Bagdad : le premier ministre irakien sort indemne d’une attaque au « drone piégé ».

La résidence de Mustafa Al-Kadhimi a été visée dans la nuit de samedi à dimanche, dans la « zone verte » de la capitale irakienne. Le premier ministre appelle au calme, alors que les Etats-Unis condamnent un « acte apparent de terrorisme ».

Ses services parlent d’une « tentative d’assassinat ratée ». Le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi, « n’a pas été blessé » lors d’une attaque commise dans la nuit du samedi 5 au dimanche 6 novembre au moyen d’un « drone piégé » qui a visé sa résidence dans la « zone verte » de Bagdad, a fait savoir son cabinet.

« Je vais bien, Dieu soit loué, et j’appelle au calme et à la retenue de la part de tous pour le bien de l’Irak », a écrit M. Kadhimi sur Twitter peu de temps après cette annonce. « Ma résidence a été la cible d’une agression lâche. Dieu soit loué, je vais bien, ainsi que ceux qui travaillent avec moi », a-t-il ensuite déclaré dans une courte vidéo où on le voit assis à un bureau, vêtu d’une chemise blanche. « Les lâches missiles et drones ne construisent pas les nations. »

Cette attaque n’a pas été revendiquée. Selon une source sécuritaire, « deux gardes du corps ont été blessés » ; on ne connaît pas la gravité de leurs blessures. Un peu plus tôt, deux sources sécuritaires ont affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) qu’une « roquette » s’était abattue sur la maison de M. Al-Kadhimi dans la « zone verte », un périmètre ultraprotégé situé en plein cœur de la capitale irakienne et qui abrite également l’ambassade américaine et des bâtiments gouvernementaux.

Sur des photos diffusées par son cabinet, on pouvait voir des dégâts matériels : une porte en bois gisait, des gravats parsemaient le sol et des escaliers extérieurs étaient endommagés.

Les Etats-Unis offrent leur assistance

Les Etats-Unis ont rapidement condamné cette attaque – la première à viser la résidence de M. Al-Kadhimi, au pouvoir depuis mai 2020. « Nous sommes soulagés d’apprendre que le premier ministre est indemne. Cet acte apparent de terrorisme, que nous condamnons fortement, visait le cœur de l’Etat irakien », a affirmé dans un communiqué le porte-parole du département d’Etat, Edward « Ned » Price. « Nous sommes en contact étroit avec les forces de sécurité irakiennes chargées de faire respecter la souveraineté et l’indépendance de l’Irak et avons offert notre assistance dans l’enquête sur cette attaque », a-t-il ajouté.

A la suite de l’attaque, les forces de sécurité ont été déployées en nombre à l’intérieur de la « zone verte » et aux abords, selon une source sécuritaire. Les offensives y sont récurrentes et elles ont souvent visé, par le passé, l’ambassade américaine. Le 31 octobre, trois roquettes sont tombées à Al-Mansour, un quartier mitoyen, sans faire de blessés.

Fortes tensions politiques

L’attaque contre M. Al-Kadhimi survient alors que l’Irak est traversé par de fortes tensions politiques liées aux élections législatives anticipées du 10 octobre.

Le Hachd Al-Chaabi (« unités de la Mobilisation populaire »), une influente coalition d’anciens paramilitaires pro-iraniens, conteste avec véhémence les résultats du scrutin et accuse le premier ministre de « complicité » dans la « fraude » électorale qui a vu la déroute de sa vitrine politique, la coalition Al-Fatih (« la conquête »), lors des législatives du 10 octobre, selon des résultats préliminaires. Des partisans du Hachd Al-Chaabi ont lancé deux sit-in à deux entrées de la « zone verte » en signe de protestation contre les élections.

Des heurts ont mis aux prises plusieurs centaines de manifestants avec les forces de sécurité, vendredi. Selon une source sécuritaire, un manifestant est mort, tandis qu’une source au sein du Hachd Al-Chaabi a évoqué « deux morts »Depuis le scrutin, tous les partis négocient en coulisses la constitution de blocs parlementaires, la formation d’un gouvernement et, in fine, la désignation d’un premier ministre. M. Al-Kadhimi n’est pas officiellement candidat à sa succession, mais certains responsables politiques le voient comme un recours crédible au cas où aucune autre personnalité n’émergerait des tractations.

En attente des résultats définitifs des législatives

Vendredi, Qaïs Al-Khazali, le chef d’Asaïb Ahl Al-Haq, l’un des principaux groupes pro-iraniens du Hachd Al-Chaabi, a mis en garde contre « toute tentative d’acteurs liés aux services de renseignement de bombarder la “zone verte” et d’accuser ensuite les factions de la résistance », nom que se donnent les factions chiites proches de l’Iran, qui sont farouchement opposés aux Américains.

Le Hachd est désormais intégré à l’Etat irakien et une partie de la population l’accuse d’être le relais de l’Iran dans le pays. Elle lui attribue la responsabilité des assassinats et des enlèvements d’opposants au pouvoir qui se sont soulevés en octobre 2019.

Malgré sa déroute électorale, le Hachd restera une force politique importante au Parlement, grâce au jeu des alliances et à la cooptation des élus indépendants. Toujours selon les résultats préliminaires, le courant sadriste – dirigé par l’influent leader chiite Moqtada Al-Sadr – a remporté les législatives, avec plus de 70 sièges sur les 329 que compte le Parlement. Les résultats définitifs du scrutin devraient être publiés d’ici quelques semaines.

L’Iran sent qu’elle perd pied en Irak, comme elle perd pied au Liban. Elle ne peut accepter un retrait d’Irak, ce qui marquerait le fiasco de toute sa politique dans la région, et ce après avoir investi des milliards de dollars, alors que sa propre situation économique exigeait d’elle de s’occuper en priorité. Avec le covid qui a fait plus de 500 000 morts (chiffre officiel) le bilan social, sanitaire, économique, politique et stratégique est catastrophique.  Trump a eu raison avec les sanctions. Les mollahs ont fait le reste. L’Iran se targue d’une alliance avec la Chine, mais celle-ci n’agit pas en allié, mais en rapace, du seul bien qui reste en Iran, à savoir son pétrole. La rue iranienne gronde, et personne ne sait ce que donnerait une révolution, sauf la quasi-certitude d’un bain de sang.

JForum – Le Monde avec AFP

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