allemande Angela Merkela montré une grande persévérance face à une opposition forte à sa politique de bienvenue envers les réfugiés. L’attentat terroriste de Berlin par le Tunisien Anis Amri, dans lequel 12 personnes ont perdu la vie et 48 ont été blessés, est un incident qui se situe dans un enchaînement, dont plusieurs ont été facilités par la politique d’ouverture des frontières.
Cette série comprend une attaque en juillet à Munich par un Allemand originaire d’Iran, qui a tué neuf personnes[1]. Les incidents majeurs, auparavant, ont été relévés par les agressions sexuelles de masse à Cologne et dans une série de villes allemandes lors des festivités du Nouvel An en 2016[2]. Il y a aussi eu d’autres meurtres et une série d’attentats déjoués, ainsi que des arrestations de planificateurs d’attentats terroristes. On en est même venu à devoir arrêter un agent devenu Musulman radical en travaillant au sein même des services Secrets allemands [3].
Pour évaluer les aspects d’un changement des règles du jeu après les meurtres de Berlin, on doit se rappeler du temps qu’il a fallu aux Etats-Unis pour changer d’attitude depuis le 11 Septembre 2001, avec ses près de 3.000 morts. De nos jours, les stéréotypes employés par Trump dans ses positions anti-musulmanes, sont aussi une conséquence de long terme du 11/9 et d’un certain nombre d’autres meurtres commis au nom de l’Islam.
Dans le cours de l’année précédente, j’ai éprouvé des expériences bizarres lors de conférences devant cdes groupes allemands visitant Israël. On m’a fréquemment demandé si je pouvais expliquer ce qui avait motivé la politique des Frontières Ouvertes de Merkel et son affirmation que : « Nous réussirons »(wir schaffen das). Les visiteurs disaient qu’ils n’avaient pas, par eux-mêmes été capables de discerner une logique quelconque qui guiderait cette politique.
J’ai alors répété les trois motivations possibles que j’avais publiées en septembre 2015, peu de temps après que Merkel ait annoncé sa politique de bienvenue aux réfugiés[4]. Aujourd’hui, nous pouvons constater que les conséquences de ces trois motifs pris ensemble n’ont eu aucun résultat positif ou ou même plutôt des résultats contre-productifs.
La première raison que je donnais était que Merkel cherchait à offrir une preuve ultime que l’Allemagne avait changé et que cette nouvelle Allemagne avait totalement pris ses distances avec l’image forgée par le Nazisme. En contraste saisissant avec le pays qui a chassé ou massacré ceux qu’il définissait comme étrangers, la nouvelle Allemagne se destinait à offrir à accueil chaleureux aux immigrés du tiers-monde.
Une conséquence majeure de l’afflux de réfugiés a,été, cependant, l’augmentation dans l’incitation d’extrême-droite autant que la croissance rapide du Parti AfD anti-Islma. Dans tous les sondages précédant les meurtres de Berlin, on découvre qu’il est devenu le troisième plus important parti en Allemagne. Ses taux dans les sondages entre 10 et 15%, s’élèvent bien au-dessus des partis des Verts et du Parti de Gauche et bien au-dessus du vieux parti libéral de l’establishment,le FPD[5]. En outre, une majorité croissante d’Allemands pensent que l’intégration des réfugiés va échouer[6].
La deuxième raison probable que j’avais donnée à la pique d’accueil, c’est le taux faible de naissances en Allemagne[7]. Sans immigration, on s’attend à ce que la population du pays décline bien plus bas que les 81 millions d’habitants actuels. Cela débouchera sur une pénurie de main d’oeuvre valide de jeunes gens qui sont nécessaires à la force de travail et pour prendre soin générations précédentes. Nous ne savons pas combien de réfugiés ont atteint l’Allemagne depuis septembre 2015, en partie parce que la plupart n’est pas forcément enregistrée, mais estimations se situent au-delà du million[8]. Il n’est pas clair de savoir si les bénéfices globaux apportés par ces migrants pour le pays seront supérieurs aux problèmes qu’une partie d’entre eux va provoquer (et a déjà largement commencé à le faire).
La troisième raison que j’avais donnée était que le mentor de Merkel, l’ancien Chancelier Démocrate-Chrétien Helmut Kohl, est resté dans l’histoire grâce à sa courageuse décision d’unifier l’Est et l’Ouest de l’Allemagne[9]. Merkel a eu une remarquable carrière en tant que Chancelière depuis 2005; Réélue deux fois déjà, elle n’a cependant pas encore produit une action exceptionnelle qui l’inscrirait dans l’histoire de la nation. Probablement dû aux conséquences dévastatrices de sa politique en faveur des réfugiés, il est probable qu’entrera, en effet, dans l’histoire, mais plutôt avec une connotation plus négative que l’inverse.
Peu de temps après les meurtres de Berlin, de nombreuses suggestions ont fait surface, dans le but de remédier à la situation. Quelques-unes concernent de meilleures politiques d’intégration, le renforcement des services de renseignements, installer plus de caméras dans les lieux publics, accro les effectifs de police et lui fournir de bien meilleurs équipements[10], ainsi que lui donner de meilleurs appuis politiques[11].
Il reste deux questions, pour lesquelles l’Allemagne devrait tirer des enseignements si elle le peut, à la fois du référendum sur le Brexit et à propos de l’élection de Dd Trump : le besoin de contrôller ses frontières et d’héberger le moins possible de migrants illégaux. Pour réaliser cela, il faudra abandonner, ou limiter de façon drastique, l’actuel accord d’ouverture des frontières de Schengen avec les pays européens voisins.
D’habitude, les Juifs sont les premiers à sentir les effets pervers d’une vaste immigration provenant des pays musulmans qui connaissent de forts pourcentages d’antisémitisme[12]. Ce qui leur arrivera, alors, est souvent le miroire grossissant de ce qui est sur le point d’arriver aux autres. Ces craintes ont été exprimées à la fois par les dirigeants Juifs Allemands et par certains commentateurs Juifs de l’actualité à l’étranger[13] [14]. Pourtant, dans ce cas, cela ne s’est pas produit. A la différence de la France et de la Belgique, les Juifs d’Allemagne n’ont pas été la première cible frappée. Les agressions sexuelles de Cologne et les différents attentats terroristes, dont ceux de Munich et Berlin, se sont effectués au hasard. Ils ne visaient pas spécifiquement les Juifs, mais les Allemands dans leur ensemble. devra attendre et voir s’il s’agit du début d’une nouvelle tendance.
Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.
Adaptation : Marc Brzustowski.
———————————–
[1] www.theguardian.com/world/2016/jul/22/munich-shopping-centre-evacuated-after-reported-shooting-germany
[2] www.isranet.org/manfred-gerstenfeld-german-sex-assaults-europeans-cannot-learn-jews
[3] www.washingtonpost.com/world/europe/arrested-german-spy-was-a-onetime-gay-porn-actor–and-a-secret-islamist/2016/11/30/57c44f1e-e068-4307-8ddf-848fda772306_story.html?utm_term=.ddc4a0d523b7
[4] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/17860
[5] www.politico.eu/article/far-right-afd-hits-new-highs-in-germany-wide-poll-state-elections/
[6] www.welt.de/politik/deutschland/article160597281/Immer-weniger-Deutsche-glauben-an-Integrationserfolg.html
[7] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/17860
[8] www.bbc.com/news/world-europe-34131911
[9] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/17860
[10]www.spiegel.de/politik/deutschland/anschlag-in-berlin-deutsche-wollen-mehr-kameras-an-oeffentlichen-plaetzen-a-1127482.html
[11] www.welt.de/politik/deutschland/article160599160/Polizeibeschaeftigte-wenden-sich-von-etablierten-Parteien-ab.html
[12] http://kantorcenter.tau.ac.il/sites/default/files/general-analysis-09.pdf
[13] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/17860
[14] www.algemeiner.com/2015/10/30/immigration-antisemitism-and-the-future-of-european-democracy/
![]() |
![]() |






































