La saga des Juifs d’Italie -vidéo (1/5)

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L’histoire italienne est un sujet toujours complexe. En son sein, aussi bien qu’en arrière-plan, il y a l’extraordinaire diversité des structures régionales et urbaines: l’histoire de Florence n’est pas l’histoire de Pise, ni celle d’Arezzo, de Sienne ou de Volterra.

Arc de Titus © Anthony M. – Wikimedia Commons

 

 

Dans les cas où la présence de Juifs est attestée, aux différences entre les traditions locales variées s’ajoutent des différences fondamentales relatives à l’attitude empruntée dans le passé à l’égard des Juifs.

Une grande partie de l’Italie méridionale et de la Sicile — splendides centres juifs au Moyen âge — perdit ses communautés juives au XVIe siècle, pendant la domination espagnole.

On oublie souvent que les Juifs furent mis à l’écart de la plus grande partie de la Lombardie pendant plus d’un siècle, jusqu’à 1714, quand les Autrichiens succédèrent aux Espagnols.

On doit en outre tenir compte des différences d’origine des Juifs eux-mêmes. Certains d’entre nous descendent des Juifs qui vécurent en Italie à l’époque de l’Empire romain. D’autres sont des Juifs ashkénazes qui, surtout au XIVe siècle, quittèrent l’Allemagne pour l’Italie.

Au cours de ce même siècle, les Juifs français durent abandonner la France, et à la fin du XVe siècle et au cours du XVIe eut lieu l’émigration sépharade de l’Espagne et le retour au judaïsme des marranes d’origine espagnole.

Les contacts avec l’Orient ont toujours existé, particulièrement à Venise et en Italie du Sud, tant qu’il fut permis aux Juifs d’y demeurer.

D’autres Juifs provenant de pays musulmans furent attirés par le nouveau port franc de Livourne, dans la seconde moitié du XVIe siècle.

 Synagogue de Livourne 19e siècle


Pendant au moins deux siècles, Livourne fut la ville où les Juifs vécurent mieux que partout ailleurs, et il s’y développa ainsi ce style juif particulier que l’on retrouve dans les livres d’Elia Benamozegh et dont les peintures d’Amedeo Modigliani témoignent peut-être aussi. Les différences d’origine se reflétaient naturellement dans la diversité des rituels et des mélodies, et à leur tour ces diversités étaient préservées par des synagogues bien distinctes.

On trouvait souvent trois synagogues dans une même ville — la scola italiana, la scola tedesca, la scola spagnola ; à Rome, jusqu’à très récemment, il y avait encore cinq synagogues qui maintenaient une distinction intéressante entre la scola catalano-aragonese et la scola spagnola.


Dans le Piémont, à côté des synagogues italiennes, sépharades et ashkénazes, nous avions ce curieux minhag apam
1 — les trois très petites congrégations d’Asti, Fossano et Moncalvo — qui préservaient les restes d’un vieux rituel médiéval français avec son propre mahzor, ou livre de prières. Le fait que les Juifs étaient tolérés dans un des états de l’Italie ne signifiait pas pour autant qu’ils étaient tolérés partout dans ce même état.

Et que les papes aient permis aux Juifs de vivre à Rome et à Ancône, où nous trouvons les Volterra, n’implique pas qu’ils leur aient permis de vivre à Bologne.

Cette communauté, au sein de laquelle avaient travaillé et pensé Obadiah Sforno, Azariah de’ Rossi et Samuel Archevolti, avait été éliminée en 1593 et n’avait plus existé, tout au moins officiellement, pendant plus de 250 ans.

Au contraire, les Juifs ont connu une relative prospérité à Ferrare, sous cette même domination papale, et ont maintenu cette vivacité culturelle caractéristique sous la famille d’Este, jusqu’en 1597.

Ce que l’on peut en partie expliquer par la situation agricole de la région, qui contribua, des siècles plus tard, au développement d’attitudes favorables au fascisme chez les Juifs de Ferrare.


Différents par leurs rituels et souvent séparés par des conflits d’intérêt, les Juifs d’Italie ne furent pas, toutefois, divisés par des différences linguistiques majeures comme leurs concitoyens chrétiens.

La situation linguistique de l’Italie était déjà très complexe en soi. Ce que nous appelons italien fut avant tout une langue écrite jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Le peuple s’exprimait selon les différents dialectes, et les Juifs parlaient le même dialecte que les autres habitants du lieu.

Les Juifs vénitiens parlaient et parlent encore le vénitien, et nous autres Juifs piémontais parlions piémontais. Mes parents parlaient piémontais entre eux et italien avec nous.

Ainsi mes sœurs et moi étions-nous les seuls à avoir appris l’italien depuis notre plus tendre enfance dans notre petite ville du Piémont, et nous étions très admirés pour notre habileté linguistique.

En grandissant, je revins au dialecte piémontais dans mes conversations en famille et avec mes parents — mais pas avec mes sœurs.


La vie du ghetto favorisa, sans aucun doute, certaines particularités. Le dialecte des Juifs romains est resté manifestement plus archaïque que celui des Chrétiens romains, et naturellement des phrases et des mots hébreux se sont introduits dans le dialecte local.

Dans le dialecte des Juifs piémontais, on trouvait certains mots yiddish importés par des Juifs de provenance ashkénaze — les Ottolenghi, les Treves, les Diena, appelés à tenir un rôle important dans l’histoire italienne récente. Il était donc normal de parler du Becher pour Kiddush ou de l’Orzai (Jahrzeit) pour l’anniversaire d’une mort.

Ce qu’il faut aussi garder à l’esprit en ce qui concerne les Juifs italiens, c’est que nous étions un petit nombre — un très petit nombre même et particulièrement au cours des derniers siècles. On pourrait tout au plus dénombrer 30 000 Juifs au début du XIXe siècle, en comptant les Juifs de Trieste, qui à cette époque dépendait de l’Autriche, et ceux de Nice, qui devint française en 1859.

Ce qui équivalait à peu près à un millième de la population de l’Italie. Avant la dernière guerre, on en dénombrait à peu près 50 000. Dix mille d’entre nous furent assassinés par les fascistes et nazis alliés, dont onze membres de ma famille, parmi lesquels mon père et ma mère.

Six mille juifs environ émigrèrent, pour ne plus revenir. D’autres s’égarèrent pendant la période de la persécution, quand le pourcentage des conversions fut plus élevé qu’à l’ordinaire.

Comme nous le savons, parmi les convertis, il y eut le grand rabbin de Rome, Israël Zoller, baptisé à Santa Maria degli Angeli, à Rome, le 13 février 1945.

Si la population actuelle oscille entre 30 000 et 35 000 Juifs, c’est parce que l’émigration en provenance de la Libye et en moindre part des pays de l’Est, a augmenté la population juive originelle. Elle est concentrée principalement à Rome et Milan.

Ce chiffre équivaut à une personne sur deux mille de toute la population de l’Italie.

La plus grande partie des Juifs sont aujourd’hui concentrés dans quelques grandes villes (Rome, Venise, Milan..).. A suivre

Source: www.lyber-eclat.net

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