Attentat à Paris : la Tchétchénie, réservoir de combattants pour l’Etat islamique

FOCUS – L’attentat au couteau samedi soir à Paris revendiqué par l’Etat islamique a été mené par un homme originaire de Tchétchénie, république russe du Caucase, foyer de l’islamisme depuis les années 90.

Une vue de Grozny, la capitale tchétchène.
Une vue de Grozny, la capitale tchétchène. STR/AFP

Dans l’attaque au couteau survenue samedi 12 mai au soir à Paris et revendiquée par l’Etat islamique, l’assaillant avait la nationalité française, mais était né en Tchétchénie, cette petite république du Caucase russe. Nous faisons le point sur cette région devenue, depuis les années 1990, un foyer islamiste, voire djihadiste.

● Une république musulmane en Russie

La République de Tchétchénie fait partie intégrante de la Fédération de Russie, et précédemment de l’URSS et de l’Empire russe depuis le 18ème siècle, mais dispose aujourd’hui, sous la houlette de son très autoritaire président, Ramzan Kadyrov, d’une large autonomie. Les 1,4 million d’habitants de ce petit territoire proche de la Mer Caspienne sont en immense majorité musulmans. L’islam sunnite s’y est développé dès le VIIIe siècle, illustration du caractère pluriethnique et plurireligieux de la Russie. Ce n’est que dans les années 1990, marquées par les deux guerres de Tchétchénie, que cette région du Caucase a vu se développer un islamisme radical, inspiré du wahhabisme et du salafisme, loin de l’islam modéré historiquement attaché à cette région.

Des leaders séparatistes tchétchènes, dont Chamil Bassaïev, en 2004.
Des leaders séparatistes tchétchènes, dont Chamil Bassaïev, en 2004. STRINGER/AFP

● Les guerres de Tchétchénie

Après la dissolution de l’URSS en 1991, les séparatistes tchétchènes déclarent l’indépendance de ce qu’ils nomment l’Itchkérie. Moscou s’y oppose, refusant de céder ce territoire central du Caucase, carrefour commercial vers le Moyen-Orient, notamment l’Iran. C’est aussi une région riche en pétrole et en gaz naturel. La Russie intervient militairement dans une guerre meurtrière. L’armée s’enlise face aux combattants tchétchènes, même si elle parvient finalement à reprendre Grozny en 1996. Un accord de paix est trouvé la même année. Si l’indépendance n’est pas reconnue, dans les faits, c’est une très large autonomie qu’obtiennent les séparatistes. Mais en 1999, la situation se dégrade de nouveau, y compris dans une république voisine, le Daghestan. Vladimir Poutine, tout juste nommé premier ministre, déclenche la seconde guerre de Tchétchénie. «On poursuivra les terroristes partout (…) s’il le faut (…) on les butera jusque dans les chiottes», déclare-t-il notamment. Plus meurtrier encore que le précédent, ce conflit dure moins de 6 mois et se solde par un succès pour Moscou.

Celui qui sera élu président de la Fédération de Russie quelques mois plus tard et qui est soutenu par la population russe dans ce conflit justifie l’usage de la force par la lutte contre le terrorisme et l’islam radical. Depuis la première guerre en 1994, un fort courant islamiste, voire djihadiste, s’est développé au sein des indépendantistes tchétchènes qui concurrencent fortement les courants plus modérés. Tué en 2006, le chef séparatiste Chamil Bassaïev, qui se définissait comme «moudjahidine», représentait particulièrement ce virage islamiste de l’indépendantisme tchétchène.

Omar le Tchétchène
Omar le Tchétchène -/AFP

 Les Tchétchènes dans les rangs de l’État islamique

Au-delà de la Tchétchénie, le djihadisme va se développer dans l’ensemble du Caucase, en Russie et dans les anciennes républiques soviétiques et socialistes. Ainsi, en 2017, la Russie devient le premier pays exportateur de combattants étrangers dans les rangs de l’État islamique, devant l’Arabie Saoudite, la Jordanie ou la Tunisie. L’organisation compte ainsi 3400 Russes, en majorité des Tchétchènes, à l’image de Tarkhan Batirachvili, dit «Omar le Tchétchène» bien que d’origine géorgienne, reconnaissable à sa barbe rousse et son bonnet noir, qui fut jusqu’à sa mort en 2016 le «ministre de la défense» du Califat. Même parmi les Français partis en Irak et en Syrie, le phénomène n’est pas négligeable, estime sur Twitter le président du Centre d’analyse du terrorisme, Jean-Charles Brisard, qui rappelle que, «selon la DGSI, 7 à 8% des Français impliqués dans les filières djihadistes [en] Syrie [et en] Irak (velléitaires, soutiens ou combattants sur zone) sont d’origine tchétchène».

● Kadyrov, ou l’islamisme adoubé par le Kremlin

C’est dans ce contexte d’une forte expansion de l’islamisme dans le Caucase que Vladimir Poutine, après la seconde guerre, a accordé une large autonomie à la République de Tchétchénie, laissant s’y développer un islam très rigoriste, à la condition que le pouvoir prête allégeance au Kremlin. Un équilibre que représente particulièrement Akhmad Kadyrov, ancien grand mufti et ancien chef de guerre séparatiste, qui devient chef du gouvernement tchétchène en 2000, puis président en 2003. Il est assassiné en 2004 par des islamistes qui considéraient qu’il avait trahi la cause tchétchène et c’est son fils, Ramzan Kadyrov, qui reprend le flambeau. Établissant en Tchétchénie un régime particulièrement autoritaire, il promeut un islamisme rigoriste, mais s’oppose en revanche à l’influence wahhabite venue d’Arabie saoudite et affiche une fidélité pour l’instant sans faille à Vladimir Poutine. Pari risqué pour le Kremlin.

Poutine et Kadyrov fils en 2004.
Poutine et Kadyrov fils en 2004. VLADIMIR RODIONOV/AFP

Ramzan Kadyrov joue d’ailleurs un rôle important dans le conflit en Syrie où ses milices, fortes de plusieurs milliers d’hommes, appuient les forces du régime syrien et l’armée russe. Une façon pour le Kremlin d’opérer de façon plus discrète qu’avec son armée régulière. Mettant en avant sa défense de l’islam, Ramzan Kadyrov joue également un rôle diplomatique discret comme médiateur avec les pays sunnites de la région. Via son opaque fondation Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie a ainsi apporté 14 millions de dollars pour restaurer la célèbre mosquée des Omeyyades, située à Alep et largement détruite lors des combats. Une manière, là encore, de servir Vladimir Poutine en participant au soft power russe dans la région, mais au prix d’un islamisme assumé dans le Caucase.

lefigaro.fr

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