Nous avons voulu mettre l’accent sur les valeurs morales et éthiques que les pères fondateurs du judaïsme et leurs successeurs ont apporté pour faire de notre communauté une nation sainte, et un peuple de prêtres.
Mais au-delà des patriarches, dont nous reconnaissons l’importance de leur participation pour l’élaboration de cette projet, nous avons voulu attirer l’attention des fidèles sur le rôle fondamental qu’ont joué les femmes dans la structuration de ces valeurs. Et nous allons commencer par la première femme créée c’est-à-dire Eve.
Eve

Nous savons tous qu’ ‘elle est née d’un côté d’Adam, qu’ ‘elle aurait été séduite par le serpent et qu’elle a incité son époux à manger du fruit interdit. Ce faisant, elle a déterminé une modification fondamentale dans l’espèce humaine. Cette dernière est passée de l’immortalité de l’individu à l’immortalité de l ‘espèce. Notre propos n’est pas ici de tenter d’expliquer son geste, mais de comprendre son apport dans la civilisation. En accomplissant cette transgression, nous pouvons dire qu’elle s’est sacrifiée pour que d’autres puissent vivre. Certes le texte nous dit qu’elle a apporté la mort dans la vie, mais en devenant mortelle, l’homme a appris à s’effacer pour que d’autres puissent vivre. Nous pouvons dire que la première femme de l’humanité nous a appris
L’effacement de soi-même,
La perte de sa vie dans le gan Eden pour qu’autres puissent naître.
Naama ou Emzra, la femme de Noé

Le texte ne nous parle pas d’elle, elle semble absente du contexte. Nous savons qu’ ‘elle a donné naissance à trois fils, qu’elle ne s’est jamais opposée à l’œuvre de son époux, qu’elle a laissé agir selon l’ordre divin, et que Noé ivre d’alcool serait allé la retrouver dans sa tente à elle, et c’est là qu’il a subi l’agression de son fils Cham. Où était-elle à ce moment. ? Nul ne le sait, mais son absence nous a permis de comprendre les caractères de ses enfants et de bénéficier de la bénédiction divine et du pays de Canaan par l’intermédiaire de son fils Sem dont nous descendons. Son absence était elle volontaire pour fuir un Noé ivre qui la cherchait, ou involontaire. ? Nul ne pourra trancher, mais nous penchons pour la première proposition car son action a contribué à faire attribuer aux descendants de son fils Sem, le pays de Canaan, fils de Cham.
Pudeur,
Refus d’une cohabitation mue par autre chose que le désir, recherche d’une véritable attraction pour l’autre, Voilà une partie des idées véhiculées par cette femme.
Sarah

Enfin, nous arrivons à Sarah, la femme de notre premier patriarche. Le texte nous parle beaucoup de ses actions. Elle a suivi son mari dans sa quête de l’autre, elle a accepté d’ouvrir sa tente à toutes, a même été jusqu’à proposer son esclave à son mari pour qu’il puisse avoir des enfants,, Qu’ ‘est ce qui la pousser à cet acte. ?Nous ne pouvons pas répondre directement à cette question, mais nous pouvons dire qu’Abraham ne voulait pas la quitter du fait de stérilité malgré l’usage de l’époque. De plus, c’était une tradition que les hommes avaient deux femmes, une pour leur apporter des enfants et l’autre qui utilisait tous les secrets des plantes pour rester désirable et stérile, car les grossesses enlaidissaient le corps. Donc, Abraham ne voulant pas adhérer à ces idées ne pouvait rien faire. S’il prenait une autre femme, on lui aurait fait remarquer qu’il faisait le contraire de ce qu’il prônait. Et pareil s’il divorçait. C’est Sara qui l’a délivrée en l’autorisant à prendre une deuxième femme afin d’avoir des enfants. Elle a compris la situation, le blocage où se trouvait son mari et a décidé de modifier les données… Elle était à l’écoute des désirs de son mari et a contribué à les réaliser. De plus elle a apporté au judaïsme une qualité fondamentale ; l’autodérision. En effet à l’annonce de sa future grossesse à l’age de 90 ans, en pensant à leur vieillesse, elle a ri, et son rire nous poursuit jusqu’à ce jour. Ce rire est fait d’un mélange d’incrédulité et de jamais prendre au sérieux les réalités du moment. Enfin elle a montré une détermination à protéger son fils des attaques de son demi-frère et a exigé de son mari son renvoi. Attitude inhumaine, pensons nous, mais acquiescé par D.
Indépendante dans ses décisions, Support fondamental de son mari
Convaincu totalement du bien fondé des idées monothéistes d’Abraham qu’elle fait évoluer pour son propre compte,
Intransigeante dans l’application des lois du respect d’autrui
Mue d’une grande générosité,
Telle se présente à nous le personnage de Sarah.
Rivka

Notre deuxième matriarche, épouse de Itzhak, nous renvoyons au rôle exceptionnel joué par les femmes pour déterminer à qui reviendrait la bénédiction d’Abraham. En effet, pour le premier patriarche, la question ne se pose pas. Il n’avait qu’un enfant de Sarah et c’est par lui que passerait la tradition. Mais pour Itzhak, la question reste entière. Il avait de sa femme deux enfants et voulait octroyer la bénédiction d’Abraham à son fils aîné. Sa femme qui avait consulté des autorités religieuses lors de grossesse savait qu’un des jumeaux dominerait l’autre. Elle connaissait ses enfants et n’était pas dupe de l’attitude de son aîné qui trompait son monde et son père. Elle le savait indigne de la bénédiction d’Abraham dont il ne portait pas les valeurs. Alors quand son mari sentant la mort approcher a voulu donner la bénédiction à Esaü son fils aîné, elle s’est interposée et par un stratagème que tout le monde connaît, a fait attribuer la bénédiction d’Abraham à son fils second Jacob. Nous pouvons dire qu’elle a donné un coup de pouce au destin
En privilégiant l’acquis face à l’inné.
Pour elle la transmission de la tradition ne se fait pas automatiquement par le statut, mais il faut l’accomplir, faire un travail pour être digne de la recevoir. Elle nous a appris que les valeurs véhiculées par Abraham ne font pas partie d’un patrimoine génétique mais qu’elles s’acquièrent durant toute une vie.
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