Les élites, les médias, les institutions françaises et juives, tous ceux qui vivent sur le dos des Français, ont manipulé l’opinion pour qu’elle vote en faveur de « Macron-la-Faillite », au nom du fameux « bouclier républicain » destiné à faire barrage au RN. La France docile, ayant perdu tout sens de discernement, a validé par son vote, le choix non d’une simple décadence, mais d’un suicide de masse.
Ce fut, selon nous, un choix funeste. Il faut aujourd’hui rappeler à tous les idiots utiles leur responsabilité dans ce choix et, surtout, dans le désastre que nous constatons aujourd’hui, et leur demander d’avoir désormais la décence de se taire.
Nous avions écrit, dès le 17 janvier 2022 : « Pourquoi Macron ne peut être réélu ». Pourtant, après une immense campagne de manipulation et de décérébration en sa faveur, une majorité des suffrages exprimés au second tour s’est portée sur « Macron-la-Faillite ».
Les mêmes arguments que ceux que nous développions en 2022 se retrouvent aujourd’hui dans l’excellent article publié ci-dessous.
Comme l’écrivait Molière : « Tous les discours sont des sottises, Partant d’un homme sans éclat ; Ce seraient paroles exquises, Si c’était un grand qui parlât. »

Nicolas Baverez : «Dette, travail, école, immigration… Comment redresser la France après la faillite des années Macron»
Dans un texte fleuve, précis et argumenté, l’auteur de La France qui tombe livre son diagnostic et les pistes d’un redressement radical : désendetter le pays, réformer l’État, réhabiliter le travail et l’école, soutenir les familles, restaurer l’ordre public et réarmer la nation. Il n’y a pas de fatalité au déclin français.
Jamais depuis les années 1930 la France n’a abordé un scrutin majeur en étant aussi affaiblie et vulnérable, dans un monde aussi instable et dangereux. Jamais depuis le régime de Vichy la probabilité d’une arrivée au pouvoir de l’extrême droite n’a été aussi élevée, pour la première fois à la suite d’élections régulières et non d’une défaite militaire ou d’un coup d’État. Jamais depuis la fin de la IVe République notre pays n’a été touché par une crise financière aussi aiguë qui menace son indépendance et sa souveraineté. Jamais depuis l’engagement de la construction européenne dans les années 1950, un scrutin français n’a pesé d’un tel poids dans le destin de l’Union, qui pourrait éclater à la suite d’un Frexit de fait sinon de droit ou bien voir son projet radicalement réorienté par la prise de pouvoir de l’extrême droite en France en 2027, après l’Italie en 2022 et peut-être avant l’Allemagne en 2029.
Pourtant, le grand débat qui devrait s’engager sur le redressement de la France est étouffé par une drôle de campagne, coupée des réalités de l’économie, de la société, des marchés et de la montée des tensions internationales. La machine à multiplier à l’infini les candidatures va de pair avec l’absence de vision et de programme. Et ce tout particulièrement au sein du pseudo-bloc central qui n’est pas plus un bloc qu’il n’est central. Ses dirigeants, de plus en plus éclatés, incohérents et désunis, ne se préoccupent ni de projet, ni de redressement, ni de mobilisation des citoyens ; ils ne s’adressent qu’à eux-mêmes en s’écharpant sur les sondages et les primaires, les ralliements et les investitures, sans jamais traiter des problèmes de la France et des Français. Tous se rallient à une course de lenteur tactique qui fait l’impasse sur le fond et sur les citoyens, faisant le jeu des extrémistes. À l’extrême droite, Marine Le Pen gère sa rente de favorite en cherchant à limiter les risques et les erreurs. À l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon s’engouffre dans le vide politique béant, seul à faire véritablement campagne en quadrillant les Français issus de l’immigration, les jeunes déclassés et les banlieues, les réseaux sociaux et les médias.
Toutes les conditions sont ainsi remplies pour un nouveau débat occulté et une élection tronquée, dans la lignée de 2017, quand Emmanuel Macron fut désigné par les juges autant qu’élu par les Français, et de 2022, quand il fut reconduit en se masquant derrière la guerre d’Ukraine. Mais la situation de 2027 est tout autre. Si les Français ne se saisissent pas de l’élection présidentielle pour choisir une stratégie de redressement, les marchés, nos partenaires européens et nos ennemis décideront pour eux.
La crise financière n’est plus une menace ; elle a déjà débuté. Non par un défaut à la suite d’une rupture de solvabilité mais par un étranglement implacable qui accélère brutalement. La dette est devenue incontrôlable avec des taux d’intérêt de 4,5 % pour une croissance nominale inférieure à 3 % (croissance de 0,4 % augmentée d’une inflation de 2,4 %) et avec un service qui dépassera 100 milliards d’euros avant la fin de la décennie, évinçant le financement des services publics et interdisant tout investissement. Après les États-Unis et le Royaume-Uni, la France est le pays dont la dette souveraine est la plus surveillée par les marchés, alors que les investisseurs étrangers en détiennent près de 60 %. La longue indulgence dont a bénéficié notre pays de la part des agences de notations, des marchés et de nos partenaires européens est terminée. Et il est fort possible qu’un choc intervienne avant même l’élection du printemps 2027 si la percée des candidats populistes se confirme.
Aucun candidat pour la prochaine présidentielle ne propose de véritable rupture et tous s’inscrivent pour l’heure dans la continuité des non-choix et des renoncements qui ont fait de la France l’homme malade de l’Europe.
Qui que soit le prochain chef de l’État, quelles que soient son idéologie et ses promesses, sa première priorité sera la dette publique et ses premiers interlocuteurs les marchés financiers, le Conseil européen et la BCE. Et sa première décision cardinale portera sur le choix de la reprise de contrôle des finances publiques ou bien d’un choc qui ne pourra conduire qu’à une mise sous tutelle par le FMI, la Commission et la BCE – avec une diminution du pouvoir d’achat de l’ordre de 20 % – ou un défaut – indissociable d’une chute des revenus de l’ordre de 40 % et du basculement dans la pauvreté d’une vaste partie des classes moyennes. Or il est stupéfiant de constater qu’en dehors des propositions suicidaires d’annulation de la dette de Jean-Luc Mélenchon, qui n’ont d’autre but que d’accélérer la crise financière pour jeter le pays dans le chaos, aucun candidat ne se risque à exposer la situation économique et financière réelle du pays, à faire la pédagogie des défis qu’il doit relever et à proposer des solutions crédibles.
Aucun candidat ne propose de véritable rupture et tous s’inscrivent pour l’heure dans la continuité des non-choix et des renoncements qui ont fait de la France l’homme malade de l’Europe.
Face à une situation critique où se joue l’avenir de la démocratie en France comme en Europe, l’heure devrait être au courage de la vérité. Avec pour ligne directrice la maxime de Georges Clemenceau : « En politique, il faut savoir ce que l’on veut ; quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. » Ceci implique de sortir du déni et de l’ambiguïté pour clarifier les questions que les Français devront trancher : quels risques liés aux transformations du monde et de l’Europe ? Où en sommes-nous ? Que voulons-nous faire ? Quelle stratégie pour conduire le redressement ? Quels changements dans l’esprit et la méthode de gouvernement, dans l’éthique des dirigeants et dans le comportement des citoyens ?
Affronter le retour des empires et de la guerre
Le monde 2027 n’a plus rien à voir avec celui de 2017 ou 2022. L’histoire du XXIe siècle a basculé sous la pression des chocs qui se sont enchaînés : pandémie de Covid, guerres d’Ukraine, de Gaza et d’Iran, crise énergétique.
La mondialisation, ébranlée par le krach de 2008, a éclaté, s’effaçant devant un nouvel âge des empires structuré autour de zones d’influence où la force prime le droit et où toute forme d’ordre international a disparu. La démocratie enregistre un très fort recul, ne gouvernant plus que 6,6 % des 8 milliards d’hommes, avec pour symbole la conversion de l’Amérique à l’illibéralisme et son alignement sur les principes et les pratiques des États autoritaires. La violence échappe à tout contrôle et toute limite, conjuguant retour de la guerre, avec un nombre de conflits armés sans précédent depuis 1945 qui font des civils leur première cible, disparition de l’ordre public et ensauvagement des sociétés.
Le système économique mondial s’est profondément restructuré. Les États ont pris le pas sur les marchés, le protectionnisme sur le libre-échange, la sécurité des approvisionnements sur l’optimisation des chaînes de valeur. Les échanges et les paiements mondiaux se réorganisent autour de blocs régionaux entre lesquels la confrontation prévaut sur la coopération à travers l’arsenalisation des mouvements de biens, de capitaux, de technologies, de données, d’information ou d’hommes. Le capitalisme de prédation ressurgit, allant de pair avec l’explosion de la corruption – dont Donald Trump et ses proches sont emblématiques -, la dérégulation et l’exacerbation des inégalités. La pénurie de capitaux longs face aux gigantesques besoins de financement du vieillissement, de la réindustrialisation, de la révolution de l’IA, de la transition écologique et du réarmement ainsi que le renouveau durable de l’inflation lié au protectionnisme, entraînent une forte hausse des taux d’intérêt qui fragilisent les États et les entreprises surendettés tout en créant des risques élevés de krach obligataire, renforcés par la spéculation autour des entreprises de l’IA.
Sous les présidences d’Emmanuel Macron, les chocs et les crises ont transformé le lent déclin de la France et le déclassement des Français depuis le début des années 1980 en faillite.
L’Europe, qui s’était reconstruite après 1945 autour de son unification économique et de la conviction que la paix repose sur le droit et le commerce, se trouve dans une situation particulièrement difficile. Elle a décroché en termes d’activité, de productivité et de compétitivité du fait de l’insuffisance d’investissement et d’innovation ainsi que de la mise en place d’un carcan fiscal et réglementaire destructeur pour les entreprises. Elle a cédé aux illusions de la fin de l’histoire après l’effondrement de l’Union soviétique en pratiquant un désarmement unilatéral, en ouvrant de manière conditionnelle ses frontières, en institutionnalisant sa dépendance à la garantie de sécurité, à la finance et à la technologie des États-Unis, à l’énergie de la Russie et aux importations de biens de première nécessité venus de Chine. Elle se trouve aujourd’hui prise en étau entre la menace existentielle de la Russie de Vladimir Poutine qui entend reconstituer l’empire soviétique sur le continent, la prédation et la volonté de vassalisation des États-Unis de Donald Trump, le pillage économique et commercial par la Chine de Xi Jinping à grand renfort de dumping, l’expansionnisme de la Turquie de Recep Erdogan qui entend faire revivre l’Empire ottoman en l’adossant à l’islamisme. Et, du même coup, l’Europe a ouvert un formidable espace aux mouvements populistes en conjuguant paupérisation et atomisation de la classe moyenne, immigration incontrôlée, insécurité et rupture de la paix civile, impuissance face à la guerre hybride conduite par Moscou, paralysie des institutions.
Prendre la mesure du décrochage français
Le débat de l’élection présidentielle restera virtuel s’il ne s’engage pas sur la base d’une analyse précise et exacte de la situation de notre pays. Or le constat est clair : sous les présidences d’Emmanuel Macron, les chocs et les crises ont transformé le lent déclin de la France et le déclassement des Français depuis le début des années 1980 en faillite. Avec pour moteur et pour baromètre l’envolée de la dette publique, augmentée de 1 500 milliards d’euros en dix ans, qui constitue aujourd’hui une menace mortelle pour l’économie, la société et la démocratie.
Faillite démographique, avec, pour la première fois depuis 1945, un excédent des décès sur les naissances en 2025 et un taux de fécondité ramené à 1,56 enfant par femme. Ce krach est dévastateur pour la croissance potentielle comme pour la pérennité du système de protection sociale. Il enferme le pays dans une dynamique malthusienne. Par ailleurs, de la Hongrie à l’ex-RDA en passant par l’Italie, il est acquis que le dépeuplement, couplé à l’immigration de masse, constitue l’un des plus puissants vecteurs du populisme.
Faillite économique, avec une activité en panne totale, décrochée des pays européens – paralysée par les hausses d’impôts, le choc énergétique et les canicules -, un niveau record des défaillances d’entreprises (plus de 70 000 en un an), une productivité stagnante depuis une décennie, un appareil productif sous-compétitif qui ne fabrique plus que 36 % des biens manufacturés consommés, une balance commerciale déficitaire de 2,8 % du PIB. En dehors de rares filières comme le luxe, l’aéronautique ou la défense, la France n’est plus un territoire de production mais un simple centre de distribution et de consommation à crédit, totalement dépendante de ses fournisseurs – y compris désormais sur le plan agricole – et des marchés financiers.
Faillite sociale, qui se traduit par la paupérisation massive de la population avec une richesse par habitant reléguée au 34e rang mondial et inférieure de 7 % à la moyenne de l’Union européenne, de la montée de la pauvreté qui touche 9,8 millions de Français (11,2 millions avec l’outre-mer), enfin d’un chômage structurel qui remonte vers 9 % des actifs.
Faillite financière, avec une dette publique de plus de 3 500 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, à laquelle s’ajoutent 180 milliards dus au titre des emprunts de l’Union pour le plan de relance post-Covid et l’Ukraine ainsi que 12 300 milliards d’engagements de retraite. Cette dette, nourrie par un déficit structurel de 5 % à 6 % du PIB, est devenue insoutenable. La prime de risque a bondi et notre pays emprunte désormais à 10 ans à un taux de 4,3 %, contre 3,4 % pour l’Allemagne, 3,8 % pour l’Espagne et le Portugal, 4,1 % pour la Grèce et 4,2 % pour l’Italie. Les investisseurs se détournent des titres français qui sont majoritairement achetés par des hedge funds préparant de futures attaques spéculatives. L’envolée des taux renchérit le financement des entreprises et des ménages, tandis que la crise de la dette souveraine déstabilise les banques et les assurances.
Faillite sécuritaire, avec la disparition de l’ordre public et la généralisation de la violence à l’ensemble du territoire, sans réponse de la part de la police et de la justice qui, au nom d’une conception dénaturée de l’État de droit, privilégie la protection des auteurs de violences sur celle de leurs victimes. Rompant avec une diminution séculaire, le nombre d’homicides est passé de un à trois par jour, tandis qu’on dénombre quotidiennement 40 attaques au couteau. Le terrorisme islamiste a fait plus de 280 morts et 1 200 blessés en dix ans. Des pans entiers du territoire sont en voie de mexicanisation à la suite de l’expansion du narcotrafic, qui réalise un chiffre d’affaires estimé à 7 milliards d’euros, emploie 240 000 personnes, étend son emprise en corrompant nombre d’agents publics, installe une contre-société étrangère aux lois de la République. Enfin, l’antisémitisme flambe, baromètre de la décomposition de la société et de la démocratie.
Faillite éducative, éclairée par les résultats calamiteux de l’enquête Pisa 2025, qui met en évidence l’accélération du décrochage des élèves de 15 ans dans la compréhension de l’écrit (28e rang) et les mathématiques (34e rang), avec une chute spectaculaire des plus performants – réduits à 4 % contre 15 % en 2003. Le renoncement à la connaissance et à l’exigence est acté par la diminution historique de 49 points de la compréhension de l’écrit et de 37 points en mathématique en vingt ans, période durant laquelle les mentions très bien au bac ont été multipliées par dix et l’absence de mention divisée par deux. L’inflation de diplômes dévalorisés accompagne la chute du savoir. La recherche aussi décroche de la 5e à la 10e place mondiale, avec une chute de 37 % du poids scientifique de notre pays qui explique sa marginalisation en matière d’innovation. L’ignorance engendre le ressentiment et la violence, attisant les passions collectives.
Faillite diplomatique, avec la perte de toute crédibilité de la voix de la France du fait de sa crise existentielle et de son incapacité à se réformer, redoublée par un déclassement militaire du fait de l’incapacité à financer le réarmement. L’effort de défense plafonne à 2,2 % du PIB, ne permettant pas de convertir l’armée conventionnelle au combat de haute intensité en Europe ni de rattraper le retard accumulé dans les technologies clés : drones, défense antiaérienne, frappe en profondeur, espace, IA. La France est reléguée au 21e rang des pays de l’Otan pour ses dépenses militaires, alors qu’elle constitue l’une des cibles privilégiées de la guerre hybride menée par la Russie et que les menaces du terrorisme islamique se renforcent tant au plan intérieur qu’avec l’émergence d’un Sahelistan.
Faillite politique, enfin, avec la paralysie des institutions de la Ve République depuis la dissolution insensée de juin 2024, adossée à un État obèse et impuissant qui accapare 57,2 % du PIB (1 770 milliards d’euros de dépenses) tout en échouant à assurer les services de base dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la sécurité ou de la justice. Les gouvernants, prisonniers de leurs mensonges et de leur démagogie, ont renoncé à l’intérêt général pour distribuer à leurs proches et leurs clientèles prébendes publiques et ultimes dépouilles de l’État-providence.
Le projet : restaurer la France comme puissance
L’élection de 2027 doit renouer avec l’espoir, en mobilisant les Français autour d’un projet. Et pour cela rompre clairement avec l’individualisme radical et l’esprit de capitulation qui ont dominé les deux quinquennats d’Emmanuel Macron, dans la lignée de ses prédécesseurs immédiats.
La Ve République a en effet connu deux cycles bien distincts. Ses trois premiers présidents, le général de Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, marqués au fer rouge par la débâcle de juin 1940, l’Occupation puis l’impuissance de la IVe République, ont fait la politique de la France, au risque d’affronter les intérêts catégoriels et de s’aliéner des secteurs de l’opinion. Ils ont donné la priorité à sa reconstruction comme puissance et à son indépendance, à la modernisation de son économie, aux enjeux de long terme, à son adaptation à l’environnement de la guerre froide et à la construction européenne.
La prolétarisation des Français est la conséquence inévitable du déclassement de la France. Comme en 1958, ce n’est qu’en relevant la France que l’on pourra rendre aux Français la prospérité et la sécurité sans lesquelles il n’est pas de démocratie stable
Depuis l’élection de François Mitterrand en 1981, la politique des Français a pris le pas sur la politique de la France, fondée sur la distribution d’avantages et de revenus de plus en fictifs, la sanctuarisation du modèle d’économie administrée hérité des Trente Glorieuses sans tenir compte des modifications de l’environnement économique et stratégique : chute du mur de Berlin, réunification allemande, passage à l’euro, mondialisation, entrée de la Chine dans l’OMC, basculement dans l’âge des empires et fin de l’ordre de 1945. Les Français se sont installés dans une situation de rentiers, au moment même où plusieurs milliards d’hommes entraient dans le système capitaliste et où l’Occident perdait son monopole sur l’histoire du monde. La France a prétendu continuer à tenir un discours de puissance alors même qu’elle perdait tous ses moyens de puissance et qu’elle aliénait sa souveraineté au plan économique, technologique et financier.
La dette publique, démesurément gonflée grâce à la protection de l’euro, a permis d’entretenir durant près d’un demi-siècle l’illusion que les Français pouvaient continuer à s’enrichir tout en travaillant moins et alors que l’économie périclitait. Cette fiction a disparu. La prolétarisation des Français est la conséquence inévitable du déclassement de la France. Comme en 1958, ce n’est qu’en relevant la France que l’on pourra rendre aux Français la prospérité et la sécurité sans lesquelles il n’est pas de démocratie stable. Ceci implique de donner une priorité absolue au redressement intérieur, d’assurer le primat du bien commun sur les intérêts catégoriels, de faire primer les enjeux de long terme sur les gains immédiats.
L’impératif catégorique du désendettement public
La reprise du contrôle des finances publiques constitue la clé du redressement. Leur dérive concentre en effet les erreurs de jugements, l’impuissance et l’irresponsabilité des gouvernants. Et le surendettement est une arme de destruction massive de l’économie, de la société et de la démocratie, comme l’ont montré l’Argentine, le Venezuela ou le Liban. À l’inverse, la libération du carcan de la dette est le moyen pour la nation comme pour les citoyens de recouvrer la maîtrise de leur destin.
Pour concevoir et réaliser son redressement, la France peut s’inspirer de la réussite de 1958 comme de l’expérience des autres pays européens. Les politiques d’ajustement volontaires sont moins coûteuses économiquement et socialement que les restructurations imposées par les institutions internationales. Ainsi, dans les années 1990, la Suède a échappé à la récession tout en faisant passer son déficit de 11 % du PIB en 1993 à un excédent de 0,8 % du PIB en 1998, tandis que dans les années 2010, les programmes pilotés par le FMI et l’Union ont provoqué une baisse de 20 % du PIB en Grèce, 8 % en Espagne et 5 % au Portugal. Seules les thérapies de choc réussissent car elles permettent d’obtenir rapidement des résultats positifs et tangibles pour les citoyens. Le rééquilibrage des comptes publics a pour conditions la réforme de l’État et la transformation du modèle économique et social pour libérer la croissance et l’emploi. Enfin, les réformes supposent une pédagogie active du changement mais aussi un nouveau pacte entre les générations comme entre l’État, les entreprises et les citoyens, sauf à faire le jeu des populismes comme Friedrich Merz vient d’en faire la cruelle expérience en Allemagne. L’inéluctable désindexation des retraites a pour contrepartie l’augmentation de la durée et de la productivité du travail des actifs d’une part, le réinvestissement des jeunes dans les études et la connaissance d’autre part.
L’objectif reste la soutenabilité de la dette, ce qui implique un excédent primaire, soit un déficit réduit à 1,5 % du PIB. La surfiscalité, caractérisée par des recettes publiques culminant à 52 % du PIB, a des effets dévastateurs sur la croissance, l’investissement et l’emploi. Les 30 milliards d’impôts supplémentaires des budgets de 2025 et 2026, à défaut de réduire le déficit public qui reste supérieur à 5 % du PIB, ont en revanche plongé notre économie dans la récession, les faillites et le chômage, avant même le choc énergétique provoqué par la guerre d’Iran puis les canicules et les incendies de l’été 2026. La totalité du rééquilibrage devra donc être effectuée par la diminution d’un point de PIB par an au cours du prochain quinquennat des 1 770 milliards d’euros de dépenses publiques, dont 900 milliards de transferts sociaux et 500 milliards de dépenses de fonctionnement des administrations, tout en les réorientant pour partie vers les missions régaliennes de l’État (3,6 % du PIB) et l’investissement public (5,5 % du PIB).
Renouer avec le travail, l’investissement et l’innovation
Le redressement des comptes publics ne peut être réalisé sans une profonde remise en question des missions et de l’organisation de l’État, aussi proliférante et complexe qu’inefficace. Le recentrage de l’État sur ses missions régaliennes a vocation à être accompagné d’un puissant mouvement de décentralisation, clarifiant les compétences et les financements autour de trois niveaux d’administration. Dans le même temps, le statut de la fonction publique sera réservé aux seules fonctions régaliennes et la réduction des sureffectifs d’agents publics activement engagée (5,7 millions, contre 4,3 millions en Allemagne pour une population supérieure de 18 %).
L’éducation et la santé, vitales pour le développement de l’économie comme pour la cohésion de la société, appellent une attention particulière, avec des plans de transformation de long terme. Pour l’éducation, autour de la réhabilitation du savoir et de l’exigence, de l’autonomie des établissements, de la réévaluation de la rémunération et de la formation des enseignants, de l’évaluation systématique des élèves, mais aussi des professeurs et des établissements. Pour la santé, à travers la reconfiguration du système autour de la prévention et d’une organisation fondée sur un réseau de médecins traitants assurant l’accès aux soins sur tout le territoire, des hôpitaux et des cliniques de court séjour et de haute technicité bénéficiant des mêmes règles de financement, enfin d’établissements de long séjour spécialisés dans la prise en charge du grand âge.
Il est vital de rompre avec le malthusianisme en soutenant la démographie. Il convient de réduire l’écart observé entre le taux de fécondité (1,56 enfant par femme) et le désir d’enfant (2,39)
Il n’est pas de redressement financier sans transformation économique et sociale. L’ajustement budgétaire conduit en effet à la récession s’il n’est pas accompagné d’une réorientation du modèle vers la production et le travail, l’investissement et l’innovation. Ceci implique d’améliorer tous les facteurs de production : le travail par l’augmentation de sa durée et par un intense effort d’éducation et de formation, notamment à l’IA, afin de relancer les gains de productivité ; le capital par la création de fonds de pension permettant de renforcer et d’ancrer les fonds propres des entreprises (le CAC 40 est détenu pour moitié par des investisseurs étrangers) ; l’innovation avec un renforcement de l’effort de recherche limité à 2,2 % du PIB contre 3,7 % aux États-Unis ; la libération du carcan fiscal et réglementaire ; l’esprit public enfin avec la substitution d’une culture du risque à la tyrannie de la norme et de la précaution. Ce sont là les véritables instruments de la stabilisation de la classe moyenne, donc de la réassurance de la démocratie.
Dans cette perspective, il est vital de rompre avec le malthusianisme en soutenant la démographie. Il convient de réduire l’écart observé entre le taux de fécondité (1,56 enfant par femme) et le désir d’enfant (2,39). Pour cela, une partie des dépenses de retraite (14,5 % du PIB) devrait être transférée sur la politique de la famille et de la jeunesse (2,2 % du PIB), en rétablissant l’universalité des allocations familiales, en améliorant la vie des familles (accès au logement, garde d’enfants, éducation), en facilitant la conciliation de la vie professionnelle et familiale.
L’État remis au service de la sécurité des Français
Depuis des décennies, l’État a été corrompu et dévoyé. L’État a fonctionné pour l’État, désertant la nation et les citoyens. Et par là même il a perdu sa légitimité et son efficacité. Il a renoncé à sa mission première, qui consiste à assurer la paix civile ainsi que la défense du territoire et de la population face aux menaces extérieures.
La violence constitue un poison mortel pour le développement économique, la société et la démocratie. La tolérance et l’impunité, voire la vénération comme prétendue accoucheuse de l’histoire dont elle fait l’objet en France, sont mortifères. Ce n’est pas à la finance mais bien à la violence qu’il faut livrer une guerre totale. Pour cela, il est indispensable de restaurer l’autorité et le pouvoir d’action de l’État. Ceci implique de remobiliser et de réaligner la police et la justice, dont les dysfonctionnements et les fautes ont été une nouvelle fois tragiquement mis en lumière par l’assassinat de Lyhanna. L’excès de faiblesse menace la démocratie en faisant le lit de la tentation autoritaire. L’Amérique de Donald Trump montre que la rupture avec l’État de droit élimine la liberté et installe l’arbitraire sans améliorer la sécurité des citoyens. Mais, à l’inverse, la religion de la norme détruit l’ordre public en paralysant l’État, ouvrant la voie à la guerre civile. La France gagnerait là encore à s’inspirer de l’Europe du nord en remettant le droit au service de la paix civile en réprimant sans faiblesse la violence tout en traitant ses causes profondes : la paupérisation, le déclassement, l’absence d’éducation, l’immigration incontrôlée doublée d’un défaut d’intégration.
Enfin, la montée des menaces stratégiques, qu’elles émanent des empires autoritaires, notamment de la Russie qui a fait de la France une cible prioritaire dans la guerre hybride qu’elle livre à l’Europe, ou bien des djihadistes, impose d’accélérer le réarmement. Il est impératif de respecter les engagements de porter le budget de la défense à 3 % du PIB en 2030 et 3,5 % du PIB en 2035. Mais ce réinvestissement a pour contrepartie une révision complète de la stratégie et du modèle d’armée français de corps expéditionnaire, hérités de l’après-guerre froide, en tenant compte des enseignements des guerres d’Ukraine et du Moyen-Orient. Le relèvement souhaitable du seuil de suffisance de la dissuasion – donc du nombre des têtes nucléaires – n’a de sens que si celle-ci est réarticulée avec la manœuvre conventionnelle. D’où l’augmentation de la masse et de la mobilité des forces, une organisation laissant beaucoup plus de place à l’initiative, le rattrapage prioritaire des lacunes accumulées dans les capacités clés que sont les drones et l’IA, le cyber et l’espace, la défense antiaérienne et antimissiles, les frappes en profondeur, les communications et la logistique.
Les raisons d’espérer
Il n’existe aucune fatalité à la victoire annoncée des extrémistes. Du fait de son naufrage, de la capitulation de ses dirigeants et de la démission de ses élites, la France aurait dû être la première démocratie à basculer dans le populisme, avant même les États-Unis et le Royaume-Uni, l’Italie ou la Hongrie. Tel ne fut pas le cas. Comme dans les années 1930, où seule la débâcle de juin 1940, instrumentalisée par Pétain et Laval, mit à bas la République, les Français résistent à la tentation totalitaire ou autoritaire, ainsi qu’ils l’ont montré lors des élections législatives de 2024 qui, au terme du premier tour, ne pouvaient en principe que porter au gouvernement le Rassemblement national.
Nous avons un trop-plein de candidats, de confusion et de démagogie. Nous sommes devant un vide béant de projets et d’idées, d’engagements et de propositions crédibles.
Les Français ont signifié dans les dernières années qu’ils étaient prêts à saisir la chance la plus ténue pour échapper à la solution populiste. À juste titre si l’on en juge par les ruines que Viktor Oban laisse en Hongrie, qui était le pays le plus moderne de l’ex Europe de l’est, par l’impasse dans laquelle le Brexit a plongé le Royaume-Uni ou par la destruction méthodique de la puissance des États-Unis par Donald Trump. À juste titre tant est forte l’asymétrie entre la vitesse et la facilité du basculement dans l’illibéralisme, la difficulté, la lenteur et la fragilité du retour à la démocratie que l’on peut observer en Pologne ou en Hongrie.
Face aux citoyens qui expriment leur colère et leur désarroi devant la chute de leur pays, mais qui sont aussi humiliés par l’abaissement inouï de la France et prêts à se mobiliser pour la relever si on leur offre un espoir raisonnable, face à une société civile qui reste créative, engagée et attachée aux valeurs de la République, il est grand temps que la classe politique prenne la mesure du caractère tragique du moment et fasse preuve de responsabilité et de courage. Nous avons un trop-plein de candidats, de confusion et de démagogie. Nous sommes devant un vide béant de projets et d’idées, d’engagements et de propositions crédibles. Nous n’avons que faire de vos généalogies, de vos postures et de vos combinaisons. Nous voulons savoir ce que vous voulez mettre en œuvre pour redresser la France, selon quelle ligne stratégique et en fonction de quelles priorités, avec qui et comment.
Nicolas Baverez – Le Figaro
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