(Article paru dans l’Opinion des 21/22 janvier à l’occasion des vœux du président de la République au corps diplomatique) 

« Désescalade ». C’est le nouveau mot d’ordre de la diplomatie française au Moyen-Orient. Devant le corps diplomatique réunis à l’Élysée, le président de la République l’a utilisé jeudi, en tendant la main à tous les « pays de la région » : « La France ne veut écarter à personne. Elle est capable de parler à tous », a-t-il assuré. Cette « désescalade » de la violence et des conflits passe d’abord par « une solution politique » en Syrie.

Force est de constater que nous en sommes loin, même si le contexte géopolitique a changé ces derniers mois, avec l’intervention militaire russe, le retour de l’Iran sur la scène internationale – le président Rohani est à Paris les 27 et 28 janvier pour une première visite officielle – et la priorité accordée à la lutte contre Daech. La France, elle, n’a guère bougé : depuis près de cinq ans maintenant, elle soutient l’opposition dite « modérée » dont elle n’a cessé d’attendre une contribution majeure au règlement de la crise. Sans succès jusqu’à présent.

La conférence sur la transition politique en Syrie et les « négociations inter syriennes » illustrent la situation dans laquelle se trouve la diplomatie française, collant à l’opposition « modérée » et ne souhaitant surtout pas entrer en contradiction avec l’Arabie saoudite.

En décembre, Riyad, la capitale du royaume saoudien, avait accueilli une conférence de l’opposition syrienne. Il est sorti, explique-t-on à Paris, « le plus large éventail représentatif » des groupes politiques et militaires hostiles au régime. Tous se sont accordés sur le projet d’une Syrie « démocratique, laïque, respectueuse de toutes les communautés », se réjouit-on au Quai d’Orsay. Si c’est sincère, ce n’est faire injure à personne que de constater que l’opposition syrienne ne s’est guère inspirée du modèle saoudien – l’hôte et en grande partie le payeur de la conférence – en matière de démocratie laïque, etc. etc.

À Riyad, toutefois, il y avait des absents de marque : Daech évidemment, ainsi que le Front al-Nosra, la filiale syrienne d’al-Qaïda. Le groupe salafiste Ahrar as-Sham était là, mais il a ensuite « pris ses distances », indique un diplomate. En revanche, une autre organisation salafiste, Jaish al-Islam, est restée au sein de la plate-forme de l’opposition « modérée » et son chef pro-saoudien, Mohamed Allouche, devrait conduire la délégation à la conférence de Genève. Cette désignation a suscité des critiques de la part de l’opposition dite « de l’intérieur », plus modérée et souvent plus proche des positions russes.

Beaucoup plus embêtant pour la diplomatie française est le veto mis à la présence autour de la table du PYD, le principal parti kurde de Syrie. La Turquie, ennemie historique, n’en veut évidemment pas, mais l’opposition « modérée » pas plus : elle lui reproche, non sans raison, de n’être pas vraiment opposé au régime de Bachar. Certes, concède-t-on au Quai d’Orsay, « à la fin des fins », le parti kurde pourra être « partie prenante » du règlement. Mais, pour l’heure et par souci d’ « efficacité », mieux vaut qu’il reste à l’écart pour « ne pas faire exploser l’opposition ». Le problème est que ce parti PYD est le principal allié militaire de la coalition américaine – dont la France fait partie – contre Daech. C’est, par exemple, lui qui a repris Kobané et menace aujourd’hui Raqqa. On se trouve donc avec un allié militaire capital, mais qui n’est pas fréquentable politiquement.

Dans leur livre Le cauchemar syrien, deux auteurs français (1) très hostiles au régime de Bachar qu’ils connaissent de longue date, n’en juge pas moins la politique française en Syrie avec la plus grande sévérité : elle est, selon Ignace Dalle et Wladimir Glassman, « timorée et partiale, sans soutien et sans scénario » et se traduit par des « choix incompréhensibles ». Le dernier épisode en date ne leur donne malheureusement pas tort.

(1) Ignace Dalle et Wladimir Glassman, Le cauchemar syrien, Fayard, 395 pages, 23 euros. En librairie la semaine prochaine.

Jean-Dominique Merchet

L’Opinion

2 Commentaires

  1. Mouais…en changeant les noms on pourrait ecrire le meme article sur la politique israelienne « partiale, sans soutien et sans scénario », ainsi que la politique americaine, etc. Au fond le president francais mene la moins mauvaise politique …pour la France dans le cadre europeen en crise: il casse les reins aux islamistes (pour integrer les musulmans francais) tout en faisant du business. Le probleme pour les Juifs est de ne pas etre les lampistes de cette politique, comme c’est de tradition chez les europeens. Ca peut vouloir dire : soutenir F. Hollande au lieu de lui tirer dans les pattes car c’est un allie reel et solide du judaisme face a ses feroces ennemis.

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