Jordanie : frappes aériennes en Syrie après une attaque contre une église
L’armée de l’air jordanienne a lancé lundi des frappes ciblées dans la province de Daraa, au sud de la Syrie, en réponse à l’arrestation de trois suspects liés à l’attaque meurtrière perpétrée vendredi contre l’église grecque orthodoxe Saint-Georges à Hamoud, dans la province jordanienne de Karak. Cette attaque a coûté la vie à neuf chrétiens lors d’une cérémonie funéraire. Selon les autorités jordaniennes, les assaillants avaient des liens avec l’organisation terroriste État islamique (ISIS), bien qu’aucune revendication officielle n’ait été faite.
Les frappes jordaniennes ont visé plusieurs sites, détruisant notamment un important dépôt d’armes. Le gouvernement jordanien a annoncé que plus de 20 combattants de l’État islamique avaient été tués. Ces opérations militaires interviennent après que la Jordanie a déclaré avoir épuisé sa patience face aux mouvements terroristes et vise à neutraliser des menaces imminentes.
Cependant, les autorités syriennes ont fait état d’au moins sept morts parmi les civils, dont trois enfants et une femme, provoquant une vive condamnation de Damas. Le gouvernement syrien a dénoncé ces frappes comme une violation inacceptable de son espace aérien, affirmant qu’elles avaient été menées sans coordination préalable avec les autorités syriennes, contrairement aux affirmations jordaniennes initiales. En réaction, la Syrie a ordonné la fermeture du passage frontalier de Nassib avec la Jordanie, suspendant tout trafic commercial et passager des deux côtés.
Le porte-parole jordanien, le ministre Mohammed al-Momani, a regretté les pertes civiles, soulignant que les frappes avaient évité les zones peuplées et que des protocoles stricts étaient appliqués pour minimiser les dommages collatéraux. Il a également affirmé que la menace de l’État islamique concernait à la fois la Jordanie et la Syrie, et a réaffirmé le respect de la Jordanie envers la Syrie et son peuple, ainsi que la volonté de poursuivre la coopération bilatérale pour lutter contre le terrorisme, la contrebande d’armes et de drogues à la frontière commune.
Cette escalade intervient dans un contexte de relations tendues mais en amélioration entre Amman et Damas, notamment depuis le renversement du régime Assad fin 2024 par le président Ahmed al-Sharaa. La coopération sécuritaire s’était renforcée, comme en témoigne la visite récente du ministre syrien des Affaires étrangères à Aqaba, où il a rencontré le roi Abdallah II. Lors de cette rencontre, le roi jordanien avait condamné les frappes israéliennes sur le territoire syrien et réaffirmé le soutien de son pays à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Syrie.
Peu avant les frappes, les forces de sécurité jordaniennes avaient arrêté deux frères et leur beau-frère après un affrontement armé de plus de trois heures dans le village d’al-Judayyda, dans la province de Karak. Ces suspects, gravement blessés, sont liés à l’attaque terroriste de l’église. Les autorités jordaniennes ont qualifié cette attaque d’acte terroriste motivé par une idéologie extrémiste takfiriste, associée à des groupes comme Al-Qaïda ou l’État islamique.
Les enquêtes sont toujours en cours pour déterminer l’existence éventuelle de liens avec d’autres cellules terroristes. La communauté chrétienne jordanienne, qui représente environ 300 000 personnes sur une population totale de 11,5 millions, reste sous le choc de cette attaque ciblée. Le roi Abdallah II a promis que les responsables seraient sévèrement punis.
Cette série d’événements souligne la fragilité de la sécurité dans la région frontalière entre la Jordanie et la Syrie, une zone historiquement marquée par la contrebande et les activités terroristes. Elle met également en lumière les défis persistants auxquels sont confrontés les pays voisins dans leur lutte commune contre le terrorisme et la nécessité d’une coordination renforcée malgré les tensions diplomatiques.
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