Kippour est aussi un jour de joie (vidéo)
À l’approche de Kippour, j’aimerais vous dire quelque chose de simple, mais d’essentiel. Nous entendons parler de jeûne, de prières, de Vidouï, de regrets et de bonnes résolutions. Mais au fond, qu’est-ce qu’Hachem attend réellement de nous pendant cette journée ?
Une chose avant tout : la Téchouva.
Hachem ne nous demande pas de devenir parfaits en vingt-quatre heures ni de transformer toute notre vie avant la Néïla. Il nous demande quelque chose de plus profond et de plus humain : revenir sincèrement vers Lui.
La Torah dit au sujet de la Téchouva : « Cette chose est très proche de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur afin de l’accomplir. » Si Hachem Lui-même nous affirme que le repentir est accessible, pourquoi penser qu’il serait réservé à des êtres exceptionnels ?
Pourtant, beaucoup peuvent ressentir : « Comment pourrais-je vraiment changer ? J’ai déjà pris des résolutions l’année dernière, demandé pardon pour les mêmes fautes, et me voici encore avec les mêmes faiblesses… »
Ne vous découragez pas. Ce sentiment vient souvent d’une mauvaise compréhension de la Téchouva.
La Téchouva ne signifie pas se détester
Faire Téchouva, ce n’est pas passer Kippour à se mépriser, puis sortir convaincu que l’on est mauvais, indigne et incapable de changer. Une culpabilité qui nous brise peut même nous enlever la force de revenir vers Hachem.
Le mot « Téchouva » signifie « retour ».
Faire Téchouva, c’est revenir vers Hachem après s’être éloigné. C’est reconnaître qu’un acte ou une habitude ne correspond pas à la personne que nous désirons profondément devenir.
Le véritable repentir ne consiste donc pas à dire : « Je suis mauvais. » Il consiste à dire : « J’ai mal agi. Je le regrette. Mais cet acte ne représente pas celui que je veux être. »
Il faut condamner la faute sans condamner définitivement la personne qui l’a commise.
Vous n’êtes pas votre faute. Vous êtes une âme qui peut s’être égarée, mais qui peut toujours retrouver le chemin de la maison.
Le Vidouï n’est pas une liste de fautes
Pendant Kippour, nous allons réciter plusieurs fois le Vidouï. Mais prenons garde à ne pas prononcer tous ces mots machinalement, en frappant notre poitrine sans jamais ouvrir notre cœur.
Le Vidouï n’est pas un formulaire administratif à remplir pour obtenir le pardon. C’est une conversation intime entre un Juif et son Créateur.
Le Rambam explique que l’homme doit reconnaître verbalement ce qu’il a fait, exprimer son regret et dire la décision qu’il a prise dans son cœur.
Le véritable Vidouï, c’est pouvoir dire à Hachem : « J’ai fait cela. Je sais que ce n’était pas bien. Je le regrette. Je veux changer. Mais Tu connais aussi mes faiblesses. Aide-moi à devenir meilleur. »
Après avoir récité le texte du Ma’hzor, prenons quelques instants pour parler à Hachem avec nos propres mots. Il n’est pas nécessaire de chercher de belles phrases. Hachem n’attend pas notre éloquence, Il attend notre sincérité.
Disons-Lui ce que nous regrettons, ce que nous voudrions réparer et ce qui nous empêche encore d’avancer. Parfois, quelques phrases prononcées avec un cœur vrai peuvent transformer tout un Kippour.
Hachem ne nous demande pas de tout changer
Nous arrivons parfois à Kippour en décidant de tout changer : mieux prier, étudier davantage, ne plus nous mettre en colère, ne plus dire de Lachon Hara, être plus présents pour notre famille…
Puis la vie reprend et, quelques jours plus tard, tout s’effondre. Nous sommes alors encore plus déçus de nous-mêmes.
Ne tombez pas dans ce piège.
Une petite résolution précise et tenue vaut mieux que dix grands engagements abandonnés.
Choisissez un point, un seul s’il le faut, mais prenez-le au sérieux : une bénédiction dite avec plus d’attention, quelques minutes d’étude régulière, une parole blessante que l’on décide de retenir, un téléphone que l’on accepte enfin de filtrer ou un moment réellement consacré à son conjoint et à ses enfants.
Ne méprisez jamais un petit progrès sincère. Il peut devenir le début d’un grand chemin.
La Téchouva commence lorsque ce que nous acceptions hier comme « normal » devient quelque chose que nous ne voulons plus accepter aujourd’hui.
Et si je retombe près Kippour?
C’est la question qui décourage le plus : « Comment puis-je promettre sincèrement de changer alors que je sais que je risque de retomber ? »
Écoutez bien ceci : une chute future ne rend pas mensongère la Téchouva présente.
Si aujourd’hui, au moment du Vidouï, vous reconnaissez sincèrement votre faute, vous la regrettez et vous désirez réellement changer, alors votre Téchouva est vraie aujourd’hui.
Et si demain vous retombez, vous devrez vous relever demain.
Hachem connaît nos faiblesses, nos blessures et les efforts que personne d’autre ne voit. Il sait que l’être humain traverse des périodes d’élévation et des moments de chute. Malgré tout cela, Il continue de nous appeler vers Lui.
Tomber fait partie de la condition humaine. Se relever fait partie de notre mission.
À Kippour, Hachem ne vous demande pas d’être aujourd’hui celui que vous serez peut-être dans dix ans. Il vous demande d’être sincèrement celui que vous pouvez être maintenant.
N’exigez pas de vous ce qu’Hachem ne vous demande pas encore. Mais ne fuyez pas non plus le petit changement qu’Il attend de vous aujourd’hui.
Kippour est aussi un jour de joie
La Michna enseigne que Kippour est l’un des jours les plus heureux de l’année, parce qu’Hachem nous offre la possibilité d’effacer, de réparer et de recommencer.
Nous n’arrivons pas devant Lui comme des êtres parfaits. Nous arrivons avec nos chutes, nos contradictions et nos faiblesses, mais aussi avec notre désir de revenir.
Et ce désir compte énormément aux yeux d’Hachem.
Voilà pourquoi la Téchouva ne doit pas seulement nous faire trembler. Elle doit aussi nous remplir d’espoir.
Pendant le Vidouï, ne récitons donc pas seulement des mots. Parlons à Hachem comme un enfant parle à son père après s’être éloigné.
Disons-Lui ce que nous regrettons, confions-Lui nos difficultés, puis choisissons le petit pas concret que nous sommes réellement capables d’accomplir.
Hachem ne nous demande pas de tout faire. Il nous demande de faire honnêtement notre part.
La Téchouva n’est pas réservée à ceux qui ne tombent jamais. Elle a précisément été offerte à ceux qui tombent, qui souffrent de leur éloignement et qui désirent se relever.
Alors, ne pensez jamais qu’il est trop tard, que vous êtes allé trop loin ou qu’Hachem ne veut plus de votre retour.
À Kippour, la porte n’est pas seulement ouverte.
Hachem attend que nous la franchissions.
Rabbi Yaakov Butchkovsky pour Torah-Box
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