Comment imaginer qu’un individu un peu louche, à l’allure de clochard, aux très mauvaises manières et à l’odeur improbable ait pu être une figure inspirante pour des penseurs tels qu’Elie Wiesel et Emmanuel Levinas ? Car ce sont bien les enseignements de Chouchani qui irriguent l’œuvre de ceux, nombreux, qui furent tour à tour fascinés, rabroués, déstabilisés, agacés par ce génie vagabond qui a construit sa propre légende. Et qui a su, post mortem, entretenir une grande part de mystère.

C’est en sondant les écrits et les témoignages de disciples illustres et de témoins que l’historienne et contributrice au Times of Israël Sandrine Szwarc éclaire la personnalité complexe et hors normes du Fascinant Chouchani (Ed. Hermann) dont elle nous donne à suivre l’itinéraire atypique. Et l’on comprend mieux, en refermant cet ouvrage stimulant, pourquoi le préfacier Shmuel Wygoda n’a jamais oublié la remarque sans appel du Pr Shalom Rosenberg qui fut l’un de ses maîtres : « Le monde se divise entre ceux qui connaissent Chouchani et ceux qui ne le connaissent pas »…

 

Times of Israël : Les lecteurs connaissent votre nom à travers vos contributions pour le Times of Israël. Vos travaux d’historienne portent sur la renaissance de la pensée juive en France après la Libération. Une période à propos de laquelle vous écrivez : « La nouvelle Jérusalem, c’est Paris à la Libération », évoquant notamment des centres artistiques tel celui de la rue Patin qui a tant marqué l’essayiste spécialiste du yiddish Rachel Ertel. Paris, théâtre de la reconstruction du judaïsme européen ?

Sandrine Szwarc : C’est vraiment cela. À tel point que le livre a failli s’appeler Chouchani et la nouvelle Jérusalem. Cette dynamique allait même au-delà : dans ces années d’après-guerre, alors que les Juifs de France devaient penser à se reconstruire physiquement, un mouvement de pensée s’est développé qui remettait au goût du jour les Textes de la Tradition juive. Ce n’était pas seulement un mouvement d’idées : il s’agissait d’une volonté très forte de faire revivre la culture juive sous toutes ses composantes : littérature, musique, théâtre, peinture… Paris était alors un haut lieu de cette culture juive qui s’exprimait en grande partie en langue yiddish. Sur les routes des Amériques ou de la Palestine mandataire, Paris s’est trouvé au carrefour de l’histoire culturelle internationale.

Cette ébullition intellectuelle et artistique a lieu alors que, écrivez-vous, « près des deux tiers des Juifs parisiens ont survécu ». Dans un contexte politique marqué par les propos polémiques d’un candidat que de nombreux historiens s’accordent largement à contredire, pouvez-vous commenter ce chiffre ?

Les deux tiers dont je fais état comprennent essentiellement des Juifs installés dans la capitale française depuis de nombreuses années. Le fait qu’ils maniaient bien la langue française les a évidemment aidés à faire établir les sauf-conduits qui leur ont permis de se sauver et de se cacher. Et surtout, ils avaient des connaissances parmi la population française.

Si, par comparaison avec d’autres pays d’Europe, un nombre plus conséquent de Juifs a pu être sauvé en France, c’est parce qu’il y a eu des Justes, qu’ils avaient des amis parmi la population française non juive ou bien qu’ils ont pu avoir connaissance des réseaux de sauvetages mis en place par d’autres Juifs. C’est essentiellement grâce à ces aides que des familles ont pu se réfugier en zone non occupée.

Le régime de Vichy et son chef n’y sont pour rien, bien au contraire puisque les mesures discriminatoires à l’encontre des Juifs de France ont été intensifiées au-delà des demandes allemandes.

 

Quel est le lien entre Chouchani, l’Ecole d’Orsay et le Colloque des intellectuels juifs de langue française (CIJLF), écoles de pensée juive qui nourrissent vos travaux ?

Chouchani a toute sa place dans ces deux grandes expériences. À l’appellation « L’École de pensée juive de Paris », je préfère celle de
« L’Ecole française de pensée juive », dans la mesure où Strasbourg fut aussi un haut lieu qui a fait de cette école ce qu’elle est devenue. Il faut y voir une sorte d’équation selon laquelle l’Ecole française de pensée juive = l’Ecole Gilbert Bloch d’Orsay + le Colloque des intellectuels juifs de langue française.

Et, plus ou moins en filigrane de cette expérience se tient Chouchani qui a donné des conférences à l’Ecole d’Orsay (et indirectement à l’UEJF) et qui a été cité à plusieurs reprises au Colloque, notamment par Emmanuel Levinas qui n’entamait pas une leçon talmudique sans avertir, en substance, qu’il n’était pas « grand chose » à côté de son maître. Il parlait de Chouchani.

« Un personnage fantasque, malodorant et doté des plus mauvaises manières »

Dans l’aréopage raffiné que constituent les grandes figures intellectuelles que vous convoquez dans vos réflexions, comment en êtes-vous arrivée à vous laisser séduire et à passer vos jours et sans doute aussi vos nuits d’écrivaine en compagnie d’un personnage dépeint comme un clochard, frustre, menteur, voleur, malpropre, un vagabond qui ne « sentait pas la rose », un peu fétichiste et aux très mauvaises manières ?

Chouchani a traversé l’Ecole française de pensée juive alors que beaucoup se sont demandé s’il avait même existé, d’autant qu’il n’a pas publié et qu’il était décrit par ceux qui l’ont rencontré comme un personnage fantasque, malodorant et doté en effet des plus mauvaises manières. Quelqu’un de peu sympathique en somme. Mais sa dialectique, cette manière qui était la sienne de convoquer les sources de la Tradition juive et de les faire dialoguer avec sa culture universelle, cette intelligence créatrice, voilà ce qui fascine !

« Il venait d’une région du monde où le judaïsme se vivait comme l’air qu’on respire »

Pourquoi le terme de Luftmensch, ces personnages insouciants qui se nourrissaient de l’air du temps et que Joseph Roth affectionnait, revient-il souvent à propos de Chouchani ?

Chouchani est tout et son contraire. Certains affirmaient qu’il était pieux, d’autres soutenaient qu’il ne l’était pas. Beaucoup le considéraient comme un clochard mais il se disait aussi que des investissements judicieux en Bourse l’avaient enrichi. Juif ashkénaze pour les uns, séfarade pour les autres, il était sans âge.

J’explique, dans la première partie du livre, comment le fascinant Chouchani a exercé une carrière de professeur et la façon dont il est entré dans la postérité, dans ce Paris de la Libération, en côtoyant les plus grandes figures de l’Ecole française de pensée juive au milieu desquelles il avait un profil plus qu’atypique !

Il venait d’une région du monde où le judaïsme se vivait comme l’air qu’on respire et où les Textes de la Tradition faisaient partie de l’enseignement dès le plus jeune âge. Quand ce Juif de l’Est arrive en France, il rencontre des coreligionnaires dont la formation en culture sacrée est sensiblement moins pointue. C’est ainsi que ce Juif vagabond apparaît comme un luftmensch, personnage inclassable.

« Il est passé par ici, il repassera par là, il court il court, Chouchani »… Vous aussi, d’ailleurs, qui le pistez et le retrouvez sous des noms différents…

Chouchani fut aussi Mordechaï, Mordekhai Chouchani, Mordechaï Rosenbaum, Mardochée, Mardoqueo quand il était en Amérique du Sud, Shoushani, Shushani, Chouchnè, Chouchana, Mordechaï Soussan, Ben-Soussan, Mardochée Bensoussan… Et puis Rosen, Rosenblum qui, en yiddish, le relient encore à la rose. Et pourtant, comme je l’explique dans le livre, la rose n’est pas à l’origine de son pseudonyme, même si par capillarité et association d’idées, elle en est venue à être associée à son identité.

On apprend qu’il a été enseignant à l’OSE, à Maïmonide, à l’Ecole d’Orsay, à l’UEJF mais aussi que les familles se l’arrachaient pour préparer leurs enfants à la bar-mitsva…

C’était le nom qu’on se passait de famille en famille à Strasbourg et à Paris, comme étant celui de l’un des meilleurs professeurs du moment en matières juives. Dans toutes ces écoles et pour toutes ces familles, il a laissé le souvenir de quelqu’un qui aimait briller et qui, en définitive, ne se souciait guère de savoir si ses enseignements étaient suivis.

C’était cela aussi, Chouchani : le spectacle de l’érudition. Il fallait avoir une culture générale pointue pour le suivre ! Ce qui n’était pas le cas des jeunes auxquels il donnait des cours. Il n’empêche qu’il les a fascinés : pour eux, il était un aventurier qui pouvait arriver avec des chaussures dépareillées, cravaté mais sans chemise, un immuable chapeau mou complètement déformé vissé sur le crâne et un long imperméable informe. Il mangeait des graines et transportait une valise ou une sacoche d’où il sortait des objets improbables.

« Il était cleptomane, cela fait également partie de sa personnalité »

Dans cette sacoche, des objets qu’il avait volés ?

Oui, il avait l’habitude de voler. Il était cleptomane, cela fait également partie de sa personnalité. Cela venait, disait-il, de son enfance très pauvre. Les gens qu’il rencontrait avaient tout et ne s’en rendaient pas compte. Les voler était pour lui une façon de les embêter. Ce pouvait être des montres de femmes, des jouets cassés, des livres…

Un génie mais, à vous lire, un piètre pédagogue qui secouait violemment ses élèves par les épaules. Les vexations et les humiliations qu’il infligeait lui ont-elles valu son renvoi de l’Ecole d’Orsay par Léon Ashkénazi ?

Léon Ashkenazi dit Manitou, qui l’avait sollicité pour enseigner à l’Ecole d’Orsay, l’en a en effet renvoyé. Il lui a reproché son manque de pédagogie et surtout sa façon de pratiquer une forme de déconstruction qui pouvait l’amener à faire un jour un cours sur un sujet et à le déconstruire totalement le lendemain.

Est-ce ce qui fait dire à Manitou que « Chouchani ne s’intéressait qu’à l’étape de la démolition » ?

Il lui reprochait de détruire et surtout, de ne laisser qu’un champ de ruines. J’ajoute – et je le sous-entends dans le livre – qu’il y aurait eu des affaires de mœurs avec des étudiantes de l’Ecole d’Orsay… Je raconte également l’épisode de cette conférence donnée par Manitou à l’UEJF sur « La clandestinité de la pensée juive ». Chouchani, qui était au fond de la salle, l’avait laissé parler et à la fin, il s’était levé et était intervenu en humiliant Manitou…

« Chouchani est né sous l’identité d’Hillel Perelman le 9 janvier 1895 à Brisk »

Quelques mots sur le judaïsme brisker qui lui était familier ?

Le rabbin Haïm de Brisk, contemporain de Hillel Perelman. (Crédit : DR/ S. Sz

Chouchani est né à Brisk, haut lieu du judaïsme lituanien. Ce judaïsme, aujourd’hui le plus répandu dans le monde des yeshivot, a été introduit par le reb Soloveitchik. Cette méthode de pensée, qui s’inscrit dans la Tradition du Gaon de Vilna et du rav de Volozhyn, met en avant l’importance de l’intellect dans l’accès aux Textes de la Tradition juive : l’intellect prime sur la spiritualité. C’est le fief des mitnagdim, une approche opposée à celle des hassidim. À l’époque où Chouchani est né, une sorte de réconciliation s’est opérée entre les mitnagdim – les tenants de la Tradition – et les Hassidim – leurs opposants davantage tournés vers la spiritualité. Un nouvel ennemi commun se profilait contre lequel il leur fallait s’unir : l’homme de la Haskala, celui des Lumières. Pour en revenir au judaïsme brisker, il consiste à faire dialoguer les Textes de la Tradition juive avec toutes les connaissances liées au monde profane afin de révéler la vérité du judaïsme. C’était exactement la méthode employée par Chouchani quand il est devenu enseignant avant-guerre à Strasbourg puis à Paris, après-guerre.

Chouchani a été, on le comprend, l’inspirateur de grands penseurs. Votre livre s’attarde plus particulièrement sur deux d’entre eux, à commencer par Elie Wiesel. Leur rencontre s’est-elle faite à l’OSE ?

Ce qui est intéressant avec Elie Wiesel est qu’il a romancé sa vision de Chouchani. Il donne au moins trois versions de leur première rencontre. Il l’aurait rencontré à l’OSE ou dans la maison d’enfants les Hirondelles ou encore dans une synagogue de la rue Pavée. Quoi qu’il en soit, Elie Wiesel s’est identifié au personnage de Chouchani qui incarnait pour lui toutes les images fantasmatiques et mystiques d’un monde disparu. Il était le lien à toutes les figures qui avaient peuplé l’univers de son enfance : les vagabonds, les fous, les sages, les Juifs errants… Chouchani était une survivance de son enfance idyllique dans la petite ville de Sighet, en Transylvanie à laquelle il avait été arraché. Wiesel avait un rapport très particulier à Chouchani, fait d’identification, d’admiration et d’inquiétude.

« Elie Wiesel savait que le vrai nom de Chouchani était Hillel Perelman »

Le processus d’identification-dissociation à l’œuvre dont vous parlez dans le livre ?

Une forme d’étrangeté préside à leur première rencontre, quelle qu’elle fût. Cela tenait à la personnalité de Chouchani qui l’inquiétait. Elie Wiesel s’est identifié à lui et l’a choisi pour maître. Ce qu’il y a d’inédit, dans cet ouvrage, tient à la découverte d’archives d’Elie Wiesel conservées à l’Université de Boston et qui, pour une raison qui demeure inconnue, ont réapparu. J’y ai trouvé un certain nombre de documents attestant qu’Elie Wiesel savait que le vrai nom de Chouchani était Hillel Perelman. Sans doute a-t-il gardé le nom secret par respect pour le personnage qui, pour lui, était entre ciel et terre. Elie Wiesel était resté un hassid, un mystique et Chouchani était certainement à ses yeux plus qu’un homme.

Elie Wiesel dans son bureau à New York, le 12 septembre 2012 (Crédit : AP Photo/Bebeto Matthews)

Venons-en à Emmanuel Levinas dont on peine à imaginer qu’il tremblait à l’idée que Chouchani pût l’entendre prononcer une lecture talmudique ! Vous rapportez les propos de Claude Riveline, un fidèle du Colloque auquel Levinas avait confié : « Je dois tout à Chouchani et en même temps, je lui en veux. Parce que [… ] il démolissait mon confort en une phrase ». Entreprise de démolition Chouchani ?

C’est sa méthode de déconstruction. Le lien de Chouchani à Emmanuel Levinas est fait de paradoxes. Certaines fois, Levinas dit sans doute devoir quelque chose à Chouchani mais en minimisant, arguant que sa pensée et sa volonté de proposer des leçons talmudiques étaient en germe depuis son enfance.

Ailleurs, il affirme que Chouchani a été fondamental dans l’évolution de sa pensée. Les biographes d’Emmanuel Levinas parlent très peu de Chouchani. Sa marginalité l’a condamné à être oublié. J’ai essayé de rappeler quelques vérités. Si Manitou est le seul à citer Chouchani, si Elie Wiesel le romance tant, Emmanuel Levinas est le seul à ériger en système la pensée chouchanienne. Il reprend un certain nombre d’éléments que Chouchani lui a transmis : il faut aimer la Torah plus que D.ieu, l’idée que les parties haggadiques du Talmud sont les plus intéressantes… L’idée « d’au-delà du verset » dont parle Emmanuel Levinas ramène à Chouchani et à la conception selon laquelle les questions sont plus importantes que les réponses, que rien n’est jamais fini et qu’il faut sinon déconstruire, en tout cas décortiquer et « souffler sur les braises » pour toucher du doigt la vérité.

En écrivant « En le réconciliant avec les Textes, Chouchani a réconcilié Wiesel avec Dieu » et en rapportant, plus loin, comme en écho, les propos de Levinas * « La rencontre de cet homme m’a redonné confiance dans les livres », n’indiquez-vous pas que Chouchani a su faire œuvre de pédagogie ?

Tout à fait. Et c’est la raison pour laquelle je le considère – c’est la thèse essentielle de mon livre – comme l’un des inspirateurs de l’Ecole française de pensée juive. Il est là quand il faut, au lendemain de la catastrophe de la Shoah et donne une impulsion au retour aux Textes. À ce titre, même s’il n’était pas à proprement parler un pédagogue et que sa méthode laissait à désirer, il a joué un rôle important dans la reformulation de l’identité juive sur un certain nombre de personnalités de cette École.

« Le sionisme religieux est vraiment le fil conducteur de ses errances ».

Pourquoi écrivez-vous que « Le sionisme est le fil conducteur des errances de Chouchani » ?

Cette dimension a souvent été éludée. Le sionisme a été présent à de nombreuses étapes de sa vie et il a déterminé ses errances. Quand il a quitté Brisk, avant la Première guerre mondiale, pour aller en Palestine ottomane, Hillel Perelman est parti avec un réseau antisioniste dans la mouvance du rav Sonnenfeld : un antisionisme proclamant, en résumé, l’impossibilité de construire un Etat juif politique avant l’avènement du Messie.

Il s’est ensuite rapproché du Rav Kook dont il a été élève dans sa yeshiva de Jaffa. C’est là que Chouchani a perçu un sionisme autre que celui du vieux Yishouv. Sur la recommandation du Rav Kook, il est ensuite allé aux Etats-Unis afin de se rapprocher de Meir Bar-Ilan, l’un des premiers introducteurs du sionisme religieux en Amérique. On l’a retrouvé plus tard à Berlin aux côtés de mouvements sionistes puis en France, après-guerre, où il a participé aux premières réunions de l’Hapoel Hamizrahi (sionisme religieux).

Et quand il a quitté la France, dans les années 1950, quels kibboutzim rejoint-il si ce n’est les kibboutzim religieux du mouvement Mizrahi ? Le sionisme religieux est vraiment le fil conducteur de ses errances. Il a également œuvré à sensibiliser de jeunes Juifs à la cause sioniste. Et quand il a rejoint l’Amérique du Sud, il a continué d’être proche du mouvement Mizrahi. C’est d’ailleurs lors d’un séminaire de ce mouvement qu’il est mort, le vendredi 26 janvier 1968. Chouchani conservait tous les articles s’intéressant à l’Etat d’Israël. Tous les témoins m’ont dit que dès qu’il y avait une nouvelle en provenance d’Israël, il tendait l’oreille. Une ancienne élève de l’Ecole d’Orsay m’a dit que, dans les années d’après-guerre, il faisait même passer des tests de niveau d’hébreu pour les candidats à l’alyah.

La proximité de Chouchani avec le sabbataïsme a plusieurs fois été évoquée. Récemment encore (2020), dans le journal du Vatican qui lui attribuait d’appartenir au « sabbataïsme » ou d’être crypto-chrétien ?

Des cahiers de notes de Chouchani.
(Crédit : DR/ S. Sz.)

Chouchani a toujours été celui qu’on veut voir. Chacun a quelque peu trituré sa personnalité. Certains, comme je l’ai dit, le disaient pieux quand d’autres doutaient de ses pratiques. D’aucuns voyaient en lui un hérétique tant il allait loin dans ses déconstructions. Il faut dire qu’il prenait des libertés vis-à-vis de la mitsva, ce qui est le cas de nombreux cabbalistes qui s’accordent des libertés qu’ils jugent explicables. Jusqu’à ce journal du Vatican qui lui consacre un article le décrivant comme un chrétien ou un faux messie… Cela aussi s’inscrit dans les légendes qui entourent sa personnalité.

« Chouchani était une sorte de Léonard de Vinci du XXe siècle »

Certains des cahiers de Chouchani ont été acquis lors d’une vente aux enchères, d’autres ont été donnés en 2019 à la Bibliothèque nationale d’Israël par Shalom Rosenberg, professeur en matières juives. Ils sont consultables mais ont-ils parlé ?

Visiblement, Chouchani n’a écrit ses cahiers que pour lui-même et beaucoup se sont cassé les dents en tentant d’y déceler des vérités qu’il aurait dissimulées sous un langage codé. Je cite l’histoire de cette personne qui, sous l’Occupation, avait essayé de prendre en notes les propos de Chouchani et qui, au bout de quelques minutes, avait dû y renoncer, vaincu par une violente migraine ! Pour suivre la pensée de Chouchani, il faut être… Chouchani !

Il n’en demeure pas moins que ces cahiers sont importants car ils démontrent l’étendue du savoir de Chouchani et tous les sujets auxquels il s’intéressait : les Textes de la Tradition juive, les différentes langues qu’il parlait, ses schémas d’optique, d’astronomie, d’électricité, des poèmes en français, Virgile cité de mémoire dans le texte… Que démontrent ces cahiers ? Que Chouchani était une sorte de Léonard de Vinci du XXe siècle, un prodige qui s’intéressait à tous les domaines de la pensée.

Pourquoi dire que le vrai génie de Chouchani est d’être « symboliquement encore vivant » ?

S’il fallait retenir une chose de Chouchani, c’est que les questions sont plus importantes que les réponses. Finalement, Chouchani nous laisse un certain nombre de questions. Il a eu ce génie d’avoir créé une légende qui perdure. Même si le livre apporte un certain nombre de réponses qui rendent le personnage plus humain…

La tombe de Chouchani en Uruguay, dans le carré ashkénaze du cimetière de La Paz. (Crédit : DR/ S. Sz.)

Times of Israel et JForum.fr

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