Syrie, Irak, Liban, Gaza, Golfe Persique… La guerre des drones s’intensifie entre Israël et l’Iran

Guerre des airs

Israël et l’Iran se livrent à une guerre des drones tous azimuts en Syrie, en Irak, au Liban, dans la bande de Gaza, dans les eaux du Golfe ou même sur le territoire iranien. L’heure est à l’escalade.
En moins de deux semaines, la tension a monté de manière exponentielle entre Israël et l’Iran avec deux coups portés de part et d’autre. À la frontière entre l’Irak et la Syrie, des avions non identifiés, probablement israéliens, ont attaqué un convoi d’une quinzaine de camions. Certains de ces camions transportaient notamment des pièces détachées de drones iraniens destinés à leur assemblage en Syrie ou au Liban, pour le compte du Hezbollah libanais allié de Téhéran. Comme d’habitude, Israël s’est abstenu de revendiquer l’opération, mais son implication ne fait aucun doute.

Les représailles ne sont pas faites attendre. Un pétrolier appartenant à un homme d’affaires israélien a été la cible d’un drone « kamikaze » iranien dans le Golfe Persique, au large des côtes d’Oman. L’an dernier, pas moins de quatre attaques contre des bateaux détenus par des compagnies israéliennes ont été la cible d’attaques dans le Golfe. Détail important : lors de la dernière agression en date, l’engin a décollé pour la première fois de la base de Chabahar des Gardiens de la Révolution en territoire iranien, selon un haut responsable israélien.

« Jusqu’à présent, ce genre d’opération était lancé par les Iraniens à partir du Yémen, histoire de brouiller les pistes. Ils ne se cachent plus pour se venger et saper la stabilité dans la région durant la Coupe du monde de football au Qatar », ajoute-t-il. Quelques heures après cette attaque en mer, le Wall Street Journal a révélé que des composants américains, mais aussi israéliens, telles que des copies de lentilles à infrarouge, avaient été retrouvés dans les débris de drones iraniens qui se sont abattus en Ukraine.

ATTAQUER TEL AVIV OU HAÏFA

Pour Israël, le cauchemar serait que l’Iran porte atteinte au commerce maritime, qui assure 95 % de ses importations, et se livre à des agressions massives de drones contre son territoire à partir de la Syrie et du Liban. Pour éviter de tels scénarios, tous les moyens sont bons. La télévision officielle iranienne a diffusé en mai des images d’une base détruite, nichée dans une montagne, et qui abritait plus de « cent drones de reconnaissance et d’attaque ». Une opération que Téhéran impute à Tel Aviv. Fin 2021, Israël a bombardé une usine de drones dans la banlieue de Damas, en Syrie. L’armée israélienne a également rendu public les images d’une interception de deux drones iraniens tirés depuis l’Irak et qui se dirigeaient vers la frontière de l’État hébreu.

Cet été, le Hezbollah s’était aussi livré à un test en envoyant deux drones vers Karich, une importante plateforme d’exploitation gazière israélienne en Méditerranée. Les deux appareils ont été interceptés avant d’atteindre leur objectif. Le général Kiomars Heidari, commandant des forces terrestres iraniennes, ne fait pas mystère des objectifs de son pays. « Nous développons un drone à longue distance spécialement conçu pour attaquer des villes israéliennes comme Tel Aviv et Haïfa afin de détruire un régime qui tue des enfants », a-t-il déclaré.

Face à cette menace, Israël dispose d’une des meilleures défenses aérienne au monde avec notamment les batteries d’interception de type « Dôme de fer » qui font merveille contre les roquettes tirées par les islamistes palestiniens du Hamas à partir de la bande de Gaza. Mais cette arme pourrait être totalement dépassée si l’Iran et le Hezbollah lançaient simultanément des centaines drones vers le territoire israélien. D’ici deux à trois ans, Israël espère avoir mis au point un système laser de destruction en vol qui pourrait être plus efficace et beaucoup moins coûteux. En attendant, l’État hébreu mise sur la dissuasion en assénant des coups à l’Iran.

BOMBES VOLANTES

Cet objectif est devenu d’autant plus prioritaire que les drones iraniens utilisés par l’armée russe font leurs preuves en Ukraine. Les experts israéliens redoutent que cette expérience acquise sur le terrain permette aux Iraniens de perfectionner leurs avions sans pilote utilisés pour briser le moral de la population civile. Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, a d’ailleurs utilisé cet argument pour essayer de convaincre l’État hébreu de lui fournir des systèmes de défense aérienne en arguant que l’armée israélienne pourrait ainsi acquérir un savoir-faire pour contrer les drones iraniens. Pour le moment, l’argument n’a pas marché. Israël refuse de fournir des armes à l’Ukraine de crainte de représailles russes en Syrie.

Seule certitude : les drones sont devenus la nouvelle arme par excellence sur les champs de bataille. Ces appareils peuvent à fois mener des opérations de renseignement ou devenir des bombes volantes. Grâce à eux, l’Iran a pu compenser son infériorité aérienne face à Israël. Les drones ont aussi l’avantage d’être bon marché : un avion furtif américain F-35 vaut l’équivalent de 4 000 drones et il n’est pas nécessaire de former longuement des pilotes. Ces engins sont guidés par GPS, si bien qu’une fois lancé, leur trajectoire ne peut pas être brouillée électroniquement. De plus, ils fonctionnent jour et nuit.

Par Julien Lacorie , correspondant en Israël    www.marianne.net/
Le général Kiomars Heidari, commandant des forces terrestres iraniennes, ne fait de mystère des objectifs de son pays. « Nous développons un drone à longue distance spécialement conçu pour attaquer des villes israéliennes comme Tel Aviv, et Haïfa afin de détruire un régime qui tue des enfants », a-t-il affirmé. AFP

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