L’ancien refuge des éléphants d’Israël

Dans la vallée de Hula, en Israël, une équipe d’archéologues a mis au jour des vestiges exceptionnels datant d’environ 800 000 ans, révélant un écosystème où cohabitaient des éléphants géants et les premiers humains de la région. Ces découvertes, issues du site préhistorique de Gesher Benot Ya’aqov, offrent un aperçu inédit de la vie durant le Pléistocène moyen, une période marquée par une biodiversité remarquable et une activité humaine précoce.

Les fouilles ont permis de retrouver un molaire et des fragments de défense d’un éléphant à défenses droites, Palaeoloxodon antiquus, l’un des plus grands mammifères terrestres de l’époque. Ces restes ont été découverts aux côtés d’outils en basalte, notamment des haches et des couteaux caractéristiques de la tradition acheuléenne, l’une des plus anciennes technologies lithiques connues. Ces outils témoignent de la présence d’hominidés capables de fabriquer des instruments sophistiqués pour exploiter leur environnement.

L’analyse approfondie de ces vestiges, réalisée grâce à des techniques modernes telles que la tomographie assistée par ordinateur (CT scan), la reconstruction 3D, l’étude microscopique de l’usure des outils, la géochimie isotopique et l’examen des pollens, a permis de reconstituer un paysage riche en ressources naturelles. La vallée, alimentée par les eaux de la montagne Hermon et traversée par le fleuve Jourdain et ses affluents, offrait un environnement de forêts, de zones humides, de prairies et de cours d’eau. Cette diversité écologique soutenait une faune abondante, incluant tigres à dents de sabre, rhinocéros, hippopotames, grands cervidés, gazelles, sangliers, ainsi que reptiles et tortues d’eau douce.

Les résultats indiquent que les éléphants vivaient dans un milieu constamment bien irrigué, riche en végétation aquatique et terrestre, ce qui a également favorisé la survie des premiers humains dans cette région stratégique du corridor levantin, un passage naturel entre l’Afrique et l’Eurasie. Bien que les ossements humains n’aient pas été découverts sur le site, la présence massive d’outils et de restes animaux témoigne d’une occupation humaine soutenue et d’une interaction complexe avec l’environnement.

Les chercheurs soulignent que la coexistence de ces grands mammifères avec les hominidés a duré malgré les fluctuations climatiques, y compris plusieurs périodes glaciaires. La vallée de Hula a ainsi servi de refuge écologique, permettant à la faune et aux populations humaines de perdurer dans un environnement relativement stable.

Professeur Gonen Sharon. (crédit : UNIVERSITÉ TEL-HAI DE KIRYAT SHMONA EN GALILÉE)

Cette étude, publiée dans Quaternary Science Reviews, est le fruit de plus de trois décennies de recherches menées par des équipes des universités de Tel-Hai, Haïfa et Tel Aviv. Elle illustre l’importance de ce site pour comprendre non seulement les comportements des premiers humains, mais aussi les dynamiques écologiques qui ont façonné leur évolution. L’éléphant, en particulier, a joué un rôle clé en tant qu’archive biologique, fournissant des informations précieuses sur le climat et la végétation de l’époque.

Au-delà de la découverte elle-même, ces travaux contribuent à une meilleure compréhension des interactions entre humains et environnement sur le long terme, offrant des perspectives pour étudier les adaptations humaines face aux changements climatiques. Le site de Gesher Benot Ya’aqov reste un lieu d’étude privilégié pour les archéologues, avec de nombreuses recherches à venir pour approfondir ces premières conclusions.

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