Référendum en Grèce : le non plus de 61% sur la moitié des bulletins dépouillés
Deux heures après la fermeture des bureaux de vote, la tendance est à une victoire du « non » aux propositions des créanciers de la Grèce.

Avant même la fin du dépouillement, les partisans du « non » sont descendus dans les rues d’Athènes fêter le résultat du référendum
La Grèce est en passe de dire non au plan de ses créanciers. Les Grecs votaient ce dimanche 5 juillet pour ou contre les propositions des créanciers (FMI, BCE, Commission européenne) lors d’un référendum annoncé une semaine plus tôt. Trois heures après la fermeture des bureaux de vote, la tendance est à une victoire du « non ». Peu avant 21h, la moitié des bulletins de vote avaient été dépouillés et donnaient le non en tête à 61,21% contre 38,74% au oui.
Le non devrait atteindre plus de 61%, a déclaré le responsable de la société informatique chargée du comptage des voix pour le ministère de l’Intérieur alors que le comptage est toujours en cours.
Dès la clôture du scrutin à 18 heures heure française, les sondages par téléphone dessinaient une victoire du « non ». Les résultats semblent néanmoins serrés. Un sondage de la chaîne Star donne au non une fourchette entre 49% et 54% contre 46 à 51% au oui. La chaîne Mega donne entre 49,5% et 53,5% au non et entre 46,5% et 50,5% pour le oui. Une bonne nouvelle pour le Premier ministre grec Alexis Tsipras qui appelait cette semaine son peuple à voter « non » pour un « meilleur accord ». Son ministre des Finances avait même assuré qu’il démissionnerait en cas de victoire du « oui ».
Le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos, allié de coalition du gouvernement d’Alexis Tsipras, a immédiatement réagi à ces premières estimations sur Twitter en jugeant que « le peuple grec a prouvé qu’il n’est pas soumis au chantage, à la terreur, et la menace, la démocratie a gagné ».
Toujours à la recherche d’un accord
Si ce référendum s’apparentait plus à « un oui ou non à l’Europe », le gouvernement grec a confirmé son intention de se remettre immédiatement à la table des négociations. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Sakellaridis a assuré ce dimanche que « les initiatives pour arriver à un accord » entre Athènes et ses créanciers UE et FMI « allaient s’intensifier à partir de ce soir ».
Il a également déclaré qu »un grand travail de préparation a été fait pour arriver à un accord (…) la Banque de Grèce va envoyer une demande ce soir à la BCE, nous pensons qu’il y a des arguments solides pour faire remonter (le plafond de) l’ELA », l’aide d’urgence aux banques grecques qui sont fermées depuis une semaine et risquent de manquer rapidement de fonds.
Personne ne peut ignorer la détermination d’un peuple à prendre son destin entre ses mains
Alexis Tsipras
Le Premier ministre Alexis Tsipras avait voté dans le bureau de Kypséli aux alentours de 10h30, poursuivis par une horde de journalistes. Ce dernier est entré dans la salle de vote tout sourire, sa voix couverte par les cris « Oxi, Oxi, Oxi » (non en grec) des nombreux soutiens qui avaient fait le déplacement. Chemise blanche, pantalon bleu, décontracté, Alexis Tsipras a réaffirmé à sa sortie de l’isoloir que « personne ne peut ignorer la détermination d’un peuple à prendre son destin entre ses mains« .
Dans les salles de classe aux murs recouverts de dessins d’enfants et de planisphères, un assesseur commente, le regard triste : « C’est un mauvais jour pour la Grèce, mais on espère que ça ira mieux ». Pour les soutiens du gouvernement, cocher OXI (non) sur le bulletin de vote, c’est refuser les propositions « insupportables » des créanciers, résume Eva, une pédiatre qui refuse de « dire amen aux banquiers et aux créanciers ». « Quand nous avons accepté d’entrer dans l’UE, c’était pour en être un membre égal aux autres. Les Grecs sont un peuple fier, et nous ne voulons pas prendre les ordres de la chancelière allemande », Angela Merkel, que beaucoup jugent responsable des mesures d’austérité subies en Grèce, abonde Vassilis.
Devant son bureau de vote, des membres du parti communiste (KKE) incitent les électeurs à voter nul. Pour Nikos Leivaditis, jeune partisan du KKE, le camp des créanciers et celui de Tsipras, « c’est comme le lion et le loup »: « tu dois décider qui va te dévorer ». Lui défend un triple non: « non à l’Europe, non aux mesures d’austérité de l’UE et du FMI et non aux propositions de Tsipras ». »
L’Europe regarde la Grèce avec anxiété
Alors que les électeurs continuaient à se rendre aux urnes, les responsables politiques prennaient la parole, eux-aussi inquiets des conséquences d’une éventuelle sortie de la Grèce. Si le oui l’emporte, de nouvelles discussions s’annoncent, qui seront « très difficiles », a d’ores et déjà prévenu le ministre des finances allemand Wolfgang Schäuble. Et même si ses conséquences économiques pouvaient être gérées, un « Grexit » enverrait « un signal désastreux » aux partenaires de l’UE, a prévenu quant à lui le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier.
Le ministre de l’Économie français Emmanuel Macron jugeait dimanche que « quelle que soit » l’issue du référendum en Grèce, les Européens devaient « reprendre des discussions politiques » avec le pays. « Même si le non grec devait l’emporter, notre responsabilité sera de ne pas faire le traité de Versailles de la zone euro« , ajoutait-il faisant référence au traité qui imposait des sanctions financières très dures à l’Allemagne après la première guerre mondiale. Un avis partagé par Matteo Renzi. Le chef du gouvernement italien a prédisait ce dimanche que, quelle que soit l’issue du vote grec, dès lundi « on devra se remettre à parler ». « La première à le savoir est précisément Angela Merkel », a-t-il ajouté. Le président du parlement européen Martin Schulz assurait également que « nous ne laisserons pas tomber les Grecs ». Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy formulait lui son « espoir » que la Grèce demeure dans la zone. Il twittait par ailleurs : « L’Europe a été solidaire avec la Grèce et le restera mais il ne peut pas y avoir de solidarité sans responsabilité ».
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