« Digne des pires torchons antisémites des années 30 » : les accusations de Mélenchon après les réquisitions contre Rima Hassan ne passent pas
Un message publié sur X par le leader de La France Insoumise, réagissant aux réquisitions du parquet dans l’affaire d’apologie du terrorisme visant Rima Hassan, a choqué une partie de la classe politique.
La tension est montée d’un cran, par réseaux sociaux interposés, entre Jean-Luc Mélenchon et plusieurs membres du gouvernement ou de la société civile. En cause : un message publié sur X par le leader de La France Insoumise, réagissant aux réquisitions du parquet dans l’affaire d’apologie du terrorisme visant Rima Hassan.
Accusations de non-indépendance de la justice, soumission à une puissance étrangère : le candidat LFI à la présidentielle de 2027 a provoqué -c’est peut-être ce qu’il cherchait- de nombreuses réactions. « Une preuve supplémentaire que M. Mélenchon et LFI ont un grave problème avec l’État de droit, a réagi le ministre de la Justice, Gérald Darmanin. S’attaquer à l’indépendance et à l’intégrité des magistrats est extrêmement préoccupant. Inadmissible. »
« Le garde des Sceaux ne peut plus adresser d’instruction »
« Gravissime attaque de Jean-Luc Mélenchon contre l’indépendance de la justice qui confirme, s’il en était encore besoin, la dérive profondément anti-démocratique de son projet politique », a aussi jugé Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. « Digne des pires torchons antisémites des années 30 », a abondé Benjamin Haddad, le ministre délégué chargé de l’Europe.
« La justice française serait aux ordres du gouvernement français qui serait aux ordres du gouvernement israélien ? Comment tant de gens sincèrement de gauche peuvent-ils encore voter pour ce parti et pour cet homme ? », s’est quant à lui interrogé l’essayiste et ancien conseiller politique Jacques Attali, résumant d’une formule le sentiment d’une large partie de la société civile.
Conspiracy Watch, l’organisme français qui entend notamment combattre la désinformation et dénoncer les théories du complot, a ainsi publié une série de tweets réfutant les accusations de Jean-Luc Mélenchon. « Depuis la loi Taubira du 25 juillet 2013, le garde des Sceaux ne peut plus adresser d’instruction dans une affaire individuelle », rappelle tout d’abord Conspiracy Watch.
« Ce même parquet de Paris a classé sans suite une vingtaine de plaintes visant Rima Hassan, laquelle figure comme victime dans une dizaine d’autres procédures », souligne aussi l’organisme.
« Expliquer, sans l’ombre d’une preuve, que les réquisitions d’un juge du parquet, en France, sont dictées indirectement par le gouvernement israélien, c’est, au sens strict, une théorie du complot – et pas la plus innocente », conclut l’organisme, laissant entendre à son tour que Jean-Luc Mélenchon aurait manié sciemment, et de manière calculée, la référence à l’État hébreu.
«Aucune prise de conscience de la gravité» : 10 mois de prison avec sursis et 2 ans d’inéligibilité requis contre Rima Hassan pour apologie du terrorisme.
COMPTE-RENDU D’AUDIENCE – Le parquet a rappelé la «responsabilité» en tant qu’«élue» de la députée européenne, jugée pour un post, supprimé depuis, où elle citait l’un des auteurs de l’attentat de 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv, qui avait fait 26 morts.
Lundi, le président du tribunal a poussé jusque tard dans la soirée l’audition des témoins afin de laisser toute la place, ce mardi, aux plaidoiries sur le fond de l’affaire : Rima Hassan s’est-elle, oui ou non, rendue coupable d’apologie du terrorisme le 26 mars dernier ? Oui, pour le parquet, qui a requis une peine de 10 mois de prison avec sursis, assortie de deux années d’inéligibilité. Le ministère public n’a noté «aucune remise en question des faits» de la part de l’eurodéputée LFI, qui a pourtant une «responsabilité» en tant «qu’élue». Ce serait «une condamnation politique», a dénoncé Me Vincent Brengarth, conseil de Rima Hassan. Sa cliente encourait jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 100.000 euros d’amende pour cette infraction. L’affaire a été mise en délibéré au 30 novembre.
Ce jour de mars, Rima Hassan avait relayé sur X une publication du compte «Israel Exposed» consacré à Kozo Okamoto. Ce Japonais est l’un des auteurs de l’attaque perpétrée à l’aéroport de Tel-Aviv en 1972, qui avait fait 26 morts. Rima Hassan avait accompagné ce partage de la traduction française d’une citation d’Okamoto : «J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir.» Le post a depuis été supprimé.
«On ne se réjouit pas de la mort d’innocents»
Chahutés la veille – Me Vincent Brengarth, l’avocat de Rima Hassan, avait notamment quitté la salle après avoir été accusé par l’un des conseils des parties civiles de s’être livré à une plaidoirie «aux ressorts antisémites» -, les débats ont été plus sereins ce mardi. Tout le monde s’est exprimé tour à tour, sauf Rima Hassan donc, qui avait fait valoir la veille son droit au silence face à la 10e chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Paris.
«Il y a une certaine irresponsabilité dans le fait de semer des propos haineux à longueur de tweets, d’inciter à la rébellion, à la violence, à la haine, à commettre des passages à l’acte, tranquillement derrière un iPhone ou un ordinateur, puis de se recroqueviller tranquillement derrière notre droit, qui permet à un prévenu de garder le silence», a observé Me Muriel Ouaknine-Melki, représentante de l’Organisation juive européenne (OJE) et d’Avocats sans frontière (ASF), parties civiles. L’avocate a incité le tribunal à «rappeler qu’on ne se réjouit pas de la mort d’innocents, qu’on n’incite pas à commettre ces passages à l’acte terroristes, encore moins quand on est une élue de la nation».
«Vous n’êtes une victime de rien du tout !»
Avant elle, sa consœur, Me Karine Rozenblum, s’est attachée à prouver que ce procès n’était aucunement attentatoire à la liberté d’expression de la militante pour la Palestine, en affirmant que «le terrorisme, on le combat, on n’en débat pas». Or, la veille, les témoins cités par la défense avaient remis en question le caractère terroriste de l’attaque de l’aéroport de Lod au sens du droit international, le qualifiant plutôt de «crime de guerre». «C’est indécent de nier l’acte terroriste», a martelé l’avocate. Par ailleurs, lorsqu’elle relaie la publication sur Kozo Okamoto, Rima Hassan «ne prend aucune distance». Pire, elle «glorifie» l’acte en l’atténuant, en le présentant «sous un jour favorable», en lui donnant la teinte «romantique» d’un «devoir impérieux de résistance».
D’autant plus grave, selon Me Galina Elbaz, avocate de la Licra, que le compte X de Rima Hassan a «un biais antisémite» et qu’il est suivi par des internautes âgés de «15 à 25 ans». Me Andréa Assor-Doukhan, autre conseil de l’OJE et d’ASF, a ajouté que l’eurodéputée «connaît la viralité potentielle des contenus qu’elle partage», et qu’il existe un «lien» entre «les discours de haine […] et les passages à l’acte violent», notamment envers les Français de confession juive.
«La cause palestinienne ne peut servir de totem d’immunité»
«Le terrorisme ne surgit pas spontanément. Il est précédé d’une phase de radicalisation qui passe invariablement par la consommation de discours qui le valorisent», a-t-elle poursuivi. Alors, «non», a souligné Me Corine Serfati, conseil du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme, Rima Hassan n’est «pas une victime», malgré ses tentatives pour se faire passer comme telle. Et d’insister à la barre : «Vous n’êtes une victime de rien du tout !»
Le ministère public a pris le relais des parties civiles, assurant n’être «pas là pour juger l’œuvre politique de Madame Hassan». «La cause palestinienne n’est pas attaquée, mais elle ne peut servir de totem d’immunité quand un acte de cette gravité est commis», a expliqué la procureure, rappelant, au passage, que le post sur X de la députée européenne avait été vu plus de 250.000 fois dans les dix-huit heures suivant sa publication. Le parquet s’est aussi attardé sur le profil de «tueur» de Kozo Okamoto pour démontrer que son acte en 1972 n’était rien d’autre qu’une attaque terroriste. Attaque qui a «marqué le début» d’une «mode opératoire de type kamikaze », repris plus tard en Belgique, en France ou ailleurs.
«Que vous le vouliez ou non, ses idées déplaisent»
L’avocat de Rima Hassan, Me Vincent Brengarth, a commencé sa plaidoirie en soulignant le caractère «politique», selon lui, de ce procès. «Ce qu’on vous demande, c’est d’être juge du politique, c’est d’écarter Madame Hassan de l’Hémicycle. Car, que vous le vouliez ou non, ses idées déplaisent», a-t-il lancé au tribunal. Pour l’avocat, ce procès s’inscrit même dans un contexte plus général de «combat mené à La France insoumise», le parti de sa cliente, citant un récent article de Mediapart selon lequel le gouvernement aurait demandé aux services de renseignement de mettre en cause LFI dans les violences du week-end.
En phase avec ses déclarations de la veille, Me Vincent Brengarth a pointé ce qu’il nomme les «dérives», en France, de l’application de la notion d’apologie du terrorisme, qui donne lieu à de nombreuses procédures «en lien avec Gaza». Le conseil de Rima Hassan a également relevé que le parquet a demandé au tribunal de ne pas inscrire sa cliente au fichier des auteurs d’infractions terroristes (Fijait). «On ne va pas au bout de la logique, parce qu’on sait très bien que ce n’est pas terroriste», a-t-il affirmé. «L’intention, à travers, les poursuites, n’est que d’obtenir une peine d’inéligibilité à l’encontre de Madame Hassan pour la disqualifier politiquement.»
«La macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir», affirme Mélenchon
L’affaire a été mise en délibéré au 30 novembre prochain. En attendant la décision, plusieurs cadres de LFI ont fustigé, sur leurs réseaux sociaux, les réquisitions du parquet. Jean-Luc Mélenchon a ainsi suggéré que le ministère public agissait «au nom du gouvernement» français, et même du premier ministre israélien. «La macronie sombre dans la honte de tous les abus de pouvoir et de la servilité devant les demandes de (Benyamin) Netanyahou», a-t-il écrit sur X.
Manuel Bompard, coordinateur national du parti, a de son côté comparé les réquisitions à la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants au Parlement européen : «En France, si tu voles 4 millions d’euros, tu écopes de 15 mois d’inéligibilité (45 mois dont 30 avec sursis, ndlr) et tu peux te présenter à la présidentielle. Mais pour un tweet supprimé, le procureur demande deux ans d’inéligibilité. Tout va bien.»
JForum.Fr & Le Figaro
![]() |
![]() |





































